1942

13 janvier 1941 : lettre de Goll à Etiemble

à  recopier

17 janvier 1941 : lettre d'Etiemble à Goll **

à  recopier

28 janvier 1942 : lettre de  Goll à Saint-John Perse :

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       28 Janvier 1942

            Cher Grand Poète,

                        et rien que poète : permettez-moi de vous appeler ainsi, puisque vous n'êtes et n'avez toujours été que cela pour moi. Vos paroles sont entrées dans mon cœur. La journée de ma rencontre avec vous est marquée de rouge dans mon calendrier. J'ai fait une découverte, plus grande que celle de l'Amérique.

            Ce que vous m'avez dit de la poésie, c'est tout ce qu'il faut savoir de la poésie. Malheureusement, je n'ai pas de mémoire, et si je voulais le répéter, je ne pourrais que balbutier. J'aurais peur de vous trahir. Car la profonde vérité réside moins dans la pensée que dans son expression, et c'est pourquoi elle réside surtout dans la poésie.

            Mais puis-je vous poser une question : pourquoi continuez-vous à refuser de porter publiquement les attributs de poète, alors que vous n'êtes plus "le prisonnier" de votre mission diplomatique ? N'allez-vous pas publier, n'allez-vous pas chanter, de tout votre cœur ? Quelle pudeur vous retient encore ? Pourquoi, au contraire, ne proclamez-vous pas très haut la reconquête de votre liberté, et ne devenez-vous pas vraiment le Vates de notre temps ? Vous le devenez, en fait, en publiant. Mais alors, pourquoi ne pas permettre qu'on le dise ?

            Je vous ai dit, que "Pour la Victoire" m'a demandé d'écrire quelques articles sur les "poètes en exil". En traçant un arc d' "Anabase" à "Exil", cela vous importunerait-il ? Je fais ces articles, parce que je n'ai pas d'autre job. Je ne suis pas un profanateur. Je hais le journalisme. Il me sera peut-être permis  d'écrire des choses assez closes. Je ne vous écris pas, pour insister, uniquement, pour faire mon devoir.

            Après tout, je préfère que vous me répondiez poésie. Comme vous n'avez rien vu de moi, depuis vingt ans, je vous envoie quelques unes de mes dernières choses.

            

                                               Bien sincèrement

                                                                       Ivan Goll

SDdV : 510.320

Roger Little : 8 lettres de Saint-John Perse à Yvan Goll

(Cahiers Saint-John Perse n°2, 1979 p.114 ) «…. »

28 janvier 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

29 janvier 1942 : lettre de  Goll à Abel LIONEL

SDdV  :

2 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

10 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

11 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

17 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

26 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

27 Février 1942 : lettre de  Goll à Bishop

SDdV  :

27 Février 1942 : lettre de  Goll à Babette Deutsch

SDdV  :

10 mars 1942 : lettre de Alexis St Léger (Saint-John Perse) à Goll :

                                                                       Washington, 10 Mars 1942

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Cher Ami,

                        Je m'en veux  infiniment d'avoir tant tardé à vous écrire.

Accablement de ces migraines arthritiques que me vaut le climat de Washington, Aquarium vraiment trop mal réglé pour un Ludion d'Europe.

Je vous remercie sincèrement de m'avoir fait lire ces Trois poèmes. J'en ai aimé la race : leur exigence secrète et leur dépouillement, le charme de leur ubiquité. Il y a, dans les premières strophes de votre " Vogue Galère " plus d' "invisibilité "et de pudeur que dans les plus beaux refus. Votre " Jean sans Terre " affronte avec désinvolture la plus terrible épreuve : celle d'un cadre à remplir; avec toute l'ingrate servitude de quelques développements à venir, alors que votre authenticité est dans la gratuité et dans l'ellipse. J'aimerais savoir comment vous vous en tirerez, finalement, de ce conflit avec la volonté. Ni en orfèvre, ni en rhéteur, j'en suis bien sûr. Ne me ferez vous pas connaître l'imprévisible humeur qui vous libérera ?

«…La prochaine fois que je pourrai m'attarder un peu à New York, j'essaierai de vous atteindre. Je dois y aller le 28, mais juste pour m'acquitter d'une obligation à laquelle je ne pouvais me dérober: une commémoration au N - York University, d'un anniversaire de Briand, où il faut une parole française. Si je ne repars pas dès la fin de l'après-midi, je vous téléphonerai le lendemain. » *

            Bien cordialement à vous, avec mes voeux les meilleurs et les plus attentifs.

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

*Roger Little : 8 lettres de Saint-John Perse à Yvan Goll (Cahiers Saint-John Perse n°2, 1979 p.117)

15 mars 1942 : lettre de Goll à Breton

                        André Breton,

Si ce n’était qu’au nom des larmes d’une douce petite fille qui dut quitter une maison amie, parce que mon nom fut prononcé,

J’affronterais votre mépris, en vous écrivant cette lettre,

Mais c’est pour des larmes bien plus amères encore plus douloureuses et plus conscientes, quoique invisibles, que j’ai réprimées pendant longtemps, souvent versées, en songeant au coup de poing de la Comédie des Champs-Elysées que vous avez invoqué hier soir ;

Je peux vous le dire maintenant, après plus de dix ans : ce coup est le seul, que j’aie jamais donné à un être humain, et ce coup est sûrement aussi le seul, que vous ayez jamais reçu dans votre vie.

Ce geste criminel fut un geste d’amour : j’ai frappé votre beau visage de Jochanaan, comme Salomé, parce que je ne pouvais pas l’atteindre autrement. Ce fut un moyen suprême d’entrer en contact avec vous. Je ne l’ai jamais regretté, mais j’en ai souffert, parce que je savais que ce sacrilège fut une chose atroce pour vous.

Je m’étonne même que vous ne niiez pas ce geste, avec toute la force de votre haine.

Vous savez d’ailleurs très bien tout le mal que vous m’avez fait : vous m’avez plongé dans la solitude la plus humiliante, vous avez détourné de moi des douzaines d’amis qui, sans votre mot d’ordre, m’eussent fréquenté après comme avant. Je ne suis pas aussi mauvais poète que vous voulez le faire croire : des témoignages émouvants me l’ont révélé. J’ai toujours mené une vie de poète intègre. Après quelques déraillements journalistiques, au début de mon séjour à Paris, en 1920, je me suis toujours tenu coi.

Je me rappelle une discussion que nous avons eue à cette époque, en présence de Soupault et Aragon : j’arrivais de Suisse, animé d’un esprit révolutionnaire et essayant d’enflammer vos jeunes cœurs : à cette époque, habités uniquement de la chose esthétique, vous n’aviez que du mépris pour « l’action » et pour l’esprit de révolte dont étaient animés mes amis de Clarté. Cinq ans plus tard, c’est vous qui êtes devenu plus révolutionnaire qu’eux, en complète contradiction avec vos principes formulés dans Littérature. À cette époque, ayant déjà constaté la faillite de la régénération européenne, devant la démission des révolutionnaires allemands, je rentrai dans ma tour d’ivoire.

À votre arrivée à New York, je suis venu vers vous et vous ai tendu la main — cette main qui vous a frappé par amour et admiration. Le globe s’est tellement rétréci : il n’y a plus que quelques rues, quelques chambres qui s’offrent à nous. Nous serons obligés de nous rencontrer. Nous jetterons le froid chez des amis, dans le cœur de nos femmes. Voulez-vous attendre que dans un camp de concentration, on nous enchaîne ensemble ?

Et vous êtes l’Homme que j’admire le plus au monde.

