correspondance des Goll

06 décembre 2008

Correspondance Claire Goll jusqu'à son décès

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Claire Goll à Paul Celan, 1er mars 1950

Mon cher Paul,

Le marchand de morts m'a dit que la loi exige la présence d'un parent au moment de la mise en bière.

Tu comprends que je préfère souffrir, que de laisser Yvan souillé du regard d'un de ses cousins.

Je te verrai donc ce soir vers 8h.

Merci pour tout et affectueusement

 Ta Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 155

 

Paul Celan à Claire 10 mars 1950

Chère Claire,

 Irmgard [ Burckhardt, femme peintre], que je voyais hier, m'a donné cette petite lettre ci-jointe, avec mission de te la faire parvenir. La voici donc.

J'ai envoyé tes photos à Bâle, le jour de ton départ mais j'ai oublié d'indiquer ton adresse de Metz, ce qui fait que tu ne seras avertie de la confirmation que lors de ton retour.

Traduire la suite

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 155/156

 

Claire Goll, Pfingsten à Paul Celan, Paris 28 mai 1950

Cher Paul,

Pfingsten, la belle fête était arrivée, seulement pas de Paul. Te revoir maintenant est aussi dur qu'une course d'obstacles. Je t'ai attendu encore samedi soir. Sans doute un nouveau malentendu. Est-ce que ce n'était pas cela qui était décidé ? Même si, pleine d'espoir, j'avais dit à Klaus qui partait à la dernière minute : « j'attends aussi Paul, s'il ne se décommande pas.»

J'espère que tu reçois ces lignes ? Toutes tes lettres ne sont pourtant pas détournées par la concierge, j'espère.

 Toujours en amitié

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 157

 

Claire a dédicacé à Paul Celan :

 

Jean sans Terre, Choix de poèmes.

Pierre Seghers, Paris (20 juin)1950 Collection Cahiers bimensuels n°44 - 18 cm., 45p.

 

 Au poète Paul,

 la voix d'un autre poète et ami

 Claire

 

lettre de Claire Goll, à Paul Celan, Paris 26 juillet 1950

Mon cher Paul,

Je t'ai étourdiment donné un rendez-vous pour samedi. Je ne suis malheureusement pas libre et je déplore vivement de ne plus pouvoir te voir avant mon voyage à Metz. Tu serais très aimable si tu pouvais m'envoyer par la Poste les 2 poèmes ou les donner à la réception, [Palais d'Orsay] ainsi que le premier vers de chaque poème que je t'ai donné pour une traduction éventuelle, afin qu'il n'y ait pas d'erreur, puisque je dois bientôt donner le manuscrit, et je vais aussi le donner à Alain Bosquet afin qu'il en traduise quelques uns ou qu'il prête son concours.

Et à propos de "Elégie d'Ihpétonga", quel est ton choix ? Yvan était tellement confiant en ton assistance passionnée et il y a maintenant 4 mois que tout est en arrêt ou au ralenti. Je ne peux pas laisser son œuvre sans que quelqu'un s'en occupe en Allemagne. Je n'ai pas le droit d'en retarder la parution, il y tenait tant.

 Avec mon amitié toujours présente

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 158

 

 

lettre de Claire Goll Metz, à Paul Celan, Paris 8 août 1950

Mon cher Paul,

Voilà Metz dans toute sa beauté et nudité pittoresques. La Grandeur romantique et la misère et la saleté se frottent. De la chambre où je dîne chaque soir chez des amis-ouvriers dans un immeuble romantique et délabré, je vois dans la maison abandonnée où Rabelais vivait et concevait Gargantua. Et toi ? Travailles-tu à ton Gargantua en vers ? Tu n'as pas déposé les traductions, pourquoi ? Pas finies ? je rentre demain.

 Amitiés

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 159

 

 

lettre de Claire Goll Barnes, à Paul Celan, Paris 30 août 1950

Mon cher Paul,

Je suis ici chez des amis, depuis une huitaine. Londres est une ville grandiose, gigantesque et ses habitants d'une hospitalité incomparable. Je pense rentrer la semaine prochaine et espère te revoir bientôt. Peut-être as-tu pu travailler un peu pendant les vacances. J'ai reçu une carte d'Italie de Klaus il y a déjà quelques semaines

 

Pensées affectueuses du pays de Shelley, Blake, Keats et du grand Will.

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 160

 

Le 22 octobre 1950, Claire déclare son intention de rédiger un article sur Albert Gleizes. Une photo montre Claire avec Gleizes au Musée national d’art moderne de Paris

(1952, VIII A 24

 

lettre de Claire Goll Paris, à Paul Celan, Dimanche 26 novembre 1950

 Paris, dimanche 26 novembre

Mon cher Paul,

 Je sais par Gertrude Rosenberg que tu as perdu ton stylo. Quel cadeau de Noël, pourrai-je te faire plus utile qu'un Waterman et en plus celui du Waterman d'Yvan que je lui avais offert au Canada car il avait laissé le sien à New York ? Avec celui-là, il a écrit le Mythe de La Roche Percée. Peut-être, sera-t-il pour toi aussi, mon petit Paul, instrument d'inspiration. Je te souhaite ceci et plein d'autres choses, un peu trop tôt par rapport à Noël, mais j'attends un coup de fil de Vence, de la femme de Chagall qui doit fixer mon départ. Il a eu à nouveau une crise de la prostate et donc, il doit peut-être subir une opération. Sinon, je pars dans les jours prochains.

Peut-être passes-tu encore - après un coup de fil au préalable ?

  en amitié

 Ta

  Claire G.

 

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 161

 

lettre de Claire Goll à Paul Celan, Dimanche 6 décembre 1950

Cher Paul,

Le papier sur lequel je t'écris a été fabriqué dans les mines de Mairans, fondées en 1480. C'est donc un papier de qualité. C'est donc un papier qui doit porter bonheur. Ainsi, j'espère que les adresses ci-dessous te porteront chance :

 Werner von Alversleben

 15 Parliament Hill, N.W. 3

 (Hampstead 09-67)

 

 Peter de Mendelssohn

 20 Wimbledon Close, S.W. 20

 (Wimbledon 31.00)

 

 Louis Golding (illustre romancier

 et homosexuel)

 Hamilton Terrace, N. W.8

 (Cummingham 69.94)

Beaucoup de chance et de succès personnel ! Et bonnes fêtes !

 Affectueusement

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 161/162

 

 1951

 

lettre de Claire Goll à Paul Celan, 17.1. 1951

Mon cher Paul

Je suis obligé d'annuler l'invitation pour vendredi, j'ai la grippe.

Veux-tu m'accompagner mercredi 24, pour l'hommage à Yvan. Je te choisis toi parce que tu as été très proche de lui. Pourrais-tu être "au plus tard" vers 19h30 chez moi, pour que nous puissions manger avant d'y aller ? Mais je dois te demander de me répondre "immédiatement" car, sinon, je demanderai à quelqu'un d'autre.

 Affectueusement,

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 163

 

carte de Claire Goll à Paul Celan, [printemps 1951]

Mon cher Paul

Je passe ici de belles journées

 

Jusqu'à jeudi, mon adresse est chez Albert Gleizes, St Remy de Provence (Bouches du Rhône)

 Affectueusement

 Claire

 

à traduire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 163

 

lettre de Claire Goll à Paul Celan, [mai 1951]

 vendredi soir

Cher Paul

J'oubliais de te donner la carte ci-jointe. L'exposition est très intéressante surtout les tableaux de Picasso "Massacre en Corée".

Visite aussi "Le Mur de la Poésie", tu y trouveras 84 poésies dont une de moi.

Plein de bonnes choses pour toi

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 164

 

lettre de Claire Goll à Paul Celan, 7 juin 1951

 

Cher Paulot,

Excuse ma nervosité aujourd'hui au téléphone. J'avais un rendez-vous avec mon médecin américain qui m'avait demandé un service (lui aussi une introduction pour un certain collègue), et je répugne à être non ponctuelle an moment où l'on me demande un service.

Alors ta lettre.Kalenter est un homme charmant : aimable, fidèle et un ami à toute épreuve, si tu réussis à t'approcher de lui et si vous êtes sur la même longueur d'onde. C'est aussi un homme d'une grande précision, toujours vibrant, merveilleusement doté de tous les dons de l'existence, et toujours prêt à rendre service comme les Hongrois. Je l'aime particulièrement.

Plein de bonnes choses pour toi

 cordialement

 Claire 

Adresse d'Ossip Kalender: Poste Restante 242

Zurich 33

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 164/165

 

(25) lettre de Claire Goll à Paul Celan, 14 juin 1951

 Stuttgart, 14 juin 1951 

Mon cher Paulot,

Oui, je craignais ce qui est arrivé ; l'Allemagne m'a séduite à nouveau. Quel accueil ! Ça a commencé avec un grand bouquet de fleurs à la gare et plein de gestes amicaux, des invitations, et les gens sont toujours de plus en plus gentils pour moi. "Phèdre" a été un succès : 20 rappels ! à guichets fermés. Le lendemain, ¾ d'heure de lecture à la Radio, avec une merveilleuse introduction du directeur du département littéraire, le Dr. Karl Schwedhelm,

qui, hier, avant ma conférence au Centre d'Etudes franco-allemand, a également fait un texte de beaucoup de pages sur nous, (surtout sur Yvan), qui va paraître bientôt et dans lequel il le comparait même - avec Goethe.

Je t'écris avec intention tant de choses sur Schwedhelm, qui est un homme charmant, et un connaisseur de la poésie, parce que je t'ai recommandé à lui, toi et ton avenir, et je pense que ton avenir est assuré, par ceci en particulier : il était enthousiasmé par la lecture de ta traduction du "Chien rouge de ma mort". Il te demande d'envoyer un choix de poèmes, éventuellement aussi de la prose et de lui envoyer un curriculum-vitae pour qu'il puisse te présenter à ses auditeurs de la Radio. Une telle lecture sera ensuite reprise à la Radio de Hambourg et de Franckfort.

En outre, j'ai parlé de toi avec le fils de Rowolt qui est venu me voir, lui aussi aimerait voir tes poèmes. Nous en parlerons dès mon retour. Parfois, ça prend un peu de temps mais, tu vois, je n'oublie ni le grand poète, ni l'ami d'Yvan. Je t'écris dans le train qui m'amène à Mayence, c'est pourquoi, pardonne cette écriture.

Samedi, je pars à Munich. Etais-tu en Suisse ? Couronné de succès ?

Salue bien cordialement les Rosenberg de ma part.

 Ta toujours très dévouée

 Claire G.

c/o Radio-Stuttgart

Neckarstrasse 145 Stuttgart

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 165/166

 

(26) carte de Claire Goll Metz, à Paul Celan, chez le Dr Adler, 14, Villa Chaptal, Levallois-Perret 16 août 1951

Cher petit Paul,

Un chaud salut du glacial Metz de Verlaine et d'Yvan Goll, Comment ça va pour toi et Ihpétonga ? Je serai de retour seulement la semaine prochaine. C'est triste pour moi d'être à Metz dans la ville du joyeux Rabelais. J'espère que pour toi que tu es gai et entouré de jeunesse.

 Amicalement

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 167

 

(27) carte de Claire Goll, Knokke-le-Zoute, à Paul Celan, septembre 1951

Mon cher Paul,

Un salut cordial de ce Congrès très intéressant, où plus de 200 poètes sont venus de tous les pays

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 168

 

(28) Claire Goll Paris, à Paul Celan, octobre 1951

Jeudi [ sur papier à en-tête du Palais d'Orsay ]

Cher petit Paul,

Voici les titres des poèmes que tu as déjà traduits des Géorgiques parisiennes :

1) A la Tour Eiffel (Flûte d'airain)

2) Paris (Je te chanterai dans les jardins de zinc)

3) Dans les stations lépreuses des roses [ Dans les léproseries des roseraies]

4)Séducteurs de la Place de Grève

Et maintenant, j'espère bien te lire et t'entendre très bientôt

  affectueusement

 Ta Claire

As-tu écrit à Schwedhelm ?

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 168

 

(29) Claire Goll Paris, à Paul Celan, [octobre/novembre 1951]

 Samedi

Cher petit Paul,

Je t'envoie aussi vite que possible "L'inconnue de la Seine". Tu me disais pourtant depuis des semaines que cela était presque terminé.

Peux-tu me l'apporter mardi ?

 en hâte

  Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 169

 

(30) Claire Goll Paris, à Paul Celan, lundi [ 5 novembre 1951, cachet de la Poste]

 lundi

Mon cher Paul,

Je m'excuse mais je ne peux pas dimanche à 4 h. Veux-tu le soir, après-dîner ?

Un mot s.t.p. par retour du courrier.

 

 amicalement

  Claire

Réponds de suite pour que je puisse disposer de ma soirée, en cas d'empêchement de ta part.

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 169/170

 

(31) Claire Goll Paris, à Paul Celan, mardi [ fin novembre/ début décembre 1951]

 mardi

Cher Paul,

Ci-joint les 3 poèmes et "Réverbères". Comme tu m'as dit que tu soupèses longtemps les mots, si tu t'attelles donc à la traduction des "Géorgiques" pendant quelques heures de chaque semaine de décembre et certainement pas en hâte dans la dernière semaine, ce serait pourtant bien si tu m'en donnais déjà quelques unes autour du 15 Décembre afin que nous voyions ensemble le ton et la résonance.

 Merci pour ton dévouement à Yvan. affectueusement

  Claire

à mon retour de Bruxelles

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 170

 

 

Claire part à Bruxelles le 13. 12.51

 

 

(32) Claire Goll Paris, à Paul Celan, mardi [décembre 1951]

 mardi soir

Mon cher Paul,

Comme tu es devenu silencieux ! Comment vas-tu et ton nouveau travail ?

J'espère que tu n'as pas oublié notre pacte poétique et que je verrai bientôt la moitié des "Géorgiques". 

Je reste à Paris jusqu'au 22 Décembre

Très amicalement à toi

 Claire

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 171

 

(36) lettre de Franz Vetter à Paul Celan

 25.12.51

Cher Monsieur Celan

Madame Goll m'a apporté votre traduction des "Chansons Malaises" d'Yvan Goll.

Je les ai lues et je les trouvent très éloignées de l'original. Puisqu'il s'agit d'une traduction, je préfère publier Yvan Goll et non pas une recréation poétique trop éloignée de Paul Celan. Vous avez pris, à mon avis, trop de liberté. Je ne me permettrai pas de minimiser votre talent de poète, mais je désire avoir une traduction fidèle de ces Chansons magnifiques. J'ai toujours souhaité que ce soit Madame Goll elle-même qui traduise ces poèmes et je lui ai donc demandé de le faire. En tant qu'éditeur, je ne peux pas prendre la responsabilité de présenter Yvan Goll à un public allemand dans une traduction qui ne correspond pas à une "affinité sélective" pour ce poète.…

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 178

 

(37) lettre de Paul Celan à Franz Vetter

 30.XII.51

Cher Monsieur Vetter,

J'ai bien reçu votre lettre du 25 courant, dans laquelle vous me faites savoir que ma traduction n'est pas publiable. Je suis surpris de constater que vous avez conservé le manuscrit de ma traduction.. Ceci, n'est pas, comme vous devez le savoir, une pratique courante dans l'édition. Je vous remercie d'avance

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 179

 

 1952

 

(38) lettre de Paul Celan à Franz Vetter 4 janvier 1952

 

Cher Monsieur Vetter

La demande que je vous ai adressée de me renvoyer mon manuscrit est restée sans réponse à ce jour. Je ne peux pas accepter la critique que vous avez émise sur ma traduction, car les accords conclu, l'ont été avec Madame Goll et pas avec vous.

Je dois vous préciser que je m'oppose formellement à toute sorte de publication de ma traduction sans que mon nom soit mentionné, ainsi qu'à la publication d'une autre traduction que la mienne, auquel cas, je me sentirai obligé de poursuivre en justice.

 Veuillez agréer, Monsieur …

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 180

 

 

(33) Paul Celan à Claire Goll Paris le 4 janvier 1952

 

Chère Claire,

 

En même temps que cette partie, je t'envoie ci-joint la copie d'une lettre de Mr. F. Vetter, Pflugverlag, Thal/St.Gallen. Je dois supposer que tu n'as pas connaissance du contenu de cette lettre, car cette lettre n'est pas seulement une offense à mon égard, mais aussi à l'égard d'Yvan, puisque Yvan m'avait choisi comme un de ses exécuteurs testamentaires littéraires. J'ai naturellement réagi à cette lettre et je te donne ici copie de ma réponse à Mr. Verter. Pour éviter des incidents de cette espèce dans le futur, et aussi, parce que nous ne pouvons pas savoir combien de temps de toute façon, dans cet avenir si incertain il nous reste à vivre, il est indispensable que, outre les accords oraux conclus jusqu'ici, concernant les trois traductions d'Yvan dont tu m'as chargé : Les Chansons Malaises, Elégie d'Ihpétonga, et Géorgiques Parisiennes, soient maintenant formalisées par des accords écrits

 Avec les meilleurs souhaits pour la nouvelle année

 Paul

(Traduction Uli Wittman)

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 171/172

 

 

(34) Claire Goll Paris, à Paul Celan, Paris 8.1.52

 

Paul,

Je ne voulais pas t'écrire pour plusieurs raisons.

1) Pour ne pas devoir te dire, que depuis longtemps, je ne reconnais plus le Paul, qui quelques semaines avant la mort d'Yvan venait à nous, timide, dévoué, chaleureux envers nous

2) Pour ne pas devoir te dire, comment, de mon côté, je ressens le ton de ta lettre recommandée comme une offense.

3) Pour ne pas te devoir dire, à quel point m'avaient blessée ton faux-pas au téléphone et ton dernier geste, "Exécuteur testamentaire Littéraire" ! Quelle arrogance ! Crois-tu réellement qu'Yvan aurait mis quelque chose par écrit de mon vivant à moi ! lui qui, jamais ne manquait de tact ! Il s'agissait du futur Fonds "Claire et Yvan Goll" à créer sous ta caution et celle de Bosquet, mais, après ma mort.

 C. G.

Eu égard à ton attitude irrespectueuse d'aujourd'hui, aussi bien vis à vis de mon défunt que de moi-même, je me pose la question s'il n'est pas nécessaire de taper à la machine ton manuscrit pour pouvoir à tout moment confronter les 2 versions complètement différentes, la tienne et la mienne.

(Traduction Uli Wittman)

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 172/173

 

(35) Claire Goll Paris, à Paul Celan, Paris 26.1.52

 

Cher Paul,

La semaine dernière, je logeais encore à Bruxelles chez mon ami Pierre-Louis Flouquet, qui, à propos de ma lecture parlait aussi du bel exposé préparé, j'attendais les corrections du numéro spécial allemand du Journal des Poètes, qui étaient sur sa table, et je lisais chaque fois ta "Fugue de la Mort". Tu sais que j'ai toujours été particulièrement formelle sur ce poème que j'aime plus que tout. Flouquet était de mon avis sur la qualité de cette Fugue et ce sera pour moi toujours aussi évident qu'un poème, qui a pour lui le temps et la patience, n'a rien à faire d'une adaptation traduite, à qui on accorde ordinairement un minimum de temps.

Je t'avais dit que, sûrement jamais, dans le cas des Chansons Malaises, rien de ta liste ne serait utilisé par mon éditeur. C'était une pierre qui ricochait sur moi. Seulement, je la ramasse aujourd'hui à contre-cœur, car qui fait du mal aux autres se fait du mal à lui-même.

Tu écris à mon éditeur que tu t'opposerais à toute traduction non signée ou d'un autre nom que le tien.

Et tu savais pourtant que je suis seule responsable pour toute nouvelle traduction et que je dois signer (et cette responsabilité, c'est vis à vis d'Yvan, cela ne dépend pas de toi ni de moi.)

Et la phrase, dans ta lettre insultante, dans laquelle tu demandes un accord écrit « puisque nous ne pouvons pas savoir combien de temps cet avenir incertain nous laisse à vivre », cette allusion à ma santé chancelante et à mon éventuel décès, (car de ta mort à toi, toi jeune homme, tu n'y comptes pas dans les 20 ans qui viennent), cette phrase, tous mes amis la considèrent comme un faux-pas extraordinaire.

Il m'apparaît toujours manifestement que ta sollicitude attentive, d'abord pour nous deux, ensuite pour moi seule, se transformait de plus en plus en intérêt strictement personnel comme aussi le prouvait ta traduction rapidement faite des Géorgiques. Tu rappelles : je les avais demandées jusqu'au 1er janvier. Tu les expédiais déjà - pour des motifs d'argent - dès le 15 décembre, avec ces propos :« elle est excellente et je n'y changerai rien.»

Comment voulais-tu que je réagisse après une rapide première lecture avec toi, face à une attitude aussi arrogante! Même si je me suis rendue compte tout de suite, que je n'y trouvais pas la nécessaire humilité devant la particularité d'Yvan, j'étais trop faible pour te le reprocher. Il a fallu l'intervention de mon éditeur énergique, pour te dire la vérité, d'abord sur les Chansons Malaises, ensuite sur les Géorgiques.

 

… Je suivais ton exemple (ta visite à M° Rosenberg)

 

…Le manuscrit est à ta disposition. Si tu veux venir mardi soir, je te le remets. Idem pour ma traduction des "Géorgiques" à comparer avec la tienne.…

 

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 173/174/175/176 ***

 

 

Claire avait dédicacé à Paul Celan :

 

Ivan Goll : Traumkraut, Gedichte aus dem Nachlass (64 S.- 20 cm.)

Erste Ausgabe (Vorwort von Claire Goll). Umschlagzeichnung von Marc Chagall

Limes Verlag Wiesbaden 1951

 Für Paul

 den treuen freud

 der das Traumkraut

 blühen und welken sah

 Claire

 

Claire Goll :* Les larmes pétrifiées, avec un dessin d'Antoni Clavé

Collection Cahiers bimensuels n°89 Pierre Seghers, Paris 1951 (29)p.18 cm. 

 

 à Paul

qui - à la période la plus tragique

de ma vie - a si fraternellement

changé mes larmes en sourires

Très affectueusement

 Claire

 

 

 

 1953

 

samedi 16 mai 1953, création de L'Incendie de l'Opéra, de Georg Kaiser :

Traduction de Claire Goll, adaptation théâtrale de Boris Vian

 

  Attaques de Claire Goll sur Paul Celan,

 

(40) Claire Goll : lettre circulaire de la dernière semaine d'août 1953

Il y a quelques jours, je recevais d'un jeune poète allemand, Professeur adjoint pour l'étude de langue, de l'histoire et de la culture germanique [ Richard Exner ] le livre de Paul Celan : Mohn und Gedächtnis [paru fin 52] avec ses mots : « ce recueil est complètement inspiré par le Traumkraut (Limes Verlag Wiesbaden, 1951) de Goll ! Et la critique ne s'en aperçoit pas ?»

important, à traduire avec précision et signer la traduction ****

 

… Pas une seule fois Celan ne m'a dit : « Montre-moi ta traduction pour que nous les comparions ». Il ne lui venait pas, dans sa vanité démesurée, la pensée que je suis aussi un poète et peut-être plus proche du vocabulaire de mon mari et dévouée. C'est que cet "emprunt" est une spécialité de Celan, me confirmait il y a un mois un jeune poète de Vienne, Dr. Alfred Gong, qui vit maintenant à New-York et qui connût Celan en Roumanie de longues années, avec qui il fut longtemps en camp de concentration et plus tard à Vienne. Ses premières publications, de tout le recueil " Der Sand des Urnen "[ Le sable des Urnes ] que, plus tard Celan retirera sagement de nouveau sont - d'après la déclaration du Dr. Gong - laine refaite - des emprunts

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 187/188/189

 

7 décembre 1953, lettre de Claire Goll à Hans Holtusen

 

 1954

 

 1955

Francis Carmody à Claire Goll, avril 1955

 Francis J. Carmody

 Prof. Of French

 University of California

 Berkeley [avril ] [1]

Chère Claire,

[… ]

Je vous soupçonne de fraude, les variantes entre les poèmes inédits de JsT ne sont pas des fautes de tape ! S'il y a ratures ou changements de la main d'Yvan, il faut, je le maintiens avec conviction, les indiquer en note ; je vois encore que vous avez supprimé un quatrain dans un poème. J'établis pour commencer un index sur cartes 3 x 5.

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 712

 

Claire Goll à Francis Carmody, le 23 avril 1955

 

 New York, le 23 avril 1955

Cher Francis,

[… ]

Fraude ? Yvan m'a toujours demandé conseil avant de donner une version définitive de ses poèmes. Vous savez que la statue de Memnon chantait. Eh bien, avant de retoucher un poème, je consulte toujours le buste d'Yvan, placé sur la commode, et il me parle, m'inspire et m'autorise d'apporter les changements nécessaires aux strophes ou de retrancher une ligne plus ou moins bonne. Donc, je ne fais rien sans le consentement d'Yvan

Barbara Wiedeman : Paul Celan - Die Goll Affäre p. 713

 

 1956

Décès de Rebecca Kahn le 29 octobre

 

 1957

21 octobre 1957, lettre à Claire Goll d' Audiberti, à vérifier

 

 1958

 

1 novembre 1958 de Florent Fels à Claire Goll

 

21 novembre 1958 : Soirée donnée en hommage à Yvan Goll, à la Galerie Devèche, 19 rue Brey, Paris XVII, sous la présidence de Robert Kemp : Souvenir d'Yvan Goll, avec la participation de Edmée de la Rochefoucault, Alain Bosquet, Georges Cattani et Jules Romains [2]

 

 

Claire Goll : Lettre du 4 décembre 1958 à Florent Fels

 

 SOCIETE DES AMIS D 'YVAN GOLL

 Président: JULES ROMAINS, de l'Académie Française

SOCIETY OF FRIENDS OF YVAN GOLL

 Président: PADRAIC COLUM - New-York 

SECRETARIAT:  FRANCIS J. CARMODY, Professor of French University of California, Berkeley

  

 Paris le 4 déc. 58

 Mon cher Florent,

 

 Offensé ? Au contraire, ta lettre m'avait apporté une très grande joie. Mais n'as - tu pas vu que je ne suis qu'une loque humaine? Trois ans sans une journée de vacances! Sept jours de travail par semaine, car je ne pouvais pas me permettre un seul week-end ; il fallait taper dix heures par jours, puisque j'avais promis à Yvan de vivre pour son oeuvre. J'ai tenu ma promesse, son oeuvre vit, mais moi je me meurs. Il me reste peu de force, ce travail de secrétaire au service d'un mort m'ayant épuisée. Copier, et recopier les documents et les manuscrits, répondre aux demandes des cinq continents et tout cela sans aide, car mes moyens ne me permettent pas de prendre une secrétaire et le tarif des bureaux de copies est trop élevé.

 Comment veux - tu que je réponde aux lettres! Des paquets de lettres importantes - demandes de traductions, d'anthologies etc. - traînent partout : sur les tables, la cheminée, le bureau et le tapis! Tâche - donc de comprendre un silence, imposé par des circonstances extérieures et non par une négligence du coeur.. Celui - ci t'appartient, puisque tu étais l'ami d'Yvan.

Non, je n'ai pas connu Klee. Quand j'ai déjeuné chez Mme Klee, il était encore sous les drapeaux.

Mes poèmes, parus dans "Action" ne m'intéressent pas. Seuls ceux d'Yvan et surtout l'article qu'il a écrit sur Rilke, parce qu'il était à la base d'un diffèrent entre les deux poètes. Il me faut une copie de cet article et la date de sa parution. Et aussi les titres des poèmes allemands qu'il a traduits pour "Action". Fais les copier pour moi s.t.p.

La conférence sur Yvan, qui a eu lieu le 21 novembre, était très réussie. Robert Kemp a parlé de son théâtre et a dit, entre autre, que Ionesco et Beckett étaient basés sur lui. Jules Romains et Georges Cattaui l'ont comparé à Villon, Gérard de Nerval, Mallarmé etc. Et un jeune poète qui parlait au nom de la jeunesse sur son oeuvre allemande, le mettait au niveau de Hölderlin, Novalis, Nietzsche et Lorca. Seulement mon Yvan était trop loin pour entendre ces éloges, trop posthumes.

 Hélas, de son vivant personne n'avait le génie de reconnaître son génie.

Et cela, par mesquinerie confraternelle. Kemp l'a bien dit : "Yvan Goll a eu, chez nous, contre lui, d'être un poète bilingue ".

 Et maintenant, dans tous les essais sur lui figure le mot : "génie "

J'ai reçu hier la traduction de ses "Chansons Malaises" en espagnol, parue à Madrid en un très beau volume. Dans la préface on compare ces poèmes à ceux de Sapho, au Cantique des Cantiques et à St. Jean de la Croix.

 C'est une douloureuse satisfaction pour moi.

La semaine dernière est sorti notre livre, écrit en collaboration : Nouvelles petites Fleurs de Saint François d'Assise, avec trois dessins de Dali. Et Fernand Mourlot va éditer "Neila" (poèmes) avec 4 lithos de couleur de Miro.

 (Voici quelques nouvelles littéraires.)