Puis Goll se ressaisit et rédige une seconde lettre, manuscrite, plus brève, datée 15 mars : les humiliations sont passées sous silence, seule reste l’admiration. C’est pourtant une troisième lettre, de la même date, tapée à la machine, plus courte, que recevra Breton. Celui-ci, hautain et superbe, méprisant quoi qu’il en dise, retourne à Goll sa lettre avec des ratures et une réponse à l’encre verte. (Albert Ronsin)

SDdV  : (Ms 553 G/)

Goll lettre du 18 mars 1942 à Allen Tate

à  recopier

Goll lettre du 27 mars 1942 à Allen Tate

à  recopier

27 mars 1942 : lettre de  Goll à John Peale Bishop

Goll lettre du 28 mars 1942 à Monsieur Roth

Goll lettre du 3 avril 1942 à Monsieur Roth

à  recopier

Goll : double de la lettre du 7 avril 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       April 7, 1942

            Cher Monsieur Roth,

Nos lettres se sont croisées. J'ai bien reçu hier matin le contrat, et je vous le renvoie, dûment signé, en acceptant toute les stipulations. Je n'ai qu'un voeu : c'est que vous donniez bientôt le manuscrit à la composition.

Prévenez-moi : je vous enverrai quelques retouches de certains vers.

                        Bien sincèrement vôtre

Goll : double de la lettre du 22 avril 1942 à Monsieur Roth

à  recopier

Goll : double de la lettre du 5 mai 1942 à Monsieur Roth **

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       May  5, 1942

            Mon cher William Roth,

            Faut-il vous dire combien j'apprécie le merveilleux travail que vous allez faire pour

Landless John.

            Je trouve la composition parfaite,  sauf que je voudrais proposer de pousser le corps de poèmes à vers très xxxx courts un peu vers le milieu, si cela est possible. Je sais d'autre part, qu'il y a aussi de très longues lignes, qui devront commencer très à gauche, et je me demande en profane, s'il est possible, de faire débuter la ligne tantôt plus au milieu, tantôt plus à gauche.    Ce n'est qu'une suggestion de ma part : à vous de décider.

            Autre question :          LAND

                                               LE S S

                                               JOHN

est une belle invention typographique. Mais le lecteur non averti en comprendra-t-il le sens ?

Vu que je grée ici un nouveau nom :             LANDLESS ? Ne lira-t-on pas : Land  -  moins  - John ?

Question importante à laquelle il faudrait peut-être sacrifier le jeu typographique.

            En imprimant  :           LANDLESS JOHN en une ligne, vous trouverez aussi plus d'espace pour les noms des traducteurs, qui se trouvent coincés.

            A propos des traducteurs, il faut encore ajouter le non de JOHN  PEALE  BISCHOP, qui vient de m'envoyer une belle traduction : "John Exile".

            Voici donc le manuscrit. Je vous envoie les poèmes détachés : ainsi il sera plus facile pour le compositeur de se retrouver. J'ai numéroté les poèmes séparément, non les pages : cela aussi facilitera votre travail.

                                   Bien sincèrement vôtre

SDdV  : (Ms 553 G/)

12 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

13 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à Lionel Abel

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 18 mai 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       May  18, 1942

            Cher Monsieur Roth,

            Faut-il vous dire combien j'apprécie le merveilleux travail que vous allez faire pour

l'édition de JEAN SANS TERRE  ?

" Hand-set, hand-bound, printed on hand-made French paper " : c'est le rêve pour un poète.

            

            Aussi me suis-je encore une fois penché sur mes poèmes et notamment avec les traducteurs, sur les traductions, pour vous envoyer un manuscrit aussi clair et définitif que possible, et voilà pourquoi vous ne le recevez qu'aujourd'hui.

            J'ai numéroté chaque poème, plutôt que les pages, ce qui facilitera le travail du compositeur.

            Le projet de page typographique que vous m'avez envoyé est excellent. Pourtant j'aurais quelques suggestions à vous faire :

            I)  Imprimer les numéros I., II. etc.  des poèmes sur la page qui précède chaque poème. Cela aérera le livre.

            2) Espacer les strophes et commencer plus bas, de sorte qu'il n'y ait pas plus de 4 ou 5 strophes au plus sur une page.

            3) Dans les poèmes à vers très courts, comme xxxx le premier, pousser le corps du poème davantage vers le milieu, pour éviter trop de blancs - surtout pour contrebalancer les poèmes à vers très longs, comme le second.

            Mais cela n'est qu'un point de vue : j'ai peut-être tort, et je vous laisse entièrement juge sur ce point.

            J'ai le plaisir de vous annoncer que John Peale Bishop s'est joint à la liste des traducteurs - et je dois vous avouer que c'est aussi un peu l'attente de sa traduction qui a retardé l'envoi du manuscrit. Par contre le nom de John Mc Lane disparaît.

            C'est à peu près tout ce que j'ai à vous dire.

            Recevez, cher Monsieur Roth, tous mes remerciements avec mon meilleur souvenir

SDdV  :

20 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à John Peale Bishop

SDdV  :

3 juin 1942 : double de la lettre de Goll à John Peale Bishop

SDdV  :

8 juin 1942 : double de la lettre de Goll à Monsieur Pobers

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 22 juin 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       June, 22, 1942

            Cher Monsieur Roth,

            Je vous remercie de votre dernière lettre du 10,

            et je me réjouis beaucoup de recevoir bientôt les

            épreuves de mon livre.

                        Voici encore les pages qui manquaient :

                        I) Acknowledgements.

                        

                       2) La "Preface" d'Allen Tate

                       3) Le Poème VII : LANDLESS JOHN THE  PRODIGAL SON.

                        Ce poème a été traduit par KENNETH PATCHEN, ce qui

                        ajoute encore un nom de plus à notre liste de

                        traducteurs :

                                               Lionel Abel

                                               John Peale Bishop

                                               Clark Mills

                                               Kenneth Patchen

                                                William Carlos Williams

                                   Quant à la couverture,  je voudrais vous proposer

                        cette idée originale, d'imprimer  2  titres identiques

                        au-dessus et au-dessous.

                                   Au-dessus : le titre uniquement en anglais.

                                   Au-dessous : le titre uniquement en français.

                                   Je me suis permis de faire une petite esquisse,

                        pour vous montrer ce que je pense.

                                   Dans ce cas, je crois aussi qu'il vaudra mieux

                        d'imprimer le titre LANDLESS JOHN    JEAN SANS TERRE

                        en une ligne, et pas en trois lignes, comme sur votre

                        projet  (car on risquerait de lire Land

                                                                           less

                                                                           John)

                                   Il importe qu'on sache que c'est un nom.

                                   Ce ne sont que des suggestions de ma part.

                                   Mais je ne devrais pas trop m'immiscer dans vos

                                   propres idées artistiques.

                                   Dans l'espoir de vous lire bientôt, croyez, cher

                                   Monsieur Roth, à mon meilleur souvenir.

                        Claire et moi, nous imaginons que vous menez

                        en ce moment, auprès de votre belle inspiratrice,

                        au bord des rochers,  les cheveux à la tempête,

                        la vie idéale, dont vous rêviez dans Park Avenue.

                                   Nous vous envoyons tous deux notre amical souvenir

                                                                      

SDdV  :

26 juin 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark et Betty Mills **

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 17 juillet 1942 à Allen Tate

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

déjà signée Yvan.