Bien des compliments à Suzy, qui a la chance d'avoir "un homme à tiroirs", 

 et un baiser affectueux pour toi

  ta vieille amie

  Claire

l'oeuvre complète d'Yvan qui devait sortir 

en Allemagne l'année dernière, sort seulement 

en 1959 parce que je n'ai pu faire texter les traductions nécessaires

 

 1959

 

 1960

 

Paul Celan à Sperber du 30 juillet 1960 :

«…J'avais recherché les époux Goll vers la fin de l'automne 1949 afin de leur transmettre vos salutations. A cette occasion, je leur fis cadeau des épreuves de l'un des exemplaires de mon recueil "Der Sand aus des Urnen" paru à Vienne à l'édition A. Saxl en 1948. Goll fut très impressionné. Jusqu'à sa mort, en mars 1950, je lui ai souvent rendu visite ainsi qu'à sa femme, je leur lisais même à l'occasion certaines choses publiées uniquement dans des revues, ou bien, grande imprudence de ma part, des inédits. Je peux également vous dire, et ce n'est pas par vanité, que je ne suis pas pour rien dans le fait que Goll, qui n'avait plus écrit en allemand depuis des années, soit revenu à cette langue peu de temps avant sa mort. Il doit cela en partie à ma poésie et à ma rencontre, Goll m'a également demandé de traduire ses poèmes français ; je lui ai promis de le faire…Aussi longtemps que je traduisais, la veuve trouvait que tout était admirable; cependant d'autres intentions l'animaient, lesquelles, naïf et confiant comme j'étais, je ne soupçonnais pas.La veuve se mit en tête de publier l'œuvre posthume du défunt. En 1951 est paru le premier tome de cette "œuvre posthume" en allemand "Traumkraut" (Mauvaise herbe de rêve). Que l'auteur, mot qu'il conviendrait plutôt de mettre au féminin, de cette publication eût bien connu ma plaquette viennoise - dont les nombreuses coquilles m'avaient poussé à ne pas la diffuser - est évident. Ce premier volume de Goll, et cela a sa signification, n'eut aucun retentissement. En 1952 est paru mon recueil de poèmes "Mohn und Gedächtnis", lequel, comme vous le savez est une nouvelle édition de ma plaquette viennoise. Ce recueil-ci, fut, lui, apprécié. Alors, la veuve abusive est passée à l'attaque : avec l'aide de quelques "gangsters germanistes" des Etats-Unis, elle a répandu dans la presse, à la radio et dans des lettres envoyées à des particuliers, l'accusation calomnieuse que "Mohn und Gedächtnis" paru en 52 serait un plagiat de celui de Goll paru en 1951. Celan a été qualifié d'escroc, plagiaire et charlatan, comme je vous le dis, mon cher Alfred-Margul Sperber ! » [3]

 1961

 

lettre de Claire à Audiberti 10 avril 1961

 

 Cher Jacques,

 

IMEC Cote : DBT2. A1-04.03

 

lettre de Claire à Jean Painlevé 27 mars 1961

 

Mon cher Jean,

 Ci-joint le programme de "Mathusalem", dont la première a eu lieu le 22 mars à Francfort-sur-Main.

 Vous trouverez, sur la deuxième page brune, un passage (coché au crayon rouge) vous concernant.

 La pièce a été reçue là-bas triomphalement. Tous les critiques de Francfort, reconnus comme les meilleurs et les plus sévères de l'Allemagne, ont écrit la même chose : "grandiose anticipation de Ionesco"…"ainsi le théâtre de Ionesco et de Beckett vient de Goll" … "Chef d'œuvre" etc.

 D'autres théâtres viennent de s'assurer la pièce. Après ce succès, elle reviendra certainement à Paris.

 Les metteurs en scène se sont lamentés au sujet de la perte de vos films, d'une qualité si géniale et artistique.

 Si seulement, vous pouviez mettre la main dessus pour qu'on puisse les montrer.

 

 J'aimerais beaucoup vous revoir. Ne pourriez-vous pas me donner un coup de fil (Babylone 42 41) ?

 Toujours amicalement vôtre

 

 Claire Goll

 

 Claire Goll

 

 1962

 

 1963

 

lettre de Claire à Audiberti 26 novembre 1963

 

 Cher Jacques,

 

IMEC Cote : DBT2. A1-04.03

 

 

lettre d'Audiberti à Claire 21 décembre 1963

 

  Chère Claire,

avec enchantement j'ai lu le Ciel volé

Je ne savais pas que tu écrivais des choses aussi charmantes !

Je viendrai, si tu veux bien, recopier mes poèmes

 Bien amicalement

 Jacques

 

SDdV Aa59 ? (247)

 1964

pneumatique de Claire à Audiberti 17 novembre 1964

 Cher Jacques,

 

IMEC Cote : DBT2. A1-04.03

lettre d'Audiberti à Claire 17 novembre 1964

 

 Chère Claire,

SDdV Aa60 ? (252) - 510.299 III

 

 1965

 

lettre de Jean Painlevé à Claire Goll 27 février 1965

 

  1966

 

 Lettre de Florent Fels à Claire Goll : 25 février 1966

  Hôtel Hermitage, Monte-Carlo

 

 Ma chère amie, je serai à Paris

 du 15 au 30 mars et j'aimerais beaucoup

 te rencontrer. Veux-tu me donner

 ton adresse et numéro de téléphone en

 envoyant ton courrier :

 Florent FELS

 Hôtel de Calais

 5, rue des Capucines . Paris

 

 en mettant sur l'enveloppe : NE PAS

 FAIRE SUIVRE

 

 à bientôt le plaisir de te voir

 Florent

 25. 2. 65

 

 Lettre de Florent Fels à Claire Goll : 2 avril 1966

 

  Fels. 52 Bd Jardin Exotique

 Monaco

 

 Chère Claire,

Que parles-tu de " grand voyage sans retour " !

Quelle littérature !

Tu vois bien que tu peux servir et vivre, puisque

te voilà servant encore le grand cher Yvan.

Je crois t'avoir dit que les Allemands - je ne dis

pas les nazis - sont passés chez moi dès septembre

40, enlevant mes Chagall, Vlaminck, Utrillo,

et tous mes livres . Je ne possède donc plus d'

ACTION ? où non seulement il y avait des oeuvres

d'Yvan Goll, mais des inédits de l'ami Malraux.

 Demande-lui, peut-être en a-t-il encore et

il a la puissance d'en faire rechercher et retrouver.

 Ta carte m'est parvenue ici. Je serai à

Paris fin mai, te verrai. Je t'embrasse

 Florent

 2.4.66

 

 1967

 1968

 1969

 

 1970

 

Lettre de Claire Goll: 26 juillet 1970 à l’éditeur Jean Petithory

 

 CLAIRE GOLL

 47 RUE VANEAU

  PARIS VII

 

 Le 26. VII.70

 

 

 Mes chers Chantal et Jean,

 

 Je suis ravie de vous savoir au soleil, “ les

 mains libres “. Seulement il ne faudrait pas que Jean s'expose

 aux rayons ultra - violettes, mais cherche l'ombre.

 Je suis seule et triste ici et j'ai la nostalgie

 du Midi que je n'ai pas vu depuis de longues années.

  Aussi, ai - je pensé à ta charmante proposition,

  Jean, de m'emmener là - bas au moment de ton retour

 avec Man.

  Nager, nager, quel rêve! La vieille sirène

  ne vous dérangerait pas, elle sera toujours cachée

 dans le pli des vagues ou de son lit pour écrire, 

    Et pour faire plaisir à Jean, je lui laisserai un

 Miro de 3 2 5.0 0 0 à 1 5 0. 0 0 0 F (anciens).

 Seulement, si vous voulez bien de moi, il

  faut me prévenir huit jours d'avance ou dés

 maintenant fixer une date. Car j'ai des rendez -

 vous à annuler que j'ai pris avec des étudiants qui

 font leurs thèses, soit sur Yvan, soit sur moi.

  Je vous embrasse affectueusement, ainsi que Man (Man Ray)

 et Juliette.

  Votre

    Claire

 

 1971

 

 1972

 

 1973

 

 1974

 

 1975

 

 1976

 

 

 1977

 

30 Mai 1977 : décès de Claire Goll

« Par testament, Claire Goll, décédée le 30 mai 1977, a fait de l'ensemble des manuscrits, des livres imprimés, des oeuvres d'art et des objets divers contenus dans son double appartement au 47 rue Vaneau à Paris, deux parts :

n l'une avec les manuscrits et les imprimés en langues allemande et anglaise, plus un choix de peintures, gravures et photographies, était destinée au musée Schiller à Marbach (Allemagne) où elle devait prendre place au sein des archives littéraires allemandes que cette institution a mission de conserver et de communiquer. Cette dévolution représentait la contrepartie de la pension viagère que depuis 1971, la République fédérale d'Allemagne lui versait mensuellement. Le Musée Schiller, à Marbach, est chargé de recueillir et de conserver les archives littéraires allemandes. Il possède les papiers et les livres de plus de trois cents écrivains qui se sont fait un nom dans la littérature. Il souhaita faire entrer dans ses collections les manuscrits et les oeuvres d'Yvan et Claire Goll.   

n l'autre, avec les manuscrits, les imprimés en langue française, la bibliothèque, la majeure partie des oeuvres d'art, le mobilier et les objets personnels ayant appartenu à Yvan et à Claire, revenait à la ville de Saint-Dié des Vosges. 

(Albert Ronsin, Conservateur honoraire de la Bibliothèque de S.D.d.V., Président des Amis de la Fondation Yvan et Claire Goll)

 

Claire Goll décédait le 30 mai 1977, après avoir traduit, fait éditer ou rééditer dans une douzaine de langues (allemand, anglais,  français, espagnol,  italien,  japonais,  bengali) une grande partie de l'oeuvre d'Yvan, inconnue du "grand public ", en raison de la rareté et du prix des Editions de luxe illustrées.

Claire avait été, comme elle le souhaitait, la parfaite secrétaire d'un mort. C'est elle qui a réussi à lui redonner vie. Dans un exemplaire de Traumkraut Claire Goll a écrit de son habituelle encre rouge Claire sur la page de garde et Claire Goll sur la page de titre.

Un Edelweiss se trouvait dans cet exemplaire ; il ne peut s’agir que de celui dont il question dans "Meiner Seele Töne", lettre de Claire (en cure à Challes-les-Eaux) datée du jeudi 19 août 1948 p.283 : 

 "mais tout cela n’est finalement qu’une question de patience … cette plante de la solitude et de l’altitude t’en enseignera peut-être un peu. Elle s’est patiemment adaptée à la glace et au soleil le plus ardent. Son petit pelage est aussi doux que celui d’un animal. Cet edelweiss vient de la chaîne des glaciers de Belledone.… "

 

dans sa note 1 p.408 Barbara Glauert dit que cet edelweiss n’était pas joint à la lettre originale; et pour cause en avril 1972, Claire donnait à la ville de Saint-Dié "…une croix de Lorraine et flamme "Honneur et Patrie "en métal argenté des Français Libres ayant appartenu à Yvan Goll à New-York, un edelweiss cueilli pour Claire dans les montagnes du Tyrol en 1949. "

Albert Ronsin - Le legs Yvan et Claire Goll à Saint-Dié —Regards n° 102, Avril 1980)

 

  Conclusion

 

 

Comme dans un rêve j’entrai un matin de la première semaine de Septembre 2000 dans les Archives Militaires Nationales Russes situées dans une rue latérale de la tristement célèbre Chaussée de Leningrad à la périphérie de Moscou. Il me fallut surmonter ma peur devant les jeunes soldats, fusils aux pieds, portant des vestes pare-balles, qui contrôlèrent mon passeport avant que je ne puisse entrer dans la salle de lecture. En tout cas, les jeunes soldats me garantissaient l’une des places de travail la plus sûre au monde. Une fois dans la maison, je pouvais bouger librement sans d’autres contrôles. Je pouvais consulter l’ensemble des trente-sept classeurs - ouverts et remplis par Yvan et Claire Goll eux-mêmes dans les années 1919 à 1939, papiers jaunis, encre délavée -. Trente-sept classeurs, en cinq jours, du lundi au vendredi. Poèmes, lettres, relevés de compte. Je lisais, lisais et notais, cataloguais à nouveau et quelquefois j’avais le sentiment que la porte de la salle de lecture des Archives Militaires à Moscou allait s’ouvrir et que Claire Goll entrerait pour m’exhorter : « Vous pourriez travailler encore un petit peu », comme elle l’avait souvent fait dans ses archives parisiennes après 21 heures. Ou elle m’apporterait des gants blancs pour le travail sur les originaux des lettres. Quand je quittais les archives tard dans l’après-midi, je ne savais pas qui était plus fatigué, les soldats de garde dormant sur leurs fusils dressés qui ne pensaient plus à me contrôler, ou moi-même. Je savais : Claire travaillerait des nuits entières pour récupérer ses trésors.

 

Un soutien précieux et important pour remplir les questionnaires, pour traduire et pour faire l’interprète me fut prodigué par Madame Elena Tchesnokova, collaboratrice du Département des Acquisitions à la Bibliothèque de Littérature Etrangère à Moscou. Pendant mon séjour, trois autres chercheurs allemands travaillaient dans la même salle de lecture. On me dit que je pouvais consulter dix classeurs par jour. Cependant, dès le deuxième jour, les vingt-sept classeurs restants furent mis à ma disposition. A l’intérieur de l’ensemble des dossiers Goll, il existe un sommaire en langue russe qui répertorie - cependant de façon incomplète - les oeuvres des Goll contenues dans chaque dossier. Les premières traces de traitement et de mise en ordre des fonds Goll - en langue russe - datent de l’année 1949. Jusqu’en 1960, les fonds étaient stockés au Ministère National de l’Intérieur à Moscou avant d’être transférés aux « Archives Spéciales ». En 1962 seulement, les documents ont été classés sous la forme actuelle. Contrairement à l’information initiale selon laquelle les textes des Goll étaient contenus dans trente-sept classeurs d’une centaine de feuillets chacun, les différents classeurs avaient des volumes variables, allant jusqu’à 744 feuillets. Vu globalement, il y a plus de volume de textes de l’oeuvre de Claire Goll que de celui d’Yvan Goll. Il s’agit pour la plupart de tapuscrits allemands ou français avec un grand nombre de corrections et d’ajouts manuscrits des deux auteurs (aussi dans les textes du conjoint réciproque). D’Yvan Goll et de Claire Goll j’ai trouvé de chacun un roman non publié ainsi qu’un nombre peu important de lettres (Paula Ludwig, Georg Kaiser, Henri Barbusse, Lion Feuchtwanger) adressées à Yvan et à Claire Goll. Par ailleurs, j’ai trouvé plusieurs tapuscrits de textes qui avaient été publiés avant 1939 (l’année où les Goll ont fui la France). De l’oeuvre de Claire Goll, Charlie Chaplin intime, publiée en 1935, j’ai trouvé une adaptation allemande faite par Claire Goll. Un classeur contient des publications feuilletonistes de Claire Golls dans des quotidiens et hebdomadaires allemands des années 20 et 30, un autre des correspondances de Claire Goll avec des maisons d’édition, des rédactions de journaux et des agents littéraires ainsi que des contrats d’édition de ses oeuvres. Deux classeurs renferment des relevés de compte des Goll de diverses banques (Deutsche Bank, Dresdner Bank, Schweizerischer Bankverein Genève et Zurich) de la période entre 1919 et 1939.

 

Un matin, un historien de Berlin présent, lui aussi, dans la salle de lecture des « Archives Spéciales » me conseilla de rechercher également dans le fichier nominatif des Archives Nationales Russes pour la Littérature et les Arts qui se trouve dans le même bâtiment, mais n’a rien à voir avec le butin de guerre. J’en parlai à Madame Tchesnokova, et elle réussit effectivement le lendemain à consulter ce fichier. Elle trouva que ces archives contenaient également des textes d’Yvan Goll et apporta une invitation de la directrice de ces archives me demandant de venir la voir et de lui faire part de mes souhaits. Peu de temps après, je pus consulter le matériel dans la salle de lecture des Archives Nationales pour la Littérature et les Arts. Le texte le plus important que j’aie pu trouver était le tapuscrit du roman Lacrasse d’Yvan Goll (en français, environ 200 pages). Goll avait personnellement envoyé cette oeuvre en 1926 aux éditions moscovites « Land und Fabrik » (« Semlja i fabrika ») pour leur en proposer la publication. Cette maison d’édition a été fondée à Moscou en 1922, dissoute vers 1930, mais existe à nouveau aujourd’hui sous une nouvelle forme. A l’époque, Maxime Gorki, Konstantin Fedin, Anatole Lunatscharski et Ilja Ehrenburg faisaient partie de ses auteurs. Elle publia aussi des traductions russes de Gustave Flaubert, Anatole France et d’autres auteurs français. Jusque-là, je ne connaissais pas de roman intitulé Lacrasse de Goll, mais je supposais qu’il pourrait s’agir d’une version modifiée d’un roman déjà publié en France puisque Goll avait l’habitude de réécrire des oeuvres déjà éditées et de les publier sous un autre titre. 

 

Comme la directrice adjointe des archives m’informa, le tapuscrit du roman Lacrasse de Goll est devenu entre temps propriété de l’état russe puisque Goll l’avait librement mis à la disposition de la maison d’édition de Moscou (contrairement au butin de guerre dans les « Archives Spéciales ») et que de ce fait, le prix des copies était fixé par les archives elles-mêmes. Compte tenu du prix élevé annoncé de 20 US $ la page, je demandai de ne faire copier que quatre pages de texte (plus la page de couverture). Cela me permettrait de vérifier le texte à mon retour. On me proposa ensuite de me faire copier encore trois textes de lettres (5 pages) importantes pour moi (correspondance de Goll avec la rédaction de la revue moscovite Das Wort qui publia en 1938 sa cantate Tscheljuskin dont le texte original a aujourd’hui disparu, une lettre de Lion Feuchtwanger adressée à Goll le 9 Juillet 1937, une carte postale de Goll à Alfred Kurella, rédacteur en chef de la revue Das Wort éditée à Moscou, datée du 20 Octobre 1937, et une lettre de réponse de la rédaction de Wort adressée à Goll le 22 Novembre 1937 depuis Moscou). Après mon retour en Allemagne, je pus constater à l’aide des pages de textes copiées que le tapuscrit de Moscou est, en effet, une autre version française du roman Le Microbe de l’Or où le personnage principal ne s’appelle plus Monsieur Tric, mais Monsieur Lacrasse. Le Microbe de l’Or a été publié pour la première fois en 1927 aux Editions Emile-Paul Frères, Paris. La traduction allemande faite par Georg Goyert a été publiée en 1960 dans le recueil Dichtungen par Luchterhand Verlag, Neuwied. Actuellement, les négociations entre le Wallstein Verlag, Göttingen, qui éditera les oeuvres complètes d’Yvan et de Claire Goll en Allemagne, et les Archives Nationales pour la Littérature et les Arts à Moscou se poursuivent. Ces archives renferment également la traduction russe de son drame Methusalem oder Der ewige Bürger par Dimitri Vygodski, une lettre de Goll adressée à celui-ci le 5 Juillet 1924, un virement d’honoraires à Goll pour la publication de sa cantate Tscheljuskin dans la revue Das Wort, une traduction russe de ses poèmes « Karawane der Sehnsucht » et « Mondschein ». Il est possible que d’autres textes d’Yvan et de Claire Goll (ainsi que des documents provenant de leur bibliothèque parisienne) se trouvent encore à la Bibliothèque Nationale pour la Littérature Etrangère ainsi qu’à la Bibliothèque Nationale Russe (anciennement Bibliothèque de Lénine). Des renseignements complémentaires pourraient être obtenus par la consultation détaillée des 76 dossiers se trouvant également aux « Archives Spéciales » et concernant l’activité de la mission Reichsleiter Rosenberg (fonds N° 1401) puisqu’on y trouverait probablement des indications sur l’endroit précis où les documents provenant de l’appartement parisien des Goll avaient été conservés à l’intérieur du Grand Reich de l’époque. Les archives moscovites contiennent donc : 34 classeurs avec des textes des Goll = 4.251 feuillets au total (excepté les deux classeurs contenant des relevés de compte, des correspondances avec les banques ainsi que le classeur contenant des coupures de journaux des articles de Claire Goll). S’y rajoutent environ 200 pages du roman Lacrasse d’Yvan Goll. Textes au total : 4.451 feuillets dont en langue allemande : 2.996 feuillets, en langue française : 1.455 feuillets.

 

Au dernier jour de mon travail dans les Archives Spéciales, j’ai établi la liste des copies à faire des documents Goll trouvés dans ces archives. Les copies ont été faites au prix de 1 US $ la page dans le courant du mois d’Octobre 2000 et ont été acheminées par courrier spécial, par la voie de l’Ambassade Allemande à Moscou et du Ministère des Affaires Etrangères à Berlin, au Musée National de Schiller à Marbach en été 2001. J’avais réussi ce que personne n’aurait imaginé possible. 4.500 feuillets de propriété intellectuelle d’Yvan et de Claire Goll, dérobés à Paris en 1940, entreposés en Allemagne jusqu’en 1945, sauvés par la « Commission des Trophées » soviétique et conservés à Moscou depuis 1949, avaient repris le chemin de Moscou à Marbach sur le Neckar. En Juillet 2001, j’ai personnellement, et en présence de collaborateurs des Archives Littéraires Allemandes, ouvert et vérifié les deux colis. Toutes les copies des textes d’Yvan et de Claire Goll que j’avais commandées avaient été faites soigneusement. Ainsi, au bout de soixante ans, une partie des oeuvres des Goll dérobées à Paris ont retrouvé une patrie. Lors de leur publication future par le Wallstein Verlag, nous signalerons leur destinée particulière sous le nom d’ « Edition Moscovite ». Ce sera aux gouvernements d’Allemagne, de France et de Russie d’envisager le retour des trente-sept classeurs de textes originaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


[1] Daté d'après la réponse de Claire Goll

[2] copier le texte

[3] idem (p. 159/160/161 ). Cette lettre à Sperber est parue dans « Neue Literatur » N° 7, 1975 p. 54-56

Posté par Jean Bertho à 19:00 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Correspondance Goll 1949 jusqu'à la mort d'Yvan

                                                           1949

Alain, Berlin à Yvan et Claire 6 avril 1949

Anatole Bisk (Alain Bosquet)

Liaison and Protocol Section O.M.G.U.S.

APO 742 % U. S. Army

Berlin , Allemagne

                                                             Berlin , le 6 avril 1949.

                          Mes bien chers Yvan et Claire ,

              J ' ose espérer que vous allez bien ,  que  la

santé d'Yvan s'améliore, que votre situation générale

laisse moins à désirer. Revenu à Berlin , je me suis

précipité la tête la première dans le travail strictement

administratif qui m ' attendait et qui était des plus

encombrants.

              Je me suis mis en rapport avec Dietz Verlag ,

qui m'a répondu que "Education barbare "[1] ne pouvait

pas être publié en Allemagne, le pays n'étant pas assez

mûr pour ce genre d'ouvrage ! Que faire ? J'attends les

instructions de Claire.

                   Une nouvelle réforme monétaire interdit aux

Berlinois de l'ouest de se servir de marks orientaux , ce

qui fait que tout le monde est sans le sou.  "  Journal  " 

sur quoi j ' avais fondé beaucoup d'espoirs vient de

faire faillite.

              J 'ai passé tous mes manuscrits  à  mon ami

Alexander Koval qui va étudier la  possibilité  à la

fois à l ' est et à l ' ouest. Le journal de mode dont

j'ai parlé à Claire sortira la première fois dans 2 ou

3 mois : il faut donc attendre aussi de ce côté  -  là.

Je suggère que Claire écrive à SIE (voir ci - inclus) :

c'est une sorte de " Marie - Claire " ; ils ont de l'argent,

et il n ' est pas impossible qu' ils s' intéressent à une

chronique  parisienne.  Je renverrai  à  Claire des  ex-

emplaires de ses manuscrits aussitôt qu' ils  seront  re-

copiés.

              Portez - vous bien , et merci mille fois de vos

bontés et de vos démarches.  Je vous tiendrai au cou-

rant.

                                                 Bien affectueusement

                                                                                     Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 152

            Alain, Berlin à Yvan le 24 avril 1949

Anatole Bisk (Alain Bosquet)

Liaison and Protocol Section O.M.G.U.S.

APO 742 % U. S. Army

Berlin, Allemagne

                                                                                                                                                                                Berlin, le 24 avril 1949 .

                                   Mes bien chers Yvan et Claire,

               La santé d' Yvan, je l'espère de tout coeur, s'amé-

liore, et vos difficultés, je l' espère aussi, se dissipent .

              Je voulais simplement vous dire que mon éditeur

a trouvé " Tagebuch eines Pferdes " fort intéressant, et

qu'il aimerait voir les illustrations de Chagall. Les espoirs

de ce côté-là sont nombreux . Mon ami Koval va aussi

distribuer les copies des poèmes d' Yvan que j' ai fait

faire. Je suis certain qu'avec de la persévérance les résultats

viendront . Dès que les autres nouvelles de Claire seront

tapées, je ferai le nécessaire, bien que Koval et Henssel

ne s ' intéressent qu' au " Tagebuch " parmi les écrits en

prose . Je vous tiendrai au courant .

                                   Je vous souhaite mille bonnes choses

                                   et vous embrasse affectueusement

                                                                                                                                                                                                                                           Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 154

- 25 avril : les communistes chinois occupent Nankin et Shanghai

- 26 avril : l'Agence Tass informe que l'URSS lèvera son blocus de Berlin quand les Alliés occidentaux accepteront de lever leur contre-blocus.

Yvan, Paris à Bosquet, Berlin, 29 avril 1949                                                                                                                                             HOTEL PALAIS D' ORSAY

                                                           9, QUAI ANATOLE France                                                                                               PARIS

                                                                                  29 avril 1949

                                                           Mon cher Alain

                                               Si j' ai tardé à répondre

            à tes deux lettres, c'était dans l' espoir de te

            donner une ou deux réponses précises au

            sujet de ton manuscrit : et en effet,

            Gallimard nous l' a renvoyé hier, tandis

            que la " Nef " n' a pas encore donné de

            ses nouvelles.

                        Quel est le résultat de tes propres

            tentatives ?

                        Il est bien compréhensible que du

            côté allemand tout soit en suspens ;

            il n' y  à rien à espérer de votre zone.

            Döblin, par contre, va publier quelques

            nouveaux poèmes du " Traumkraut " et

            m ' a aussi indiqué quelques éditeurs.

            Il faudrait donc peut-être mieux que

            tu me renvoies mon manuscrit.

                        Quant à Claire, elle t ' écrira ces

            jours-ci. 

                Il me semble que le blocus de Berlin

            va être levé ?    Attendons pour voir.

            Ma santé est assez satisfaisante pour

            le moment et me permet de m'occuper

            de la publication prochaine  de

            l ' Elégie d' Ihpetonga, révisée et

            très agrandie.

                                               Ever yours

                                                           Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 27

-5 mai : le Conseil de l'Europe est officiellement créé à Londres, il siégera à Strasbourg. Bonn est choisie comme capitale de la RFA le 10 mai ; le 11, Israel est admis à l'ONU où les négociations sur la levée du blocus soviétique aboutissent le 12 mai.

Alain, Berlin à Yvan le 5 juin 1949

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                                                                                                                                                                                            Paris, le 5 juin 1949 .

                        Mes  chers Claire et  Yvan,

                        Tout à l' heure je n' ai pas pu vous atteindre

            au téléphone, et je m'en vais dans très peu d'instants.

                        Inutile de vous dire que j ' ai été heureux de

            vous revoir, ne fût-ce que l' espace d' une heure .

                        J ' ai lu tout de suite " Le Char Triomphal de

            l ' Antimoine ", renouvellement qui m' étonne et me

            ravit. J ' en aime surtout " Le grand oeuvre ", "Le

            semeur d'hexagones", "L' oeuf philosophique" et cette

            très mélodieuse "Rose des roses" qui rappelle plusieurs

            poèmes de " Traumkraut " .

                          Merci aussi des lithographies de Chagall ;

            j' espère qu' elles serviront à décider l' éditeur .

                                   A bientôt .           Je vous embrasse

                                                                                  Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 155

Robert Ganzo à Yvan Goll

24 juin 1949

Mon cher Yvan,

J'ai lu et relu ton livre. C'est, pour moi, un grand plaisir de le voir paraître. "Les mots sont de luisantes haches ". Et tes haches, à toi, sont d'une intelligence rare.

Voici les sonnets les plus beaux avec une demi douzaine d'autres laissés par ceux que  nous pourrons plus oublier.

            Donc, par les racines a monté un alcool que je hais, et que d'autres après nous, vont faire.

            Mais une réserve : les illustrations. Je commence à croire que jamais, jamais ne s'est trouvé un peintre pour un poète. Toujours aux antipodes ou approximatif, ce qui revient au même.

Tu ne peux savoir les ennuis que j'ai avec "le" papier. Mais j'espère que j'en aurai bientôt fini. Embrasse Claire.

Je suis affectueusement ton

Robert Ganzo

SdDV : 510.216

- 26 juin : Pierre Sabbagh se voit confier la responsabilité du premier Journal télévisé.

- 14 juillet : Saïgon, 22 morts et 118 blessés à l'occasion de la fête nationale française. Le 16, offensive française contre le Viet-Minh au Tonkin et le 19, le Laos devient indépendant dans le cadre de l'Union française.

Yvan, Paris à Bosquet, Berlin, 21 juillet 1949

                                                                                                                                                                                                                      Paris 21 juillet 49

                                                           Palais d' Orsay                                                                                                                               7 quai d' Orsay

                                   Mon cher Alain

                        Je te remercie des 3 exemplaires de l' édition

            allemande de St John Perse, où j'ai beaucoup admiré

           ton évocation lyrique du poète à côté des études déjà

            connues de Caillois et Mc Leash.

                               Cette semaine vient enfin de paraître, Kurz

            vor Torschluss, l' Elégie d' Ihpetonga, avec les 4 lithos

            de Picasso, parallèlement avec le vernissage de 50

            nouveaux tableaux de P. à la Maison Française, plus

            étonnants, plus renversants les uns que les autres.

            L' exposition restera ouverte jusqu' en septembre ; tu

            auras peut-être l' occasion de la visiter.

                        Tu ne reconnaîtras pas l' Elégie totalement

            refondue et se composant maintenant de 10 parties.

            Malheureusement, il ne m'est pas possible de te l'offrir,

            pour des raisons que le prospectus inclus t' indiquera !

                        „Le Char Triomphal” ne semble d ' ailleurs pas

            t ' avoir fait  un  plaisir fou.  Tout  ce  que  tu  as  su

            en dire, dans ta froide lettre d' adieu, n' était qu' une

            énumération de titres.

                               Il me semble d' ailleurs de plus en plus,

            que, sous l' influence de Roditi, tu te sois détaché

            de moi. Depuis que tu publies en Allemagne,

            tu  as  trouvé le moyen  de  ne  jamais mentionner

            mon nom et de m ' éliminer de tes éditions.

                                   Je vais partir pour la  Lorraine  qui,

            j ' espère, ne  me  portera  pas  malheur  comme

            l ' an dernier.

                                   Mille choses de Claire et de

                                                                                              ton Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 28

Alain, Berlin à Yvan le 2 août 1949

Alain Bosquet

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                                                                                                                                                                                                        Berlin, le 2 août 1949 .