SDdV  :

25 juillet 1942 : double de la lettre de Goll à Saint-John Perse :

OUTREMONDE                                          136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       25 Juillet 1942

            Cher Saint-John-Perse,

            Avec Alain Bosquet, jeune poète sensible et admirateur passionné de votre œuvre, j'ai accepté de diriger une petite revue, qui s'appellera "OUTREMONDE", et qui sera uniquement consacrée à la poésie : recueillement, pureté. - Avec votre nom comme collaborateur, tout son programme serait établi. Nous possédons quelques inédits de Jacques Audiberti, de Pierre Emmanuel. Nous attendons quelque chose de Supervielle. Et puis, il y a les poètes américains : du Nord et du Sud. Dessins de Chagall.

            Pouvez-vous nous confier quelques vers : entre quatre et quatre cents ? N'importe quoi. Votre amitié nous serait précieuse.

                                                           Bien sincèrement vôtre

SDdV : 510.320

29 juillet 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

3 août 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

7 août 1942 : double de la lettre de  Goll à James Laughlin

SDdV  :

12 août 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 14 août 1942 à Monsieur Roth

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 19 août 1942 à Monsieur Roth

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 24 août 1942 à Edouard Roditi

SDdV  :

24 août 1942 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 24 Août 1942

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Mon cher Ivan Goll,

                        J'ai eu tard votre lettre, après une longue absence de Washington et mes journées ont été grevées de lourdes choses.

            Dites-moi,  je vous prie, si votre projet tient encore et si vous avez toujours besoin de moi. Je n'ai guère le goût de publier en ce moment, et j'ai encore moins le goût des pages détachées en Revues, mais il me serait trop pénible de vous faire défaut à vous et à Alain Bosquet. Confirmez-moi donc votre entreprise, donnez-moi, si vous le pouvez, plus de détails à son sujet, et dites-moi, s'il y a lieu, de quel délai je dispose encore pour vous envoyer quelque chose.

            Ce que vous me disiez, en deux mots, d' "Outremonde" m'a plu. La tâche est difficile, mais possible entre vos mains. Elle est assurée d'un vrai succès de qualité, si, même au risque de paraître famélique, La Revue peut être impitoyablement soustraite à toute compromission, à toute hybridité.

            Je pars demain pour deux semaines de solitude, dans une petite île privée du Maine. Vous pouvez m'écrire là à l'adresse suivante :

            c/o Mrs. William Astor Chanler

                 William Chanler  700 Ave Island

                                   Dark Arbor

                                               Maine

            S'il y a urgence, je vous enverrai de là quelque chose.

            Je suis en faute avec Madame Ivan Goll, que je n'ai pas encore remerciée de son livre, pour n'avoir pu le faire comme je l'entendrais.

            Veuillez, je vous prie, m'excuser auprès d'elle.

            Dites aussi à Alain Bosquet que je m'en veux de ne lui avoir pas répondu.

                        Mes voeux, choisis parmi les meilleurs

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

Goll  double de la lettre du 3 septembre 1942  à Clark Mills : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  3, 1942

            Mon cher Clark,

            Ta bonne lettre

            Mille choses de nous deux pour vous deux  à recopier

SDdV 818 052

Goll  double de la lettre du 5 septembre 1942  à Saint John Perse

                                                           Mac Dowell Colony

                                                           Peterboro. N.H.

                                                           5 Sept. 1942

                        Cher Saint-John Perse,

                 Votre lettre a fait un grand détour, avant de me

            parvenir ici, dans cette colonie d'artistes,  dans le

            New Hampshire, où Claire et moi, avons la chance de

            vivre dans un pavillon tout entouré de forêt et d'une

            prairie où les daims, à l'aube, viennent paître aux

            buissons de nos rêves.

                 Inutile de vous dire que cette agréable circonstance

            me fait regretter le retard avec lequel je vous annonce

            l'enthousiasme provoqué par votre promesse, de m'envoyer

            un manuscrit pour notre revue. En vérité, celle-ci

            battait de l'aile, notre décision était très affaiblie

            par votre silence …

                        Mais maintenant, la revue va s'élancer sur des ailes.

            La meilleure preuve de ma volonté, de la  " soustraire

            impitoyablement à toute compromission, à toute hybridité "

            comme vous me le demandez avec raison, n'est-elle pas dans

            le fait de vous avoir attendu ?

            

                        La tâche va être plus dure pour moi, parce que je vais

            être seul à la diriger.  Alain Bosquet  -  qui, je pense,

            vous a envoyé son livre " L'Image Impardonnable ", vient

            d'être appelé aux armées.

            

                        La Mer va-t-elle vous inspirer un nouveau Grand Poème ?

            Votre adresse est déjà si séduisante.

                        Recevez un bouquet de feuilles d'automne de Claire

                                                           et de votre dévoué

                                                                       Yvan Goll

SDdV 510.320                                                                     

                                                                      

Goll  double de la lettre du 7 septembre 1942  à Clark Mills : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  7, 1942

            Mon cher Clark,

      En relisant les pages 8 et 9 de ton article, dans lesquelles j'ai introduit des idées qui me passaient ce jour-là par la tête, et qui ne font, après lecture, pas corps avec le texte, je me demande, avec quels regards ahuris tu dois les avoir parcourues. Tu dois m'avoir pris pour un fou, et un prétentieux par-dessus le marché, qui radote dans un very poor English.

            Aussi, pour remettre les choses au point, j'ai exactement recopié ton texte de la fin et te l'envoie ci-inclus. Ainsi le mal est réparé.

            Ici, Labor Day a complètement passé inaperçu des abeilles et des biches et des poètes

                                                                                  bien à toi

SDdV 818 052

Goll dans une lettre à Clark Mills :  rechercher la date

"Ah oui,  j’oubliais:  pour éviter d’être considéré comme Russe,  comme il m’arrive ici de plue en plus,  j’écris maintenant mon prénom avec Y.

Goll  double de la lettre du 10 septembre 1942  à qui ?? chercher ?? : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  10, 1942

                        Chers amis,

            Comme Job, désespérant de tout job, je suis venu me jeter an den Busen der schoenen Natur, et j'ai pleuré ; xxx

            Je me suis vendu au Coordinator of Poetry, qui n'est pas plus consciencieux que le Coordinator of information.

            Après quatre semaines de séquestration dans les forêts sauvages, j'ai ouvert une feuille de New York, et j'ai compris que, sans ma présence au Coo et sans ma collaboration au flux et au reflux des short waves, il n'a pas été possible de se rendre maître de Laval ni xx de tuer Pétain par des flatteries.

            C'est quand même malheureux ! Il faudrait me rappeler télégraphiquement et m'empêcher de continuer de faire des vers de terre et sans terre.

            Mais les démocraties ne sauront jamais ce qu'elles ont eu !

                        Sourires et larmes de

                                                           Claire Sans Lune

                                                                       et

                                                                           Jean Sans Terre

SDdV  : 

Goll à George Dilkes datée 14 septembre  1942

à recopier

Goll à James Laughlin  lettre datée du 21 octobre 42 :

James Laughlin à Goll  lettre datée du 24 octobre 42 :

lettre de Goll à Alain Bosquet du 13 novembre 1942 :

136 Columbia Heights

Brooklyn, N. Y.

Nov. 13,  1942

Mon cher Alain,

  Malgré ta lettre morose du 6, je ne te  plains pas du

tout. Je trouve que le destin t'a choisi un entourage magni-

fique  pour  méditer,  travailler et souffrir  :  les trois occu-

pations essentielles d'un poète. Pour un soldat nouvellement

mobilisé, l'ennui et la solitude sont  de singuliers malheurs.