                                                                                             

                                               Mon cher Yvan,

                                   Je te remercie de ta lettre du 21 juillet,

               qui m'apporte la bonne nouvelle de la parution

               de l ' Elégie d ' Ihpétonga,  parution éclatante

               entre toutes . Si j' en connais et aime les textes,

               en partie, je regrette néanmoins beaucoup de

               ne pouvoir souscrire un exemplaire pour l ' ins-

               tant, ce que je ne manquerai pas de faire dès

               que mes moyens me le permettront .

                            J ' ai eu plusieurs " tuiles " successives

               dont  des  ennuis  de famille  qui  m ' obligent

               de  faire  un  saut  d ' un mois à New York,

                ce  septembre  qui  vient . Ma position est

                on  ne  peut  plus  précaire ici  du fait que le

                State Department, qui reprend à son compte

                l'administration du War Department, considère

                comme indésirables les fonctionnaires qui sont

                citoyens depuis moins de dix ans .

                                   Mes aventures littéraires elles aussi vont

                mal . Si  le  St.  J. Perse  a  pu  sortir  après  14

                mois de tergiversations de toutes sortes, il n'en est

                pas  moins  vrai  que  sa  vente  est  à  peu  près

                nulle . L' anthologie du surréalisme que Henssel,

                mon éditeur, s ' était engagé  à  sortir  cet été,

                dort du sommeil du juste . Henssel est  sur  le

                 point de faire faillite, comme tous  les  autres

                 éditeurs  littéraires  de  Berlin, et  ne  publie

                 plus qu' à compte d' auteur. Ni lui, ni 3 autres

                 éditeurs, n' ont pu me donner une réponse

                 affirmative  au  sujet  du  " Tagebuch  eines

                 Pferdes "  de  Claire, bien qu ' ils  aient  été

                 intéresses par le texte et les illustrations,

                 " en principe " ! Il faut attendre que la crise

                se dissipe .

                               Tous ces déboires, joints aux insuccès

                répétés  que  j ' essuie  à  Paris depuis quelque

                temps t ' expliquent  le  marasme  moral 

                je patauge .  Ecrire  devient  un  supplice

                auquel  on  se  voue  par habitude ou paresse .

                En poésie, j ' hésite  entre  le  vers  libre  et  le

                vers régulier : je trouve le premier trop indisci-

                pliné  et  le  second  trop  fallacieux .  Et  je

                continue d ' avoir peur de la prose - Que faire ?

                Il me manque la conviction, la foi ; peut-être

                est - ce  la  solitude  et  le  dénuement  total

                qui  seuls  pourraient  me  forcer  à  écrire

                vraiment .

                             Excuse-moi de t ' ennuyer avec ces

                 caprices et ses sautes de baromètre .

                                               Je vous embrasse affectueusement

                                               Claire et toi                                                                                                                           Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 157

3 sept. 1949 lettre d'Yvan à Henry Miller

" Je viens d'écrire les seuls poèmes qui comptent dans ma vie. En voici un petit échantillon."

Yvan, Paris à Bosquet, Berlin, 5 septembre 1949

                                                                       HOTEL PALAIS D' ORSAY

                                                                       9, QUAI ANATOLE France                                                                                              PARIS

                                                                                     5 Sept 49

                                                 Mon cher Alain

                                      Ta dernière lettre était,

  comme d'habitude pessimiste et silencieuse.

Tu m ' y  parlais  de  la  situation  économique  en

Allemagne, comme  si  celle - ci était  à  la  base

de  tes  états  d'âmes  et  de  mes  soucis. " Deine

Sorgen möcht' ich haben  "....

       Silencieuse, par ce qu'elle éludait, comme

d ' habitude, les  vraies  questions  qui  nous pré -

occupent    toi  et  moi .  Je t ' ai  fait  plusieurs

reproches, dans ma lettre précédente, auxquels

tu évites de répondre.

                Je  veux  y  ajouter  un  autre : tu  te

lamentes  parce  que Henssel  laisse dormir

dans ses tiroirs ton anthologie surréaliste.

Au fond, qu' est - ce que cette anthologie sur-

réaliste, dont, lors de tes dernières visites, tu

n ' a  jamais  cru  devoir  me  révéler  la

constitution ? N' y aura - t - il vraiment que

des surréalistes purs, donc ni Ponge, ni

Michaux, ni St John Perse par exemple ?

Et si ceux - ci  y  figurent, ce ne sera plus

une anthologie surréaliste, mais une A.

de la nouvelle poésie française, et alors  -

pourquoi pas Yvan Goll  ?

              Plus  de  silences  gênés  mon

vieil Alain !  Plus  de  subterfuges !

Heraus mit der Sprache  !  Roditi, qui

m'en veut pour plusieurs raisons et qui

est devenu  ton  mentor  totalitaire,

t ' a dit  que  Goll  ne vaut plus rien.

              Mettons que Jean sans Terre ne

soit pas à la hauteur. Mais la  "Roche

Percée"  ? Et le  " Char "  dans lequel toi

tu sembles répugner de monter, comme

dans un vieux fiacre ?     Et    enfin

l ' Elégie d'Ihpetonga, qui serait depuis

longtemps  à  ta  disposition gratuite,

si  tu  en  avais  montré  un  peu  plus

de curiosité ?

     Ta dernière visite, farcie de silences

et de mi  -  mots, m'avait laissé haletant.

  Je veux que tu me regardes franchement

en  face  !     Une  si  ancienne  amitié

m' y autorise.

  En attendant, lis cette interview[2] qui

te fera dérider

                          bien amicalement ton

                                                 Yvan Goll

B.L.J.D.  Ms 47302 - 29

Paul Celan à Yvan Goll, lettre, Paris, 27.9.1949, envoyée à Paris.

Dans la première lettre qu’il adresse à Yvan Goll, le jeune poète Paul Celan : „Un homme auquel je dois beaucoup, Alfred Sperber, un poète allemand vivant en Roumanie, m’a beaucoup parlé de vous [...].“62  à traduire

Barbara Wiedemann, Paul Celan - Die Goll-Affäre. Frankfurt am Main, 2000, page 16.

- 15 septembre : Adenauer devient le premier Chancelier de la RFA.

- 23 septembre : Truman annonce que l'Union soviétique a expérimenté

une bombe atomique ; l'explosion a eu lieu le 14 juillet dernier.

Alignement des monnaies pour la plupart des pays bénéficiant du Plan Marshall, le franc a dévalué de - 20 % par rapport au dollar.

Alain, Berlin à Yvan le 27 septembre 1949

              Alain Bosquet

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Berlin , Allemagne

                                                 Berlin , le 27 septembre 1949.

                                                 Mon cher Yvan ,

              Ton avant - dernière lettre avait été nerveuse ,

et j'avais  cru à une humeur passagère. Ta dernière

lettre, au contraire, me révèle que la crise est sérieuse

et profonde. Je dois tout de suite te dire que ta sincérité

m'honore, et que je te suis reconnaissant de me faire

des reproches sans te soucier des apparences ni des formes.

Il ne faut pas , en effet , que des ombres subsistent

entre nous. Ta sincérité appelle la mienne. Je veux ,

en guise de bilan  -  quelque froide que puisse être

une analyse de ce genre  -  essayer de te répondre.

              Je ne me crois pas assez "femme "(ou "enfant",

si tu préfères) pour me laisser influencer au point de

perdre tout jugement. La collaboration qui est née

entre  Roditi  et  moi  était une sorte  de " mariage de

convenance" qui s'exprimait dans le domaine journalis-

tique  plus  que littéraire, administratif  plus qu' intel-

lectuel. Je n' ai jamais partagé ses goûts , et il  n' a

jamais  considéré que  mon intérêt  pour  les avant -

garde était fondé. Cette collaboration tire d'ailleurs

à sa fin ; Roditi s'en va à Bonn , et je reste à Berlin.

Il ne t'en veut pas ; pourquoi diable t'en voudrait - il ?

Je crois que tout simplement il te considère avec la même

froideur distante avec laquelle il parle des gens du calibre

de Supervielle , Char , Michaux etc...Mais il ne peut être

question d 'antipathie qui aille  au - delà d ' une incompa-

tibilité de goûts. Sa mollesse le rend tout à fait inoffensif,

et incapable de haine. Je le crois trop humaniste pour

s'attarder dans des sentiments excessifs.

              Que mon attitude à  moi ait été, ces dernières an-

nées, pleine de réticences, de retournements, de bouderies

même , je n'en disconviens pas. C'est là une disposition

générale  dont  il  faut  chercher  la  cause dans  mon  ca-

ractère, et non dans des raisons bien déterminées. Notre

vieille amitié m ' autorise à me  montrer  comme je  suis :

je n ' ai pas  à briller ni  à mentir en ta présence. Je suis

déçu, en général, et de la littérature en particulier. Peut -

être suis - je trop lâche pour abandonner une position

relativement confortable et tenter , une bonne fois pour

toutes , la grande aventure littéraire. Il en résulte que

depuis 1945 je ménage la chèvre et le chou , ce qui fait

que ni l' une ni l 'autre ne m'enthousiasment vraiment. 

Je suis aussi à l'âge où on se défait de sa peau d'avant -

garde et    on  revêt  tant bien  que mal  l ' habit  du

classicisme. Etre écrivain  ne  signifie plus  pour  moi ,

être poète. La prose et le théâtre aussi sont indispensables.

Peut - être   visé  -  je  trop  haut. La  poésie m' irrite. Je

ne  trouve  plus  Supervielle  que charmant , Eluard trop

éluardien , et même  la magnifique  éloquence de Perse

me fait regretter la forme classique. Il va sans dire que

rien  dans  mes propres poèmes ne me satisfait au delà

de l ' enthousiasme initial. Dans ces conditions , ma

confiance dans la poésie étant ,  malgré moi , fonction

de sa  précarité  dans  un monde    le verbe  ne joue

qu' un rôle fallacieux , il est évident que tes poèmes

m ' apparaissent sous un jour désespéré. Je voudrais

vivre de poésie , mais au milieu de gens qui l'étouffent,

je  ne  peux que la  plaindre. J' ai toujours considéré

que  tu  méritais  mille  fois   plus  que  ta  modestie

n' exige elle - même. Tu es un poète véritable, ce qui

à  côté  de  gueulards  comme Aragon , Loys Masson ,

Seghers , Emmanuel même (malgré ses étincelles) te

garantit  une  authenticité  qu' ils  n' auront  jamais ,

malgré les lauriers qu' ils  se distribuent les uns aux

autres. Je te place au premier rang, et je te le dis sans

flatterie ni gêne. Si j'ai pu regretter quelquefois tes

changements brusques : le vers régulier, le vers libre ,

une forme intermédiaire , la ballade , puis le poème

d' amour , puis  la  poésie  métaphysique , c'est que

ces changements me sont aussi familiers et voisins des

miens , dont je souffre et ne peux me séparer. Rien

dans la poésie française , ne me satisfait réellement

depuis Valéry. Rien dans la poésie mondiale ne me

satisfait depuis Lorca et Rilke.

  Passons aux reproches concrets. Trois de tes poèmes

(repris de la sélection de Jean Sans Terre publiée par la

Nouvelle Relève) allaient paraître dans "Das Lot " n° 4,

entourés de textes de Boris Pasternak, du grand poète

grec Karalis , de Jarry et de Jünger , lorsque cette revue

saignée à blanc par les réformes monétaires successives,

fut enterrée sans pompe ni discours. C'est consciemment

que  les  3  premiers  numéros  ne  contenaient  du  côté

français, que des géants, dont deux morts: Lautréamont,

Milosz  et  Perse. Il  ne  fallait  pas  que dès  le  début

l' on m' accuse de  népotisme. Pour ce qui est  de  tes

poèmes allemands(la remarque s'applique au "Tagebuch

eines Pferdes  "  tout aussi bien) , je t' ai  déjà  dit  que

Henssel  les  a  trouvés  fort  intéressants , mais  vu  la

situation  financière  ne  peut  guère  te  proposer  que

de les publier à compte d'auteur. Dans ces conditions,

un  recueil  de  tes  poèmes  pourrait  faire  partie de ce

que  nous  avons  appelé  " Sonderdruck  der  Schriften-

reihe Das Lot " et dont le premier volume était "Exil" de

Perse, le deuxième " Meinem Planeten zum Gedächtnis " 

de  Bosquet (je t ' en  envoie, en plus d' un  exemplaire

qui t' est destiné , 2 autres que tu pourras distribuer au

hasard  des  intellectuels  qui pourraient s ' y intéresser) ,

le troisième, sous presse: Anthologie des Surréalismes, etc.

A  propos  de cet  ouvrage, qui  est  prêt depuis 15 ou 16

mois ,  il  ne  donne  que  les  surréalistes  ayant  fait

partie du mouvement : Aragon, Breton, Eluard,Char,

Desnos, Soupault. Ceux des poètes qui ne présentent que

des  affinités  avec  le  mouvement  ne  peuvent ,  pour

des raisons d' objectivité , en  faire  partie. Il s' agit

d ' une  étude  strictement  scientifique. Ponge, Jouve,

Goll, Supervielle, Perse et d'autres poètes que le surréa-

lisme a  influencés  ou  qui  ont  influencé  celui - ci ,

sont  exclus. Cela n ' est que normal, sinon on n ' en

finirait  pas . Il s ' agit  d ' une  école  stricte , roide

et impitoyable.

              Je  ne  sais  si  ces  mises  au  point te satisfont.

Je  voulais  tout  simplement  te  réaffirmer  qu ' il

n' y  a  pas , qu' il  ne  peut  pas  y  avoir  de  réel

malentendu entre nous. Ce qui te déçoit en moi me

déçoit aussi :  cela n' est  pas  une  vaine  formule.

      J' espère te lire et te prie de croire , cher Yvan 

et  toi  aussi  chère  Claire , à  mes  sentiments affec-

tueux

                                                                         Alain

      Il va sans dire que je suis heureux , très heureux ,

des articles[3] qui t'ont été consacrés ces derniers temps.

  J' espère qu' ils  serviront à  réparer une injustice , et

peut - être à t' aider matériellement.

Ms 615 Goll 510.324 - 158/159

Yvan et Claire partent à Venise et en Suisse.. Ils seront de retour à Paris le 29 octobre

- 30 septembre : fin du pont aérien de Berlin après 277 264 vols.

- 1er octobre : Mao-Tsé-Toung proclame à Pékin la République populaire de Chine; il devient président du Comité central du gouvernement.

- 12 octobre : création de la République démocratique allemande

- 21 octobre : condamnation de tous les dirigeants du parti communiste aux USA

- 5 décembre : France, l'essence est de nouveau en vente libre.

Journal d'Yvan Goll samedi 6.11.1949 :

Paul Celan, 31, rue des Ecoles, m'avait écrit une lettre de la part de Sperber; il nous lit des poèmes de «Der Sand aus den Urnen» d'une voix inspirée et Claire et moi, nous nous accordons de les trouver admirables, purs et savants, où les ombres de Rilke et de Trakl s'effacent petit à petit devant son clair génie. "Todesfuge" notamment nous empoigne et nous émerveille.

Celan est à la fois timide et très orgueilleux. Il est convaincu, à bon droit de sa mission de poète. C'est le jeune juif de Czernowitz très raffiné.

Il avait apporté à Claire huit roses rouges, lui qui végète sans le sou dans le Quartier Latin. Nous l'avons retenu à un souper léger.