Tu es transplanté aux frais de gouvernement américain dans le

paysage le plus attrayant d'Amérique, le Sud, en bordure du

Mexique, avec ses palmes, ses eucalyptus et ses mélodies espa-

gnoles - - endroit où justement nous autres civils désirions nous

"réfugier" de la grande ville froide et grise.

Non, mais au fond j'admire ta lettre,[1] avec des passages

comme celui-ci :"je ne me console que médiocrement de la malé-

diction qui plane sur l'époque. Est-ce à la fois le temps du

silence et de l'action ?   Avons-nous le droit de penser,  je

veux dire de spéculer ? Le beau existe-t-il encore ? Je vois une

dizaine de morts par jour, des blessés revenus des Philippines..."

                        Une grande époque, mon vieux, tu peux en être sûr. Seule

la  vicinité  et  la connaissance  de  la mort  peuvent  rendre  la

vie à son intensité extrême.   La génération d'entre  les  deux

guerres n'avait plus de couilles, par ce qu'elle avait  oublié

le goût de la   mort et de  la lutte contre elle.    Elle s'était

détournée des grandes passions.

Et puis, n'es tu pas arrivé comme par miracle dans ce

"désert" que Rimbaud chercha si désespérément ?

Je sais, je sais, mon petit, que la vie de soldat n'est

pas rose, ni même celle d'un radiologue en uniforme. Mais

j'ai envie, aujourd'hui vendredi 13 novembre, de voir tout

en rose, depuis que les événements d'Afrique baignent nos

coeurs du soleil brûlant de l'espérance nouvelle. Depuis

dimanche dernier, 8 novembre, il doit être doux xxxxx

de savoir que le retour au sables de Ménalque est assuré.

Avec tout cela, tu attends avec impatience que je te parle

de "Refuge" et qu'une jolie revue au titre flamboyant t'arrive

avec le prochain courrier : hélas, je ne peux pas encore te le

promettre. Jusqu'à ces derniers jours, les gens étaient telle-

ment découragés et avaient tellement peur pour leur sac, que

je n'avais pas réussi à réunir la somme minimum pour "start"

quelque chose de durable, c'est-à-dire plus d'un numéro 1.

J'ai aussi été souffrant pendant plusieurs semaines ;

obligé de garder la chambre à la suite d'une bronchite, il

m'a été impossible de voir des gens et de faire tout ce qu'il

fallait. Mais maintenant, avec ce vent de victoire dans les

voiles, j'ai grand espoir.

J'ai reçu un très important article d'au moins dix pages

de Sanders Russel sur la " jeune poésie américaine ",

un excellent pendant au tien sur la " poésie française ".

Voici les adresses que tu me demandes :

Jules Supervielle, Saraudi 372, Montevideo (Uruguay)

Kenneth Patchen, 265, 2. Avenue, New York City.

  Quandt à André Breton[2], son adresse est toujours la même.

Si il ne te répond pas : ne sais-tu pas que c'est un homme

extrêmement obstiné et buté ?

   Il semble vraiment qu'une nouvelle phase ait commencé

pour nous tous. Je suis curieux de connaître ta propre

réaction. A mon avis, il y a ce danger : c'est que si la

solitude dont tu te plains en ce moment, venait à cesser,

ton oeuvre ne pourrait qu'en souffrir. Je suis certain que

tu écris en ce moment de merveilleux poèmes.

Claire t'envoie son plus beau sourire

et moi toute ma chaleureuse amitié

Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 1

Goll à Clark Mills lettre datée du 15 décembre 42 :

"Mon cher Clark, 

            Pour en revenir à tes traductions pour ladite anthologie,  pourrais-tu m’envoyer le plus tôt possible,  au choix les poèmes de Valéry Larbaud,  Max Jacob,  Jammes,  Apollinaire et Cocteau.

            Je ne sais pas si ton choix correspondra toujours à celui de Klaus Mann. Je sais par ex. qu’il aimerait avoir de Cocteau,  des extraits de Plain-Chant,  et tout particulièrement les numéros des pages 212,  213,  218,  221 de l’édition NRF 1924. Je ne pense pas que tu l’aies sous la main. Mais je pourrais te copier les textes,  très courts d’ailleurs,  si tu acceptes de traduire de nouveaux poèmes en dehors de ce que tu as déjà.

            Il n’est pas certain que toutes tes traductions seront prise:  il faut avant tout que les poèmes datent autant que possible d’après 1920.

            Bien des choses de nous deux pour vous deux. ".

                                                           Yvan

(Ms 553 G/ 110 à 116)

Il existe une version française avec quelques variantes de cette introduction à Saint-Dié

lettre du 21 décembre 42 de Lucien Vogel à Goll:

                                                           1943

9 janvier 1943 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 9 janvier 1943

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Cher Ivan Goll,

                        Je  croyais  égaré ce  poème , que 

de  mon île, l'été  dernier, que j'avais dû confier pour

la  poste à un " lobster man ". Vous  avouerai - je,

un  peu  lâchement,  que  je  n'étais  pas  fâché  de

laisser cette  responsabilité au  sort ? La  publication,
en  effet,  pour  moi  toujours  aussi   désagréable,

était redevenue, de surcroît, momentanément inopportune.

                        Je  ne  puis aujourd'hui  vous faire

défaut . Je  vous  demande  seulement  de veiller vous-

même aux  modifications  de  texte  reportées  sur  la

copie  ci -  jointe.  je  vous   avais ,  de  toute  façon,

demandé  des  épreuves  :  je  vous  promets  de  les

renvoyer  dans les  vingt  quatre heures.

                Merci  de vos voeux de nouvel an. C'est

un bien  beau poème  de  voix  française qui  me  les

apporte, mêlés à l'essence même de la chose française,

ils sont la plus pure haleine d'un ciel de Livre d'heures.

            Mes voeux, pour vous  et  pour Madame Yvan

Goll, sont choisis parmi les meilleurs. Croyez-les, je vous prie,

attentifs  et  fidèles.

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

à recopier

13 janvier 1943 : double de la lettre de Goll à Saint-John Perse

136 Columbia Heights

Brooklyn, N. Y.

13 janvier  43

Cher Saint John Perse,

Donc, ce grand poème, chaste et inexorable,

            sera  la  porte  triomphale  de  cette  petite  revue,

            qui est encore humble, mais qui acceptera  sa loi,

            faite de pureté et d'orgueil  : je vous  promets  en

            retour de votre confiance une fidélité totale.

                        J'accueille avec plaisir  les changements  que

            vous  avez  faits  en dernière  heure, et notamment le

            nouveau  titre, combien plus évocateur ,  et formant

            chaînon avec   "  Exile  ". J'ai choisi pour votre poème

            un  caractère  spécial ,  et  toutes  vos  indications

            seront  suivies  scrupuleusement. Vous  recevrez bien-

            tôt les épreuves.

                        Klaus Mann, avant de partir pour l'armée, a  eu

            l'idée  de  composer  pour l'éditeur E. B. FISCHER qui

            vient de publier " American Harvest ",  une  anthologie

            similaire  pour l'Europe, et  m'a  demandé de m'occuper

            de  la  section française.  Pour  la  poésie, le  premier

            nom  prononcé  fût  le  vôtre.  Je suis donc  chargé  de

            vous  demander, si vous accepteriez  de  figurer  dans

            " European Harvest ", parmi  environ 20 noms français

            et  de me désigner,  dans le cas affirmatif, le  poème

             (de préférence, court)  et  le  traducteur  anglais  de

            votre  choix.

                        Claire vous remercie pour vos bons voeux et vous

            envoie un sourire d' "Etrangère ".

                        Croyez-moi bien fidèlement  vôtre

20 février 43 : lettre de Goll à Alain Bosquet

136 Columbia Heights

Brooklyn, N. Y.

20 février  43

Mon cher Alain,

Cette fois, le médecin, même militaire et susceptible

d'être embarqué sur un navire hôpital, m'excusera, si je

lui apprends qu'un commencement de pleurésie me rendit

incapable de toute activité littéraire et autre...

                        C'est avec 38.6 que je lus ta merveilleuse " Ode au

pays introuvable", et je ne suis pas encore certain, si ce

ne sont pas ces vers incendiaires qui firent monter le mercure.

Je fus et je suis de plus en plus enthousiaste : je considère

que tu es un grand poète, et que tu as fait depuis l'année

dernière encore des progrès tout-à-fait étonnants.

Cette "Ode" aura une place de choix dans notre revue,

dont le nouveau titre provisoirement définitif serait

"HEMISPHERES", si tu n'y trouves point d'objection. "Refuge"

trouve de moins en moins d'adhérents, car il invoque maintenant

chez les Américains plus de pitié que de considération. Et la

pitié est toujours une chose à éviter.

Ajouterai-je encore une autre explication pour la lenteur

de la naissance d' "Hémisphères" ? Je travaille maintenant à

l'Office of War Information, dans la section de la radio

française, et, avec intermittence dans la night-shift[3], qui

me tue et me prive de tout sommeil, car je dors mal le jour.

Il fallait que je me résigne à ce travail, pour pouvoir tenir

financièrement -- et aussi pouvoir financer plus largement

la revue, sans attendre des secours étrangers.

De toute façon, l' "Ode" et le poème de Saint John Perse sont

à la composition, dans des caractères plus grands que les

autres textes.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Si tu as quelque chose sur la guerre, envoie-le moi ; un éditeur

prépare une anthologie mondiale de poésie sur, contre ou pour

ces Temps Misérables.

Claire et moi, nous parlons souvent de toi, avec admiration.

Reçois nos meilleurs voeux et toute notre amitié

Yvan

Voici les adresse que tu demandes :

Kenneth Patchen, 317 West 4th Avenue, NYC

Lionel Abel, 10 Charles  St., NYC

E. Jolas, Office of  War Information, 224 W. 57 St. NYC

B.L.J.D.  Ms 47302 - 2

8 mars 1943 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                               Washington, 8 Mars 1943

                                               3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                   Cher Ivan Goll,

                           Je  m'excuse  encore  d'une  si

tardive   réponse .  Oui,   je  m'en  remets  à 

vous  pour l'autorisation  à  donner  à  Klaus

Mann . Mais  de   grâce,  que je n'aie  rien  à 

désigner .  Faites  pour  le  mieux. J'avais  été

inclus  d'autorité,  dans  une  Anthologie  de

mon éditeur: " Anthologie  des Poètes de la N.R.F.",

qui doit  se  trouver  à la Bibliothèque de N -York.

On pourrait  trouver    les  éléments d'un choix.

C'est Valéry Larbaud  qui  avait  établi  le choix

pour Gallimard ,  ainsi  que  la  bibliographie.

Je  demande  seulement, s'il y a la moindre notice,

qu'on  me laisse un absolu pseudonymat, c'est à

dire qu'il n'y  ait aucune référence à mon nom

ni à ma vie professionnelle.(J'ai beaucoup regretté

la surprise de la note parue dans " Poetry ", avec la

publication d' "Exil "). Quant à la désignation d'un

traducteur de mon choix, elle me serait bien impossible

dans la solitude littéraire où je vis.

                        Je n'ai pas reçu les épreuves annoncées 

pour votre Revue. Si le projet n'est pas abandonné,

je  vous serais obligé  de  rétablir, sur mon texte, un

mot  que  j'avais rayé pour une question de métrique,

mais que je suis obligé de maintenir pour l'interprétation :

le mot  : " Michel "  avant Strogoff  ( l ' association.,

purement visuelle, et bien inactuelle, procédait d'une

illustration de Jules verne)

            Je saisis  cette  occasion  pour  vous confier

un manuscrit  de Roger Caillois.  Je vous  le  confie en

original,  n'ayant aucun moyen d'en obtenir  d'autres

exemplaires. L'auteur  souhaiterait  le voir publier en

Amérique  et  je  suis  bien embarrassé  pour  m'en

occuper directement. L'étude  est belle, intelligente,

et  remarquablement avertie  de  la chose poétique ;            

mais  tout d'abord elle me  concerne ,  et au  surplus

j'ignore tout ici des milieux littéraires .  Je pourrais,

toute pudeur mise  à  part,  déposer cela  entre  les

mains de Mac Leish, qui apprécie l'art de Caillois.

Mais, sans connaître sur ce point l'avis de l'auteur,

je trouverais navrant que ses pages fussent livrées

au  hasard  d'une traduction pour  grandes Revues

Américaines, car sa langue est vraiment belle et vaut

par elle-même, indépendamment de l'objet. (Avez-vous

lu son "Patagonie" !  Il est rare, dans sa génération,

de voir maîtriser formellement, un art aussi pertinent

et dépouillé, un sens à la fois aussi lucide et harmonieux

de la propriété.) Je ne sais si de telles pages critiques

peuvent répondre à la conception de votre Revue, et,

dans l'affirmative, s'il serait encore temps de les y

accueillir.  Dans le cas contraire, dites-moi, je  vous

prie,  ce  que  vous voyez de mieux  à  me  conseiller

pour un acheminement digne de ce manuscrit.

                        Je n'ai plus repassé à New York depuis

plus d'un an. Je n'y repasserai pas sans m'enquérir

de la possibilité de vous revoir, Madame Yvan Goll

et vous, de savoir quelque chose de votre activité littéraire

et de votre vie à Brooklyn.

                        Mes voeux toujours très attentifs

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

20 mars 1943 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                               Washington, 20 Mars 1943

                                               3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                   Cher Ivan Goll,

                           Je  vous renvoie sous même pli

les  épreuves  corrigées.  J'y  joins  des  voeux

pour votre courageuse entreprise. Elle est digne

de tout ce que je sais de vous.

                        Je vous répète que je m'en remets

à  vous   envers  Klaus  Mann. La traduction

d' "Eloges" par Louise Varise va être publiée,

avec le texte français, chez Norton. La traduction

d' "Exil" a  été  réservée  à  MacLeish, qui  n'a

pu encore la livrer pour l'Editeur. La traduction

d' "Anabase" par Eliot, publiée chez Harcourt and Brac

ne réserve que les droits de l'Editeur. Je me souviens

d'excellentes traductions manuscrites d' Exil  "Anabase",

et je crois aussi d' "Eloges", par M. Edouard H. Roditi,

qui  vit  maintenant  aux  Etats - Unis, à New  York

(40 East 64 th Street).  Mais mon incurable silence

m'a  si  gravement  mis  en  faute  envers  lui, à Paris,

à  New  York   et  à  Washington, que  je  n'ose plus

évoquer  son nom (J'ai encore laissé sans réponse, sans

la moindre raison, une lettre de lui, de septembre dernier,

qui me transmettait une demande d'autorisation pour

la nouvelle Anthologie Kra, reprise en France par les

Editions du Sagittaire.) Je me souviens aussi qu'Eugène

Jolas, qui doit être maintenant  à New  York, avait traduit

dans "Transition" des fragments d' "Eloges", mais je n'ai

pas lu sa traduction.