Barbara Wiedemann, Paul Celan - Die Goll-Affäre. Frankfurt am Main, 2000, page 17.

Lettre manuscrite inédite de Paul Celan à Erica Lillegg (épouse du peintre Edgar Jené) du 12.11.1949.

Dimanche dernier, j'étais chez Yvan Goll. Un vrai poète. Un être humain. Le premier que je rencontre à Paris. Il écrivait d'abord en allemand, maintenant en français principalement. (Il est alsacien). Son dernier recueil : «Elégie d'Ihpétonga suivi de Masques de Cendre», illustré de quatre lithographies originales de Picasso.

                   Voici le buisson du Verbe

                   Qui m'allume ses lilas.

J'ai mis une longue année pour le dénicher. Jean-Dominique Rey, à qui tu m'as si gentiment recommandé, par l'intermédiaire de Klaus, et qui est un âne; il avait l'adresse mais à maintes reprises, il a  oublié de me la donner. Ils sont comme ça, ici. Menteur.

Yvan Goll connaît tous les plus grands de notre époque. Rilke, Joyce, Picasso. Tous. Et en plus, il est modeste. Et très malade, anémie pernicieuse, décomposition du sang.

Connais-tu sa femme, Claire Goll ? Elle a été dans le passé, l'amie de Rilke. C'est un écrivain.

« Savez-vous, disait-elle, nous avions peur que vous soyez quelqu'un qui écrit des poésies, mais pas un poète. Mais vous êtes un poète. Un vrai. » Et Yvan Goll qui le sait vraisemblablement mieux qu'elle pense la même chose. Il me faut aussi quelqu'un d'humain, dans l'entourage. Pourquoi ai-je du attendre une année entière avant de faire la connaissance de Goll ? J'ai offert aux deux le recueil de poèmes que j'avais donné à Klaus. Maintenant, je dois le lui remplacer

Barbara Wiedemann, Paul Celan - Die Goll-Affäre. Frankfurt am Main, 2000, page 18/19.

  Journal d'Yvan Goll au 11.11.1949 :

visite de P. C. avec Friedrich Hagen

Yvan, Paris à Bosquet, Berlin, 5 décembre 1949

                                                                         Paris 5 décembre 49

                                                                         Hôtel Palais d'Orsay

Mon cher Alain

  Ta dernière franche lettre m'offrant une explication

totale, franche et toujours amicale sur les problèmes et

les récriminations de mes missives antérieures, m'est

parvenue à Florence, fin octobre, ville qui accomplissait la

pacification de mon esprit et fut témoin de la fermeture

de mes plaies. Je n'attribuerai pas à la seule Florence et

ses génies renaissants une telle métamorphose, mais aussi

et surtout à Venise, où Claire et moi avons pris pendant

quatre semaines un bain de beauté et d' émerveillement

continuel et fait une croisière scintillante sur les canaux

jalonnés de Palais de jade et de gloire ou dans les ruelles

toujours bouillonnantes d' humanité expansive.

                          J' étais en état de grâce, et ne voulus pas me

laisser submerger par de misérables réminiscences. Nous

sommes  revenus  par la Suisse si propre  et  si  prudente

(à Zurich  nous avons  lu tous les deux des poèmes qui

seront radiodiffusés le 15 Déc. à 21 h. 35) et par l'Alsace

où j'ai retrouvé une statue de lierre sur la tombe de mon

père, et par la Lorraine, où ma petite mère m'attendait

toujours, comme depuis cinquante ans.

              Rentré à Paris, mon sang tenu en laisse par tant

d'enthousiasmes, s'est rebellé soudainement et mes globules

blancs se sont multipliés jusqu'à 77000. Je suis en plein

traitement radiothérapeutique et très très faible. Les médecins

ne sont mêmes pas sûrs de l' efficacité répétée de leurs inter-

ventions....

  Pour te répondre, j'accepte toutes tes excuses. Je comprends

parfaitement qu ' il n' y a  rien  dans mon oeuvre qui puisse 

t' inciter à des fouilles et des publications rétrospectives.

J' accepte mon lot d'avoir crié sans réveiller l' écho.

       L' édition allemande de ta dernière plaquette est moins

convaincante (à mes oreilles) ce qui prouve une fois de

plus que toute tentative de traduction est une entreprise

dangereuse, et aussi que tu avais raison vis - à - vis de

mes choses.

              Claire et moi espérons te revoir à ton prochain

passage à Paris et aussi te lire en attendant

                                                                         fraternellement

                                                                                           Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 30

- 9 décembre : le gouvernement nationaliste chinois fuit le continent et s'installe à Formose ; l'ONU approuve l'internationalisation de Jérusalem.

Sur l'agenda de Claire :

9/12 : Paul

Goll entre à l'Hôpital Américain de Neuilly le 13 décembre

Journal d'Yvan Goll au 14.12.1949

à 9h arrive Claire avec Paul Celan et Klaus Demus qui veulent m'offrir leur sang pour la première transfusion.

Seul, le sang de Klaus est jugé compatible avec le mien : n° 4.

Les essais se poursuivent toute la matinée. Vers midi, Claire est obligée d'aller en taxi à Saint-Antoine pour chercher une bouteille et des seringues qui manquent.

Vers 2h commence la transfusion et dure jusqu'à 4h½.

Alain, Berlin à Yvan 16 décembre 1949

A. Bisk (Alain Bosquet)

High Commission for Germany

Office of Political Affairs

Protocol Division (Berlin Office)

APO 742 % U. S. Army

                                                                       Berlin , le 16 décembre 1949.

                                                                                                         

                                               Mon cher Yvan ,

                                    Ta lettre du 5 décembre que j'attendais avec

l' impatience que tu devines, m'apporte le réconfort espéré.

Je suis heureux , vraiment heureux , que l' ombre d' un

malentendu  menaçant  ait  été  dissipé  à  temps.    Je

suis désolé, cependant, d'apprendre que malgré les beaux

voyages , ta santé n'ait pas pu s'améliorer.

                                   La situation des éditeurs ici continue à être

désespérée. Une lueur d'espoir :  l' aide Marshall accor-

dée à des industries voisines comme l'imprimerie, le papier

etc...  Henssel , qui  devait faire faillite , continue  de

battre de  l' aile. Bref , veux - tu  me  faire  taper  tes

poèmes  en  allemand , depuis  le  début  jusqu' à Traum-

kraut. Il serait  temps  de  publier  tes poèmes  choisis ,

quelque chose  comme  un  choix s' étendant  sur  trente

années. Je ne puis rien te promettre ni Henssel non plus

mais j' estime qu' avec un peu  de  chance  la  chose  est

réalisable.

                              Je n' oublie pas Claire. Je suis en pourparler

avec Radio - Stuttgart , qui se dit intéressée à diffuser

une version radiophonique de "Tagebuch eines Pferdes".

On fera son possible.

                              A l' occasion de  la  Noël et  de  la  Nouvelle-

Année je vous adresse mes voeux les plus affectueux de

santé et d' inspiration. A  cinquante  ans  ce siècle  est

on ne peut moins humain.

                                                                       Je vous embrasse ,

                                                                                                          Alain

PS. 1) Alfred Richard Meyer, ton ancien éditeur, t'envoie ses salutations.

                2)  Inutile de faire taper Traumkraut que j'ai ici.

Ms 615 Goll 510.324 - 160

   27.12.1949, Journal d'Yvan Goll :

   Longue visite de P. C.

                                                           1950

   3.1.1950, Journal d'Yvan Goll :

   Visite de trois heures de P. C. : m'apporte un poème fait de l'après-midi

   6.1.1950, Journal d'Yvan Goll :

  P. C. avec Klaus Demus

   28.1.1950, Journal d'Yvan Goll :

    P. C. qui m'apporte un poème avec Klaus Demus

- 10 janvier : pour protester contre la présence de Formose au Conseil de sécurité, l'URSS pratique la politique de la chaise vide et le 12, rétablit la peine de mort en Union soviétique..

- 23 janvier : le Parlement israélien déclare Jérusalem capitale de l'état d'Israel.

Alain, Berlin à Yvan 29 janvier 1950

Alain Bosquet

High Commission for Germany

Office of Political Affairs

Protocol Division (Berlin Element)

APO 742  %  U. S. Army

                                               Berlin , le 29 janvier 1950.

                                                                                                         

                                               Mon cher Yvan ,

                                                                                 

            

                               Dans ma lettre précédente , je te

priais  de  m' envoyer tes  recueils  en  langue

allemande parus  depuis... depuis la  première

guerre  mondiale. En effet, les  plans  de  mon

éditeur  Henssel  se  sont  concrétisés ,   et  il

croit  pouvoir  mettre  à  son  programme  un

choix  de  tes  poèmes , jusqu' à  Traumkraut.

             Les  dernières  nouvelles  de  ta  santé

m' avaient  inquiété ; je  forme  les  voeux  les

plus sincères  pour ton rétablissement  prompt

et complet.

                        Je compte aller passer un mois à New -

York , en avril prochain.

                        Bien  affectueusement  à  Claire  et  à

toi,

                                   Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 162

- 7 février : Georges Bidault forme un nouveau ministère et le Roi des Belges, Léopold III, refuse d'abdiquer en faveur de son fils.

Yvan, Paris à Bosquet, Berlin, 9 février 1950

                                                Paris , 9 février 1950

                                                           Mon cher Alain ,[4]

                        Tu n' imagines pas quelle joie m'avait faite

ta lettre du 16 Décembre(qu'est venue encore renforcer celle

reçue il y a une semaine environ). Et tu t' es demandé

pourquoi je  ne  répondais pas  à un geste aussi amical , et

à ta proposition si tentante.

                          C' est tout simplement parce que j' étais entré

à l'Hôpital Américain de Neuilly le 13 décembre et que j'y

suis encore ! Tu  es  déjà habitué  aux tableaux  de mes

numérations globulaires, eh bien voici le dernier , avant

mon entrée à l'Hôpital : 1 650.000 globules rouges,

75.000 blancs, 95 % lymphocytes alors qu' en été dernier,

j' avais encore : 2.800.000 rouges , 30.000 blancs ,

75 % lymphocytes.

Je crois  que  ces  chiffres  désastreux sont  survenus  après

une série de rayons X.

                        Ultime remède : des transfusions de sang. Hier ,

j' ai reçu ma treizième , mais hélas sans grand résultat.

Le compte des globules rouges ne monte pas , et ma fatigue

devient  de  plus  en  plus  insupportable.

                    Est - ce  mon  voyage en  Italie qui m' aurait trop

affaibli ? Je ne le regrette pourtant pas.

     Et si je ne t'ai pas répondu plus vite , c'est parce que

je  me  suis  immédiatement  mis  au  travail  dans  cet

hôpital si agréable et si élégant , qu' on se croirait dans

un Sana suisse , et auquel j' ai été admis grâce à ma

carte de membre de l' Associated Hospital Service of

New  York , auquel j' ai payé régulièrement une petite

cotisation , depuis que j' étais employé à l' OWI [5].

         Venons - en à la Poésie ! J' accepte de tout coeur ton

offre généreuse, surtout parce qu'il me semble pour l'instant

que ce sera le dernier livre dont j'aurai choisi le sommaire

et surveillé la composition.

                        Gardons le titre " Das Traumkraut ". Je voulais avec

cette lettre t'envoyer le texte complet,dont le livre se composera

            Je t'envoie assez de nouveaux poèmes, pour doubler ou tripler

le nombre de  pages  que tu as  déjà ! Ça  fera  un  ensemble

cohérent. Mais pour qu' il en soit ainsi , j' ai dû renoncer

à extraire de vieilles choses dans mes livres antérieurs.

L' atmosphère y est si différente que je gâterais tout.

Je les abandonne aux géhennes.

            " Das Traumkraut "  sera mon seul recueil de poèmes

allemands.

                Tu trouveras , dans le manuscrit ci - inclus , une

nouvelle série de poèmes appartenant à celle que tu

détiens déjà *. Puis quelques Odes de différentes époques

écrites dans une forme horacienne très sévère et enfin !

quelques traductions de mes récents poèmes français, parus

dans l' Elégie d' Ihpétonga ( dont je  me  fais  un  plaisir

de t' envoyer un exemplaire)

            Cela suffira - t - il ?  Sinon , on pourrait y ajouter

une version allemande de mes "Chansons Malaises",×

mais seulement im ausserten Notfall [6].

               C' est  ce  travail  au  " Traumkraut "  qui  a  maintenu

mon moral ,   pendant  ces 8  semaines  pénibles ,  que

seule , aussi , Claire , a éclairées de son doux rayonnement.

               Et maintenant , j' attends tes critiques , tes suggestions

et t' envoie ma fraternelle affection 

                                                                                              Yvan

× Une bonne partie desquelles parut déjà en 1932 dans la 

"  Vossische Zeitung  " ,    "  Uhr  "  et autres revues.

            Le premier manuscrit que tu détiens , contient - il aussi

le poème de 3 pages " Hiob " que j'avais ajouté plus tard ?

Ms 615 Goll 510.324 - 163/164

Rappel des textes envoyés par Goll à Bosquet pour "Das Traumkraut" 

                                     

Rosentum                                                                                  II/320

Bluthund                                                                                           II/313

Geburt des Feuers                                                                            II/318

Die Sonnen-Kantate                                                                  II/326

Der Regenpalast                                                                        I/341

Tochter der Tiefe                                                                       II/348

Das Wüsten-Haupt                                                                    II/347

Der Staubbaum                                                                         II/344

In den Äckern des Campfers bist du daheim                           II/325

Der Salzsee                                                                                II/344

Die  Aschen-Hütte                                                                            II/345

Die Angst-Tänzerin                                                                   II/346

Schnee-Masken                                                                         II/324

Süd                                                                                            II/324

Ode an den Zürichsee (1949)                                                    II/414

Lothringische Ode (1949)                                                         II/411

Rasiel's Gesang     (en français dans Masques de Cendres)      IV/377 

Gipskopf               (en français dans Masques de Cendres)      IV/383

Todeshund     Chien de ma Mort (Masques de cendres 1949)  IV/390

Hiob's Gesänge                           (dans Lot 5, p.61)                II/322 et 437 avec variantes   

Stunden                                       (dans Lot 5, p.60)                 II/317 avec variantes

Hospital [In den Äckern des …]  (dans Lot 5, p.60)                II/325  sans variante

- 9 février 1950, Yvan Goll rédigeait un testament [7]

Sur l'agenda de Celan :

12 février :

13 février :

Goll meurt le 27 février 1950 à Neuilly-sur-Seine.


[1] Livre de Claire publié

[2] voir en annexe La Gazette des Lettres n° 96 - 3 sept. 1949 - bi-mensuel (Paris).

Yvan Goll, interview de Paul Guth p.1-2

[3] - La Gazette des Lettres n° 96 dont parlait Yvan dans sa lettre du 5 septembre.

- voir en annexe  l'article de Léon-Gabriel Gros,  Cahiers du Sud  298 - 2ème semestre 1949, p.478 à 485

- Almanach de l'Alsace et des Marches de l'Est, 4 - 1949

Camille Schneider : Yvan Goll, un poète d'Alsace en Amérique (avec portrait) p.138-139

[5] Sur le côté droit de cette feuille :

En France, n'étant pas un ouvrier salarié et ne bénéficiant pas de l'Assistance Publique, je devrais payer 2.600 francs par jour dans une salle d'hôpital.