                     Si vous connaissez M. Roditi, dites - lui, je

vous prie, à  l'occasion , que  je  lui  demande  de  ne

pas  interpréter mon silence, car je serais sincèrement

heureux de le connaître et de suivre son œuvre personnelle.

Pour l'autorisation à donner en France par son entremise,

je  ne  pense  plus  qu'il  y  ait  rien  à  faire  depuis

l'occupation totale ?

                        Je suis heureux que les pages de Caillois

aient  pu  répondre  au cadre  de  votre  Revue, car c'eût

vraiment dommage  de  les  exposer  à  quelque  une

traduction.

            J'espère vous lire dans votre prochain numéro.

                                   Bien cordialement à vous

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

27 avril 1943 : lettre de Jacques Maritain à Goll

                                               27  Avril 1943

                                   Cher ami,

                       Je suis navré de vous avoir répondu ce soir trop

précipitamment au téléphone. Je viens de regarder de plus près

mon emploi du temps  et  la  liste  de  mes  engagements,  et  je

vois  que  d'ici  un mois, il  m'est  absolument  impossible  de

rien  ajouter à mon travail .  Je  n'ai jamais été si  surchargé.

Et si je ne réserve pas pour les travaux urgents que je dois

terminer tout  ce  que j'ai de temps libre, je ne pourrai pas

tenir mes engagements. Quelque chagrin que j'aie de vous

désappointer, il me faut donc renoncer à la soirée de poésie

dont vous m'avez parlé. Je pense bien  du  reste  que vous

trouverez un autre Français pour ce soir - là. Pardonnez-moi,

votre amicalement dévoué                

                                   Jacques Maritain

            Excusez-moi de vous écrire en hâte, il est une heure du

matin et j'ai encore un cours à préparer

à recopier

2 mai 43 : lettre de Goll à Alain Bosquet

136 Columbia Heights

Brooklyn, N. Y.

2    mai    43

Mon cher Alain,

            Merci pour ta petite lettre de Bryan. Elle tombe à pic.

Je voulais justement te donner les excellentes nouvelles d'

HEMISPHERES, qui va enfin voir le jour, sous une couverture

très artistique, ornée de dessins faits uniquement par des

poètes. Voici le Sommaire :

Saint-John Perse : Poème à l'Etrangère

Roger Caillois : Sur Saint-John Perse (7-8 pages)

                                   +

Georges Barker : Sacred Elegies

Kenneth Patchen : Poems

Sanders Russel : Notes on American Poetry

                                   +

Yvan Goll : Poème

Alain Bosquet : Poème

Alain Bosquet : Notes sur la Poésie Française

                                   +

Commentaires : Les petites revues de France

" Lettres Françaises " — VVV.

Dans ce dernier commentaire, je publierai côte à côte

des extraits de l'introduction de Caillois à son dernier cahier

et du discours de Breton aux étudiants de Harvard, montrant

le désarroi qui existe actuellement partout : la rivalité entre

la liberté et la forme.

Bref, je crois ce sera très bien, mieux que le

dernier numéro de VVV, si disparate, et que

VIEW, qui m'a tout à fait déçu.

Inutile de te dire que j'ai partout trouvé ton nom

avec fierté et joie. Tu t'es hissé à une place déjà très enviable

en poésie. Les dernières Odes que tu m'as envoyées, sont des       

merveilles, avec ton style et des images bien à toi. Claire

et moi, nous parlons de toi avec admiration et orgueil. (Ce qui       

nous a étonnés, c'est que tu dédicaces tes poèmes à tant de gens,  

et aucun à nous.)

Je suis  xxx encore à me demander, si c'est ton Ode

à l'Amérique ou ton Ode à la Malédiction que je passerai...

            Tes voyages dans le Texas vont sans doute t'inspirer de

nouveaux chefs-d'oeuvre. Nous les attendons avec ferveur

ton vieil

Yvan

J'oubliais de te dire qu' " HEMISPHERES" aura ses

éditions tout comme devait l'avoir " Refuge ", et que

ton livre en sera le numéro 1, suivi par Saint-John Perse,

Yvan Goll etc. : je ferai imprimer une nouvelle couverture;

où se trouvent les exemplaires restants ?

B.L.J.D.  Ms 47302 - 4

14 mai 43 : lettre de Lucien Vogel à Goll

à recopier

26 mai 43 : lettre de Goll à Alain Bosquet

                                                                                                                                                                                                                               136 Columbia Heights                                                                                                                     Brooklyn, N. Y                                                                                                                                May,  26,    43

                        Mon cher Alain,

                                   Après tout, tu fais les plus beaux voyages du monde,

                        aux frais du gouvernement américain, et tu  vas  devenir

                        par-dessus le marché un savant spécialisé de premier ordre,                                               envoyé par le Nouveau monde à la découverte des ruines

                        de cette Europe antique, dont on parle dans les légendes.

                        Pas mal, pour un jeune et grand poète.

                                   Jeune et grand poète, tu l'es de plus en plus pour moi,

                        car avec chaque nouveau poème que tu m'envoies, tu prends

                       encore du souffle, de la grandeur, et  tu  creuses aussi déjà

                        ta vrille vers l'intérieur.

                                                                      

                                   C'est avec joie que je substituerai l'Ode à la Malé-               

                        diction à l'Ode à l'Amérique -- et  quel chemin fait en moins

                        de douze mois entre ces deux Odes !

            

            C'est avec joie également que j'annoncerai dans les

"Editions Hémisphères " tes "SYNCOPES", en attendant

d'annoncer "ODES", ce qui sera plus magnifique encore.

            Cela ne m'empêchera pas d'y ajouter aussi "L'Image

Impardonnable", en lui donnant simplement une nouvelle

couverture portant comme firme HEMISPHERES au lieu

d'un REFUGE inexistant. Ce sera un nouveau

et réel lancement commercial.    Tu n'as qu'à me dire, où je

pourrai trouver les exemplaires non vendus.

                                   Oui, je crois vraiment que ce I. numéro sera épatant.                                              J'ai  encore changé  à  la  dernière minute la composition du

                        groupe américain. L'article de  Sanders  Russel  étant trop

                        peu  objectif  et  peu ordonné à la fois, j'en ai demandé un

                        à Parker Tyler, qui vient de me donner une étude très fouillée

                        et lumineuse sur la poésie américaine. En outre, je réduirai                                                 l'apport de Patchen de moitié  et ajouterai un très joli poème

                        de Charles Henri Ford :The Human Microscope. Georges

                        Barker est de la race des génies romantiques anglais.

                                   Claire et moi avons beaucoup savouré ta lettre si colorée

                        et si affectueuse.   Que tes futures missives se fassent moins

                        rares !  Nous attendons l'Ode à l'Inquiétude avec émotion.

            Envoie-moi les deux dessins de Masson. Fais-moi livrer L'Image Impardonnable à Diana Press. Dis à Norman MacLeod que Old Line sera largement annoncé.

                                                                       Et crois en l'affection de ton vieil                                                                                                                                       Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 5

26 mai 43 : lettre de Goll à Saint-John Perse

à recopier

7 juin 1943 : lettre de William Carlos Williams à Goll

à recopier

Parution du numéro 1 d'Hémisphères

30 juin 1943 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 30 juin 1943

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Cher Ivan Goll,

                        Je vous félicite bien vivement de la tenue de votre Revue  — et plus

            vivement encore de la beauté de votre Elégie : elle amorce une œuvre de qualité

            dont la certitude doit être pour vous un stimulant.

                        Vous annoncez un tirage de luxe de mon poème : je dois vous dire que j'ai

            une objection irréductible contre toute illustration, quelle que soit la valeur d'un

            artiste. L'impression d'un poème ne peut comporter d'autre luxe que celui de la

            Typographie, du papier et du format. Et je ne sais si, réduit à ces seuls éléments,

            le court poème en question peut encore répondre à votre projet d'édition.

                        Si oui, il exigerait une grande italique, assez rare à trouver. Une révision

            du texte serait aussi nécessaire, car il n'a pas été tenu compte, pour la Revue, de ma        deuxième correction d'épreuves.

                        Une recommandation immédiate : m'assurer instamment contre toute        reproduction du poème dans la presse française locale.

                                   Tous mes voeux, bien attentifs et bien sympathiques, pour la double           conduite de votre entreprise et de votre œuvre, et mes hommages fidèles à

            Madame Ivan Goll

                                               Alexis St L. Léger

SDdV : 510.320

1 juillet 1943 : copie dactylographiée de la lettre de  Goll à Saint-John Perse

                                                           136 Columbia Heights

                                                           Brooklyn  2, N.Y.

                                   Mon cher Saint-John Perse,

                        

            Votre approbation me récompense pour tout le mal

            que la mise en train d'une revue peut donner.

                        Et je suis entièrement d'accord avec : il eût fallu

            un grand Italique. J'ai longtemps lutté. Mon imprimeur

            n'avait pas les accents français  -  et je voulais du 12

            et même du 14 !

                        Il va en être autrement pour l'édition de luxe. J'ai

            pensé à un Garamond italique.Un autre imprimeur"de luxe"

            achètera les accents pour la grande occasion d'imprimer

            du Perse. Vous vous trompez, on trouve ici tout ce qu'on

            veutsauf évidemment du Vélin des Manufactures d'Arches!

            Celui-là, je l'ai apporté moi-même de Paris, à peu près

            la seule chose que j'ai sauvée, et pas même de l'Arches

            imprimé. Figurez-vous que j'ai acheté ce papier en solde

            Rue Gît-le-Cœur, au numéro 5, je crois. J'allais m'appro-

            visionner là. Quelle jouissance de palper les papiers rares.

            J'espérais toujours publier une plaquette comme il

            frissonnera, le papier, en se voyant tout couvert de

            Rue Gît-le-Cœur

                        D'accord aussi : pas d'illustration! Evidemment, ce sera

            un peu maigre. N'auriez-vous pas un autre poème à ajouter ?

                        Comme je suis navré que vous pensiez qu' "il n'a pas été

            tenu compte pour la Revue, de votre deuxième correction

            d'épreuves ".    Au contraire,  je crois l'avoir suivie très

            scrupuleusement. J'ai ici les deux manuscrits : quand vous

            viendrez à New York, nous comparerons. Mais il se peut fort

            bien, que vous trouviez encore d'autres corrections à faire.

            Envoyez-les moi, je vous en prie, sur un des textes de la

            revue. Je vous enverrai autant d'exemplaires que vous désirez.

                        Aucune reproduction de poème dans la presse française

            locale ne sera autorisée.

                        Jeanne de Lanux a déjà commandé le N° 1, de l'édition

            de luxe. A moins que vous n'y teniez ?

                        Merci encore pour tous vos encouragements, et croyez

            à l'inaltérable admiration de Claire et

                                                                       de votre

SDdV : 510.320

1 juillet 1943 lettre de William Carlos Williams à Tyler:

Traduction à recopier en réponse à l'article de Parker Tyler paru dans le

numéro 1 d'Hémisphères

2 JUILLET 43 :  lettre d'Alain Bosquet à Ivan

Alain Bosquet

Apart. 10  J

280 Riverside Drive

New-York City.

Stanford, le  2 juillet 1943

Mon cher Ivan,

                                   Il y a bien longtemps que je n'ai

plus eu de tes nouvelles.

Je t'écris, plongé dans les choses

militaires les plus rébarbatives et

les traquenards de la géographie. On

m'apprend, pour le bien de la

patrie, que le canal qui va de

Lübeck à l'Elbe est long de 165 km,

que les avortements en Allemagne se

sont accrus de 260% depuis 1938, que

la flèche du Dom de Cologne a x mètres,

et que celle du Dom d'Ulm en a un

peu plus, et des tas d'autres balivernes

à la fois curieuses et inutiles.

La poésie, je la laisse dormir, et si

parfois je la chatouille, ce n'est que

pour changer une virgule.

Il faut dire aussi que le soleil

dans les yeux, les blondes à la portée

de la xxxx main et les pamplemousses

à la portée de la bouche font d'assez

bonnes excuses.

Et chez toi ?

Que devient Hémisphères ?

Allons, donne-moi des nouvelles de la poésie.

Je te serre la main bien

affectueusement, ainsi qu'à Claire.

Ton

Alain

20 juillet 1943 : lettre de Goll à Bosquet sur papier Hémisphères            

20 juillet 43

Mon cher Alain,

Tes lettres d'encouragement, d'enthousiasme,

d'amitié  m'ont beaucoup aidé  pendant la

mise sur pied d'Hémisphères. Je te savais

derrière moi, regardant par dessus mon épaule,

il ne fallait pas se tromper.

J ' y ai mis un an, c'est vrai, j ' ai pris

mon  temps, et pourtant, j'estime que  je

n'ai pas perdu de temps. J'ai laissé mûrir

des fruits. J'ai  laissé les oeuvres venir  à

moi. Sans St John Perse, sans  Caillois, ces

deux piliers de  fondation, l'édifice n'eût

même pas été viable.

Maintenant, c'est une grande revue

qui compte. Il ne dépend  plus  que de

moi  pour la  faire marcher. J'ai  une

responsabilité. De partout on m'apporte

une confiance qui me comble.

Certains américains  m'ont  dit  que

Hémisphères n' a pas d'égal pour la poésie

américaine. Il n' y a que Poetry (Chicago),

qui existe depuis trente ans et quelle allure de

pauvreté, de bon marché: le format, le papier.

Partisan-Review: trop politique. Kenyan Review:

trop figé, pour certains.

Pour les Américains, il paraît que j'ai

réussi un tour de force, en réunissant côte

à côte Barker qui hait Patchen, Patchen qui

déteste Ford, Ford qui renie Barker.  J'ai

eu  avec tous les trois des discussions pathé-

tiques, chacun menaçant de claquer les

portes.

Barker est un merveilleux poète, aussi

dans la vie.  Il a vécu pendant plusieurs

années tout près de chez nous, à Brooklyn

Heights. D'une beauté de page, l'univers,

les hommes et les femmes sont à genoux

devant lui — et il a vécu pauvre pendant

tout son séjour ici, faisant des démarches sans

proportions pour quelques dollars. C'est ici

qu'il a écrit ses Elégies Sacrées. Et le voici

parti pour l'Angleterre, de ces docks qu'il

voyait constamment à ses pieds ¬ Comment

trouves-tu son autoportrait et le dessin de

la couverture ? Willard Maas, autre poète,

auquel les "Elégies" sont dédicacées, vit

au bout de la rue.

Du côté français, c'est également une victoire.

André Breton m'a félicité ; il est devenu très

amical. Tout l'OWI a raisonné d'échos et a

été étonné de voir ce magazine important,

édité par un employé du civil service, qui n'a

pas manqué un jour à l'Office, et qui n'a ni

bureau ni éditorial staff, ni contrats de publicité.

J'avoue que par contre, je me suis tué et duellé

avec le mauvais coucheur d'Okin, combien

de fois, au lieu de déjeuner.  J'ai  fait  tout

seul toute la correspondance, la livraison aux

libraires etc. et cela continue.