[6] littéralement : en dernier ressort.

[7] Le voir en annexe

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05 décembre 2008

Correspondance 1946 à 1949

                                                           1946

Brouillon manuscrit d’une lettre de Goll à Anaïs Nin      

                                              

Chère Anaïs Nin

Je vous écris ce soir, tout de suite après avoir lu votre "Woman in the Myth" - sinon je ne vous écrirai plus jamais.

Une lettre est comme le signe de la main qu'on fait de la portière d'un wagon, en passant devant une bergère figée devant sa colline. On ne repassera plus jamais par ce paysage.

Pourtant vous n'êtes pas une bergère. Ni aussi fragile que l'on croit en vous voyant la première fois.

Votre nouvelle le prouve. Et si je vous écris, ce n'est pas pour vous faire uniquement des éloges - des éloges qui sans doute foisonnent autour de vous - mais des critiques.

La première partie de ce morceau est étonnamment forte. Voilà une femme : voilà une femme qui va nous dire ce que c'est qu'une femme.

Eh bien non : elle non plus ne lèvera pas le voile !

La seconde partie est une constante déception.

Vous y recopiez la première partie à rebours - comme si, ne sachant pas la suite, vous ayez simplement placé celle-ci devant une glace. Comme c'est dommage. La femme de marbre n'a pas fondu sous la chaleur de votre haleine. On espérait qu'elle se transformerait en bois, et non en statue de sel.

Mais j'ai une explication et une consolation : ce morceau n'est qu'un fragment, mal coupé, d'une longue histoire.

J'ai rarement lu une description plus violente et plus vraie d' une femme perdue dans son rêve : cette statue chiriquesque

SDdV 510.319

Anatole Bisk   (  Alain   Bosquet   )

Liaison and Protocol ection

OFFICE OF MILITARY OF GOVERNMENT FOR GERMANY ( U .S .)

APO  742    c/o Postmaster New York

Berlin, le 11 juin 1946

Mon cher Marcel Raymond,

Votre passionnante lettre du 1er juin m'arrive aujourd'hui, et j'ai grande hâte d'y répondre tout de suite. C'est tout d'abord pour vous remercier des détails qu'elle contient et aussi, bien entendu, de ce signe de vie que depuis bien longtemps j'attendais de vous.

Je suis votre lettre, et réponds point par point. Tout d'abord, je trouve l'idée excellente, encore que vous me révélerez rien au public français sur les poètes de France qu'il ne sache déjà. Parmi les poèmes que j'avais envoyés il y a un an à Yvan Goll, je ne sais pas combien restent encore inédits. Et s'ils ne sont plus inédits mieux vaudrait peut-être choisir parmi les oeuvres publiées et poèmes plus représentatifs, ou simplement meilleurs. Mais cela, bien sûr, il vous appartient seul d'en juger. Je crois que la partie vraiment constructive de l'entreprise consiste en la présentation d'oeuvres écrites en Amérique. Je suis tout à fait d'accord avec votre liste de poètes à ce sujet. Je fais un peu la grimace en en songeant à ce bon vieux Spire. Quant à Saint John Perse, avez-vous de lui des choses que le monde entier ne connaisse pas encore ? Et Supervielle ? Pour les poètes de France, je crois que ce serait un "crime" d'omettre Pierre Emmanuel qui est un bien grand poète.

Il est légitime que vous ajoutiez quelques poètes du Canada ; cela déplaira peut-être aux poètes de Belgique et de Suisse . Si vous vous intéressez aux poètes belges, j'ai ici quelques textes que je peux vous envoyer : il suffit que vous en exprimiez le désir.

Je ne veux pas avoir l'air de vous donner des conseils : je me permets simplement de vous communiquer mes impressions. Je trouve qu'il serait urgent de publier cette anthologie. Je suis absolument certain qu'aucun des poètes cités de s'opposera au projet, je ne crois pas que vous devriez avoir trop de scrupules à cet égard. Je vous remercie de votre offre généreuse qui voudrait que je partage avec vous la paternité de ce livre. Bien entendu, il serait absurde de ma part même d'y songer : je n'ai joué qu'un modeste rôle d'assembleur de textes. Non, mon cher ami, croyez-moi, je n'ai eu que du plaisir à recueillir ces pages.

Vous me demandez des notes biobibliographiques sur ma personne. Ma foi, il y a bien peu de choses à dire.

Je suis né à Odessa, en Russie, en 1919. J'ai vécu jusqu'en 1940 à Bruxelles : petit garçon sage, poèmes cachés, revues éphémères. Quelques jours dans l'armée belge en 1940, puis quelques semaines dans l'armée française. Après dix-huit mois de Vichy,  je passe aux États-Unis, fais un peu de journalisme, entre à l'armée américaine. Suis attaché au GQG de Eisenhower, puis passe au Conseil de Contrôle quadripartite à Berlin.

Livres : L'image impardonnable (Hémisphères 1942)

   Syncopes (Hémisphères 1943)

   La vie est clandestine (Corréa 1945).

C'est tout.

Si vous comptez vraiment inclure de mes poèmes dans l'anthologie, veuillez avoir la bonté de m'avertir : je vous enverrai un choix d'inédits. Car tout ce que j'ai publié en Amérique est en voie de révision. Je n'approuve totalement que de " La vie est clandestine".

Excusez-moi de parler tant de moi-même.

Est-il quelque façon par quoi je puisse vous être utile ?

J'espère que vous mènerez à bien cette entreprise. Quand croyez-vous que le livre pourra sortir ?

Veuillez me tenir au courant.

Je suis, mon cher Marcel Raymond,

bien amicalement

vôtre

Alain Bosquet

1947

8 janvier 1947, lettre de René de Berval à Yvan Goll

René de Berval,  directeur de la Revue "France-Asie"

                                                                                 Saigon le 8 janvier 1947,  :

             "Mon bien cher ami, 

            Ce n'est qu'à l'instant que je reçois votre lettre datée du 15 octobre 1946... Elle a probablement dû venir à pied de Brooklyn,  pour avoir mis tant de temps à me parvenir...

            Je ne saurais vous dire toute la joie que j'ai eu à sa réception. Joie mêlée à une profonde émotion,  car vous m'avez rappelé les heureux temps d'avant-guerre où nos espoirs étaient communs et où nous luttions,  à ce moment-là,  pour un seul idéal qui emplissait notre vie,  et qui était la poésie. Depuis,  tant de choses atroces sont passées...Des amis comme Robert Desnos ont disparu au moment de leur libération même ; d'autres comme Benjamin Fondane,  que vous et moi connûmes fort bien,  termina si tragiquement son existence dans un four crématoire !  et tant d'autres encore qui ont fait que le martyrologe de la pensée française est fort long,  qui prouve à quel point,  lorsqu'ils s'y mettent,  les écrivains et les poètes n'ont de leçon de courage à demander à personne...

31 mai 47 départ de Claire et d'Yvan de New-York et arrivée à Cherbourg le 7 juin

lettre de Malcolm de Chazal à Yvan Goll 2 juillet 1947

                                     2 - 7 - 47

                                   Malcolm de Chazal

                                     Port - Louis

                                   Ile Maurice

            

.... "Je ne sais quel sera le sort du livre. Sa forme et le fond sont tellement neufs,  qu'il pourrait au début être piétiné,  comme il est arrivé aux oeuvres de tant de précurseurs dans le passé. J'ai pensé à vous adresser ce livre vous sachant à l'avant - plan de la pensée.Vous pourrez en faire l'usage que vous voudrez,  en extraire des parties et les publier,  reproduire les préfaces et les postfaces en totalité,  intéresser les traducteurs et les libraires,  etc.

Il n'est pas inadmissible que le livre intéresse les critiques assez pour qu'ils en fassent beaucoup plus qu'un article de presse et qu'ils le commentent à leur tour,  sous forme de livre. Ce livre indéniablement demande à être adapté pour la masse. Il demande une exégèse. Voudriez - vous la faire ou la confier à d'autres ! 

En attendant de vous lire,  veuillez croire à toutes mes civilités,

                                               Malcolm de Chazal

carte d'Yvan Goll  (Lyon) à Claire  (Hôtel Palais d’Orsay) du 1er octobre 1947

Mercredi midi

[ Lyon .1.X. 1947 ]

Ma chérie,

J'ai fait un excellent voyage. Allongé dans le train, puis dans la salle d'attente jusqu'à 8 heures après être arrivé à cinq heures. Ensuite 2 kilogrammes de raisin.

Puis fait de la bonne ouvrage

1) payé le déménageur et donné ordre d'envoyer tout à Paris

2) encaissé 2.000 francs pour la Glace

3) encaissé 2.000 francs pour un exemplaire de luxe du Mythe.

À midi découvert qu'on peut monter en funiculaire à Fourvières où se trouve la Basilique ci-contre. Magnifique vue sur Lyon, prise entre Rhône et Saône. Roupillé une demi-heure sur un banc, sous les arbres.

Vais me rendre chez le notaire à deux heures. Pense beaucoup à toi et t'embrasse

Yvan

Lettre d'Yvan Goll à Marie-Anne (?) du 25 décembre 1947                                                                                                                                         Jour de Noël

Paris                                                   Ma chère Marie-Anne,

            Hier soir j'ai été avec Claire à la messe de minuit à l'église Saint-Etienne du Mont,  sur la montagne Sainte-Geneviève,  près du Panthéon.

            Quel magnifique embrasement de l'âme!

Ah pierres vénérées de ces vieilles églises de Paris,  chacune saturée et nourrie des regards et des larmes du peuple au coeur brûlant et à l'esprit qui déploie ses grandes ailes dans les vents qui agitent le Continent.

            Pendant mes sept années d'exil en Amérique j'ai si souvent espéré cette soirée,  je me suis rappelé les mouvements gracieux des ruelles qui montent vers cette colline spirituelle ; j'ai essayé de me remémorer les boutiques d'humbles marchands d'estampes ou de vieux livres,  qui sont aussi des penseurs et jamais tout à fait présents,  l'oeil tourné vers les antiquités lumineuses,  et si peu enclins à vendre quoi que ce soit!

            Paris,  cher Paris,  cité des rêveurs et des penseurs,  cité des cordonniers-poètes et des concierges cartésiens qui vous récitent du Péguy quand vous entrez dans leur loge.

            Je suis heureux d'être revenu dans tes quartiers familiers et sur tes quais près desquels coule la Seine aux eaux noires et éternellement incomprises par l'homme qui passe sur le pont et se dirige vers le Palais de Justice --

quelle justice,  sinon celle de Dieu...                         

St.D.d.V.

Une abondante correspondance entre Claire et les GLEIZES, allant de 1947 à 1954 est conservée par la Fondation Albert GLEIZES (dépôt au Musée national d’art moderne de Paris). D’autres courriers d’après-guerre sont à la médiathèque Victor-Hugo.

Le 22 octobre 1950, Claire déclare son intention de rédiger un article sur le peintre. Une photo montre Claire avec Gleizes au Musée national d’art moderne de Paris

(1952, VIII A 24

                                                           1948

lettre d'Yvan,  Metz à Alain Bosquet, 18 janvier 1948

                                                                                  Metz 18 janvier 48

                        Mon cher Alain

                                   N ' eût-ce été que pour mesurer la hauteur

            de la crue de la Moselle - qui a tellement endommagé

             la Lorraine -, et qui, une nuit à 5 h du matin, a chassé

            ma vieille mère de son lit - le " Lot " fut le bienvenu,

            ainsi que les autres brochures de poésie. Le "Lot" reflète

            clairement l' état d' esprit de ceux qui le lancent dans les

            eaux mouvantes de la littérature. Ton Triptyque que je

            connaissais déjà partiellement, est une belle entrée en

            matière pour une revue qui s ' adresse au das Volk der

            Dichter und Denker[1]. Cette première traduction de Maldoror

             un événement, les poèmes de Roditi et de Stevens de

            première qualité... etc.

                    Quant aux plaquettes de vers, combien instructives !

            Celle qui me touche le plus, c' est Nelly Sachs qui a le

            don de la douleur et l'élévation des prophètes. Parmi les

            déjà vus, déjà connus, Friedrich Snack se distingue par

            une authenticité lyrique qui continue la grande tradition.    

            Becher par contre me laisse froid, me désillusionne :

            ce flot continu de la matière verbale, aussi brillant

            soit-il, reste étale alors que le Poète qui a le génie

            de Becher devrait nous conduire vers des sommets et

            des sensations inouïes.

                        Enfin je vois qu'il il y a un grand remue-ménage

            en Allemagne. La plante poétique y refleurit. Cela

            me fait plaisir - pour la langue allemande et la Poésie.

            Je ne crois plus au Das Gefühl der Deutschen, mais aux

            vibrations cosmiques de leur langue, qui se met plus

            vite en transe que certaines autres.

               Je suis en train d' installer quelques chambrettes

            dans la maison de ma mère - et celles-là conquises

            de haute lutte contre des "sinistrés" récalcitrants. Nous

            pourrons au moins déposer quelques bagages de l'éter-

            nel exil, et voyager librement à travers l' Europe.

            Ce sera un pied à terre, furtivement meublé, après

            la perte de presque tous nos anciens meubles, Rue de

            Condé, où tu fus, je crois ?

            La situation à Berlin semble se transformer comme

            tu l' avais prédit. Viendras-tu tantôt à Paris ? Toi

            et Roditi, continuerez-vous de jeter le Lot à Francfort,

             par exemple ?

                        Claire et moi pensons réintégrer nos quartiers

            à l ' hôtel Palais d' Orsay dans quelques jours. C' est

             là que j' espère te lire

                                               avec mon affectueuse amitié

            

                                                                                  Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 24

lettre de Marcel Raymond, Montréal à Yvan, 10 février 1948

lettre de Rifka Préville à Yvan 23 février 1948

                                               Préville le 23 février 1948

             Mon cher Mig,

lettre de Rifka Préville à Yvan 27 février 1948

                                               Préville le 27 février 1948

             Mon cher Mig,

Marcel Raymond, Montréal à Yvan, 25 mars 1948

lettre d'Yvan Paris 30 mars 1948 à Alfred Döblin

lettre de Rifka Préville à Yvan 7 avril 1948

                                               Préville le 7 avril 1948

             Mon bien cher Mig,

Alain Bosquet  à Yvan 7 avril 1948

Anatole Bisk (Alain Bosquet)

Liaison and Protocol Section

O.M.G.U.S.

APO 742 % U. S. Army

Berlin, Allemagne

                                                           Berlin, le 7 avril  1948,

            Mon cher Yvan,

            Lorsqu ' à mon passage à Paris, vers le 15 janvier

dernier, j ' appris à la Hune - après maintes recherches

vaines - que tu te trouvais à Metz, je m ' étais dit que

j ' allais revenir à Paris vers la mi-mars, et me réjouis -

sais à l' idée de te revoir. Les événements, l' incertitude,

les difficultés de transport d' une ville qu' on ne peut

quitter que par air font que j' ai dû remettre mon voya-

ge à plus tard . Juin me paraît possible à présent, à

condition que l' hystérie ne précipite pas notre pauvre

planète dans une nouvelle tuerie .