Pour revenir à l'OWI, où travaillent  aussi

Robert de Saint-Jean, Denis de Rougemont, Nicolas

Calas, Léon Kochnistzki, Ed. Roditi et des tas de

poètes cachés et inconnus, Hémisphères a fait

grand effet. Etiemble lui-même me fournit

des adresses au Mexique, bien qu'écarté du

sommaire, pour des raisons d'incompatibilité

de tendance, je lui avais demandé d'écrire

l'article, qu'ensuite Lebel a entrepris, mais

il me prévint franchement qu'il prendrait le

parti de la forme stricte contre la liberté. Nous

n'insistâmes pas. Il écrira un compte-rendu,

et je me demande combien de poison il contiendra.

En général, la presse française m'a fait un

accueil chaleureux comme te le montrent les 2

coupures ci-incluses. En connais-tu les nouvelles

constellations ? Demilly est passé avec armes sans

bagages à la Victoire. "France-Amérique" avec

Torrès et Buré marche très bien et battra sans

doute la Victoire cet hiver.

Et maintenant,  quid du n° 2 ?  Cette

fois, il faudra sortir en octobre, sans faute !

Question d'honneur. Je pense à Ton Ode magni-

fique    j'espère que tu as  reçu la lettre

exubérante signée Claire/Yvan, dans laquelle

nous te remerciâmes pour la dédicace et

la perfection -- mais cette Ode ne suit-t-elle

pas de trop près la technique de la Malédiction" ?

D'ailleurs, comme tu le sentais toi-même, il

est probable que tu changeras, après l'arrêt

présent de vitesse ou de rail ?

Mais les éditions Hémisphères, ayant

annoncé avec fracas " Syncopes", attendent

le manuscrit et les deux dessins.

Voilà, je l'ai enfin écrite la lettre que je

te devais depuis si longtemps, et je ne t'ai

pas parlé de mon coeur et de mon amitié,

ainsi que de l'affection que nourrit Claire

pour toi.

Nous  te  bénissons  tous  deux,

Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 6/7      

lettre de Charles Duits à Goll sans date (entre juillet et septembre 43)

très intéressante pour sa critique du numéro 1 d'Hémisphères (Saint-John Perse)

à recopier

23 juillet 1943 Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 23 juillet 1943

                                                          

                                               Mon cher Ivan Goll,

            Quelle émouvante histoire que celle de votre Vélin d'Arches emporté de Paris !  Et

qu'est-ce qui pourrait me livrer plus de vous ?

            Comment, en tout cas, résister à pareille chose ?  Voici mes épreuves corrigées sur texte de la Revue.

            Si votre projet tient toujours, un texte si restreint (et je n'ai rien qui puisse y être ajouté) exigerait évidemment un assez grand format, à peu près comme celui de l' "Exil" aux "Editions des Lettres Françaises" de Buenos Aires, avec une italique appropriée (18 pt. ?) Mlle de Lanux et Herbert Steiner, à ma connaissance, pourraient vous montrer cette édition, dont je n'ai plus d'exemplaires.

            Envoyez-moi quelques exemplaires d'Hémisphères, car je n'ai plus un seul, même comme témoin, des deux exemplaires que j'ai reçus de vous. Je pense que vous n'aurez pas oublié Roger Caillois, Buenos Aires, à qui je n'ai même pas écrit. Vous m'obligeriez aussi d'envoyer un exemplaire à Mme Victoria Ocampo, l'écrivain argentin, Directrice de la Revue "Sur" et Protectrice des "Lettres Françaises" de Caillois, qui se trouve en ce moment à New York (The "Savoy-Plaza" Hôtel, Fifth Avenue), ainsi qu'à T. S. Eliot, c/o "Faber and Faber", 24 Russel Square, London ; à Frank V. Morley, "Harcourt Brace and Co", 283 Madison Avenue, New York, à Edouard Roditi , 40 East 64, N.Y.C. ; à Denis de Rougemont, 439 E. 51, N.Y.C. et à André Spire, 325 W. 101 St., N.Y.C.; James Laughlin, Dr of "New Directions", Norfolk (Conn.) ; Glenway Wescott, 48 East 89 Street,  N.Y.C.; Clark Mills, Dept of Ramance Language, Cornell University, Ithaca, N. Y.; George Dillon, Editor of "Poetry", 232 East Eric St., Chicago ; Dr. S.A. Rhodes, Professor of French in the College of the City of N. Y., me semblent également susceptibles de s'intéresser à la carrière de votre Revue. A titre plus personnel et amical, je vous mentionne aussi Thornton Wilder, qui suit passionnément les lettres françaises.

            Mes voeux vous suivent, mon cher Yvan Goll, et voudraient vous atteindre, auprès de Madame Goll, dans une retraite aussi sympathique que vous m'évoquiez l'an dernier à pareille époque. J'espère moi-même pouvoir me replier cet été sur mon île de Pensbscot Bay.

                                               Bien cordialement à vous

                                                           Alexis StL. Léger

SDdV : 510.320

15 novembre 1943 Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 15 novembre 1943

                                                          

                                               Mon cher Ivan Goll,

                                   Je suis désolé d'avoir tant tardé à

            vous répondre, et je m'en excuse.

                                   Aucune objection à l'édition bilingue.

                            Je n'ai pas d'offres d'auteurs originaux

            pour la traduction de ce poème,  et je n'en aurai

            pas, car j'ai dû déjà les repousser pour la traduction

            d ' " Exil " (réservée à Mac Leish). Je suis d'ailleurs

            sans contact avec le monde littéraire américain.

                                   Madame Varise apporte une rare et

            scrupuleuse abnégation  à  faire abstraction

             d'elle - même pour établir, en regard du texte,

            une fidèle version  plus qu'une  transposition

            ou  une adaptation. Si elle veut bien se charger

            encore de ces pages, je  lui  en  suis  d'avance

            reconnaissant ,  car  je  sais  quelle délicatesse

            est la sienne  au  travail,  et je  serai  personnel-

            lement  heureux  de  retrouver sous sa  plume un

            peu  de  son  amicale  pensée. Les  Varise  sont

            de  bons  amis  que  j'aimais  voir  à  New York.

                        En  hâte et  bien  cordialement  à  vous,

            avec mes meilleurs voeux pour Madame Yvan Goll.

                                 Alexis S t L. Léger

Saint-Dié des Vosges

26 novembre 1943 : double de la lettre de Goll à André Masson  sur papier Hémisphères 

à recopier

                                   Je vais aussi publier prochainement aux

            Editions HEMISPHERES  le génial RETOUR AU PAYS

            NATAL  d ' Aimé  Césaire,  en  français  et  en  anglais

            avec  une  préface  d ' André  Breton  et  les  dessins

            de  Lam.

                               Ah  oui ,  j'oubliais  de  vous  dire  que

            Jean  sans  Terre  paraîtra  en  français  et   en

            anglais ,  dans  la  traduction  de William  Carlos

            Williams  et  quelques  autres.

                                   Croyez-moi  sincèrement  vôtre

29 novembre 1943 : lettre d' André Masson à Goll 

à recopier

13 décembre 1943 : lettre de Roger Caillois (SUR) à Goll 

à recopier

21 décembre 1943 : double de la lettre de Goll à Henry Miller  sur papier Hémisphères 

à recopier


[1] cette lettre du 6 novembre n’a pas été retrouvée

[2] à côté de ce Quand à, une annotation manuscrite signée des initiales A. B.: faut-il être

               pour faire de pareilles fautes (voir S D d V )

[3] équipe de nuit