                  Depuis que le Conseil de Contrôle est en chômage,

            je chôme aussi, et attends du nouveau, c' est-à-dire

            quoi ? Il n' est pas impossible que nous allions tous

            à Francfort .

                        En attendant, je n' en continue pas moins mon

            "Travail" littéraire. Je t'ai envoyé il y a quelques jours

            le numéro 2 de "Das Lot, dont je ne suis pas trop mécon-

            tent sur l'heure et les circonstances . Le numéro 3 est

            sous presse, mais sortira quand et où ? Pour le numéro

            4  -  il faut prévoir loin à l ' avance afin d ' arriver à

            quoi que ce soit - j ' ai remis " Fruit from Saturn " à

            Herbert Roch, un excellent traducteur qui nous a fourni

            de jolies versions de Langston Hugues pour le numéro 3 ;

            il choisira .

            A mon tour de te poser les mille questions habituelles .

            Quelle est ton occupation principale, en réalité ?

            J' espère te voir bientôt, et j' espère voir Claire .

                                                           Je vous embrasse tous deux

                                                                                                                                                                     votre Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 143

Jean Paulhan à Yvan 12 avril 1948

Yvan Paris à Raymond Queneau 15 avril 1948

Pierre-Louis Flouquet, Bruxelles à Yvan 17 avril 1948

            Cher Yvan Goll,

Vous me dites que vous avez été, en France, Claire et vous, des exilés encore plus éperdus qu'en Amérique ? Certes, Paris avait bien changé. L'atmosphère et l'esprit des hommes. Mais il y a autre chose. Une longe absence crée aussi au dedans de soi, un besoin qui ne peut plus se contenter du réel. Je connais cet état, moi qui suis parisien et français, et qui, d'année en année,  me trouve plus étranger dans mon propre pays.

            Le Poète est-il un exilé en tous lieux, et son chant est-il le chant de cet exil ? Francis Jammes avait-il raison lorsqu'il voyait dans la Poésie la nostalgie du Paradis Perdu ? Ce lieu ou Adam peut-être n'était pas seul, mais où il faisait "un" avec les autres hommes, dans un divin état de connaissance, de compréhension et de fraternité.

Nous en sommes loin. Le tapis vert des tables de Conférences diplomatiques ne vaut pas l'herbe nue des prairies de l'Eden... Heureusement cher Goll, les Poètes peuvent recréer cet Eden en eux, même s'ils sont abandonnés et douloureux.

Qui, je vous ai cherché. Oui, j'ai perdu votre adresse. Pis que cela, j'ai écrit, sur "le Mythe de la Roche Percée" un article qui fut, lui aussi perdu. C'était dans un temps de fatigue. Je n'ai pas eu, à ce moment, le courage de recommencer. Mais, voyez comme vont les choses : la semaine passée, retrouvant la note qui accompagnait votre envoi, comme pris de hâte, j'ai rédigé un texte nouveau, à l'imprimerie même, sur le marbre, pour Le Journal des Poètes. En incorporant, de force à mon texte, cette note si colorée et si vivante. Tricherie et brigandage. Soit ! Il me semblait que si je ne profitais pas de l'occasion, la chose ne serait jamais faite. Ne me donnez pas tort, cher Goll, puisque la pire chose est le silence de l'ami.

Bientôt vous recevrez le numéro du Journal contenant le texte. Il sera illustré d'un portrait ancien. Je n'en possédais pas de plus récent. Par ma faute.

Vous recevrez aussi d'autres imprimés et des livres.

Ce que vous me dites de votre état me touche beaucoup. Il y a pourtant dans votre lettre quelque chose qui me plaît. Vous gardez une grande force morale et vous vivez intensément. Aidé par Claire, vous aurez raison des démons ! Il faut le vouloir toujours, cher Goll. Je voudrais que vous vous sentiez vraiment entouré par l'affection des amis qui, partout dans le monde, songent à vous, et vous aident d'une pensée ou d'une prière. Vous savez que beaucoup d'entre eux vous admirent avec sincérité, et qu'ils ont besoin de vous.

Vivez, Yvan Goll ! Vivez pour nous donner de grands poèmes. En ce moment même, ils se préparent en vous. Ils se nourrissent de votre douleur et de votre force, et vous triompherez du mal pour leur donner la vie.

Comprenez-moi. Moi aussi, l'ami lointain, humble et fidèle, je vous aime fraternellement. Et je sais que vous ferez front aux démons, avec toute votre grandeur. Permettez-moi de prier. Dites-moi si je peux vous aider un peu. Aimeriez-vous recevoir, de Belgique, quelques douceurs : tabac blond, chocolat, beurre, lait (en boîte), thé, café ?

Je saluerai de votre part vos amis de Belgique.

Dites à Claire mon affectueuse amitié - et gardez pour vous le meilleur, cher Jean sans Terre.

                                                                                  Votre

                                                                                  P. L. Flouquet 

Yvan Goll Paris, à Hans Bolliger,  18 mai 1948

"Das Traumkraut" … J'ai maintenant 23 poèmes dont tu en connais 15 à traduire (dossier Celan)

            Ton fraternel

                        Tristan Thor

Yvan Goll Paris, à Iwan Heilbut,  18 mai 1948

                                                           Yvan Goll

                                                           maintenant

                                                           Tristan Thor à traduire (dossier Celan)

Yvan Goll Paris, à Alfred Döblin,  20 mai 1948

                        Cher Alfred Döblin

…Pour moi,c'est comme si la plante Traumkraut était une nouvelle naissance

à traduire (dossier Celan)

Géo Charles à Yvan, Paris [ Galeries Pasteur, 1 rue Pasteur, Metz ] du 29 mai 1948

35, Bd Bonne-Nouvelle - Paris (8º)

                        Samedi soir

            Très cher Yvan,

                        En hâte,

Excuse-moi de t'écrire aussi tardivement. Débordé de besognes diverses, nous partons demain matin pour Bruxelles et Liège et Amsterdam. Serai de retour à Paris vers le 15 juin

                        illisible, voir photocopie Saint-Dié

causer librement poésie, cela nous reposera un peu. J'ai vu avec joie que la critique était excellente pour "La Roche Percée" et pour toute ta poésie d'ailleurs. Tant mieux ! C'est tellement mérité. J'ai aussi un peu de satisfaction de ce côté. Qq. jeunes viennent à moi et j'ai 4 poèmes de la VIII ème Olympiade avec une notice qui paraîtront dans l'Anthologie sportive du ministère de l'Education Nationale - Comment va la chère Claire, si pure et grande poétesse ? Et toi mon cher Yvan, j'espère que tu te retapes. J'ai un petit recueil de 10 poèmes du Brésil qui paraîtra dans deux mois. Je referai une critique de ton dernier livre qui est très fort, car la première que j'ai écrite n'a pas paru, par la misère des temps - Nous vous embrassons tous deux - au 15 juin

                                                                       Géo

cette carte de Géo Charles  a été renvoyée à Metz où Yvan passera l'été, avec au moins un passage à Paris  début juillet

Lettre d’Yvan à Robert Ganzo

                                                           Metz, 5 juin 1948

                                   Mon cher Robert,

            C'est ici en Lorraine que les "Lettres françaises "

m'apportent la nouvelle déchirante :

            Combien grande doit être ta douleur de ne plus jamais revoir Léone -

Jane - combien grande est ma douleur de ne jamais l'avoir connue ! Mais elle

m'est familière à travers toi, elle adhérait à toi, elle souriait et elle souffrait à

travers toi, et je la connaissais bien aussi, vibrante, légère et maternelle,

être de fable et de rosée et de bienfaisante réalité - à travers Lespugne et ton

oeuvre tout entière.

            Elle vit éternellement dans les astres de ta vision.

            Liée à toi par les lianes de toutes les aurores, elle qui sentait le bon lait

et les épices de tes repas.

            Elle que tu as fait tant souffrir -

et qui te sourie encore

            Claire et moi prenons les deux

mains désolées

                                               Yvan

SdDV 510.316

Jean Paulhan à Yvan 7 juin 1948

                                                           Paris le 7 juin 1948

                        Cher Yvan Goll;

Merci de m'avoir fait lire ces deux poèmes. C'est surtout le Chant de Raziel  qui m'y touche, et m'y surprend.

                        A vous très cordialement

                                               Jean Paulhan

Yvan à Madame Maria Jolas du 7 juillet 1948

                                               Madame Maria Jolas

                                               47 bis, Avenue Kléber

                                               Paris

            Chère Amie,

                        Lors de son passage à Paris, Eugène m'a dit que vous prépariez une anthologie des poètes multi-lingues (ce mot existe-t-il ?) et m'a prié de vous envoyer un choix de poèmes français, allemands et anglais, ainsi qu'un petit curriculum-vitae.

            Voici l'ensemble, tel que je l'aimerais publié, si vous n'y voyez pas d'obstacles, à moins que vous ayez d'autres suggestions à me faire ?

            Quelle charmante coïncidence, l'autre jour, de vous rencontrer dans l'autobus - naturellement à Saint-Germain-des-Prés ! après tant d'années de séparation ?

            Dans l'espoir de vous lire sous peu, croyez-moi bien fidèlement vôtre

lettre de Rifka Préville à Yvan 12 juillet 1948

                                               Préville 12 - 7 - 1948

             Mon cher Mig,

J'ai bien reçu ta lettre du 8, mais avec un jour de retard dû sans doute à la grève que veulent faire les postiers. Je suis surprise que tu ne me donnes aucune nouvelle de ta santé, chose qui m'intéresse plus que tout autre nouvelle. Dois-je en augurer que ton état est stationnaire, ou, ne voulant pas m'alarmer, tu fais silence. Je veux croire que tu ne tarderas pas à satisfaire mon désir: savoir comment tu te portes. Je te remercie des journaux que tu m'annonces (ils ne sont pas encore arrivés) ils m'intéressent toujours beaucoup; les journées sont longues, jusqu'à 9h½ le soir, ils m'aident à passer les soirées et m'instruisent sur bien des points. J'y ai trouvé une rubrique sur les fonds Mexicains et Bulgares, mais je crois sage d'attendre ton retour ici pour vider ces questions, craignant d'être flouée : ayant affaire à une femme, l'employé suppose que je ne suis pas compétente dans la question.

J'ai deux nouvelles à t'annoncer ; la première, j'ai reçu la facture de Ungerer 6000 ƒ, je l'attendais, mais vu la fermeture des Banques, je me vois obligée d'attendre la réouverture qui, j'espère ne tardera pas (je suppose fin de la semaine) j'ai l'intention d'aller en personne le remercier de ses bons offices.

La seconde : j'ai eu la visite de Berthe qui est ici pour quelques jours si le temps le permet, elle a été très aimable, m'a demandé de vos nouvelles et a regretté de ne pas vous avoir reçus le jour de votre visite : elle était sur le point de s'absenter.

Ici, nous déplorons de passer un mois de juillet aussi mauvais, il pleut tous les jours, et avec cela il fait froid, la végétation en souffre beaucoup, rien ne peut mûrir et cette année, il n'y a pas de fruits; le blé même ne mûrit pas. On dit des prières dans toutes les églises, car on craint des inondations, les fleuves grossissent ; voilà le bilan d'une saison qui devrait être la plus chaude; J'espère cependant que vous ne tarderez pas de venir au pays et que tu me donneras des nouvelles de ta santé que tu ? . Dans ta dernière, précédemment, tu m'avais annoncé qu'une nouvelle analyse de sang était favorable. Je m'en étais réjouie : est-ce un leurre [?] Recevez, Claire et toi mes bien affectueux baisers

                                                                       R.

Yvan, Paris à Alain Bosquet, 22 juillet 1948

                                               Paris 22 juillet 48                                                                                                                 Palais d' Orsay                                                                                                                     7 quai d' Orsay

                                   Mon cher Alain,

                               Lot 3 avait prouvé que l' étonnant travail que

            vous faites en Allemagne, toi et Roditi, se jouait de toutes

            les embûches politiques : après avoir révélé aux Allemands           

            Lautréamont et St John Perse, entre autres, le Pont

            de l'Air, plus fragile qu' un pont de Libellules, serait-il

            assez résistant pour vous apporter aussi l'encre d'impri-

            merie etc. ?

                        Und mir scheint alles in Wohlgefallen und

            Deutschmark aufzugehen [2].

                        C' est d' ailleurs bien longtemps avant le blocus

            russe que notre correspondance s'est ralentie. Depuis ta

            venue en France, en février, où tu ne fis aucun effort

            pour nous trouver, soit au Quai d' Orsay, soit à Metz,

            qui se trouve sur la ligne directe Paris-Francfort.

                        Cependant, le petit prospectus annonçant Lot 4

             me prouve que tu ne m ' as pas oublié : il contiendra,

            paraît-il, des poèmes de Yvan Goll : je suppose donc

            "Atom Elegy". Te dirai-je que j'ai une frousse incroyable

            de retrouver ce poème dans un travesti allemand ?

            (Bien que vos traducteurs soient de première qualité).

            Je crains surtout que le poème ne tienne pas le coup.

                Et voici ce que je voudrais te proposer, s ' il en est

            temps encore (je ne pense pas que Lot 4 paraîtra

            avant l' automne). Pendant ces derniers mois, j' ai

            été repris par le charme de la langue allemande et

            j ' ai composé un petit recueil de poésies auquel j'ai

            donné le titre "Das Traumkraut"[3]. Un petit  groupe

            de ces poésies paraîtra dans "Das Goldene Tor", un

            autre en Suisse,  et  si  tu  pouvais  substituer  la

            série que je t ' envoie ci-incluse tu me rendrais un

            double service, et Lot 4 apporterait à ses lecteurs

            mieux qu' une traduction, la résurrection d'un poète

            allemand dont depuis "Menschheitsdämmerung" on

            n' avait plus beaucoup entendu parler.

                  Finalement, je me propose de publier, pour des

            raisons personnelles, ce nouveau recueil sous le

            nom Tristan Thor : cela ne fera aucune peine au

            "Setzer" de ta revue qui m appelle une fois "Yan" et

            une autre fois " Yoan", mais jamais Yvan.

                        Pourquoi nos lettres sont-elles si espacées ?

            Le trafic entre Berlin et Paris a toujours été moins

            rapide qu' entre Berlin et New York - à quoi cela

            tient il ?

                       L' état de ma santé s ' est stabilisé ; ma

            numération globulaire  est  meilleure, et  nous

            en sommes heureux Claire et moi .  Faut-il

            attribuer cette amélioration au climat de France,

            aux légumes et fruits si chargés d' énergies natu-

            relles ?

                        Quelques détails sur ta vie, tes travaux, ton

            avenir nous intéresseront toujours.

                                                                                  Bien à toi

                                                                                              Yvan

Bibliothèque Jacques Doucet B.L.J.D.  Ms 47302 - 25

Envoyés par Goll à Bosquet pour "Das Traumkraut"       

                                     

Rosentum                                                                                  II/320

Bluthund                                                                                           II/313

Geburt des Feuers                                                                            II/318

Die Sonnen-Kantate                                                                  II/326

Der Regenpalast                                                                        I/341

Tochter der Tiefe                                                                       II/348

Das Wüsten-Haupt                                                                    II/347

Der Staubbaum                                                                         II/344

In den Äckern des Campfers bist du daheim                           II/325

Der Salzsee                                                                                II/344

Die  Aschen-Hütte                                                                            II/345

Die Angst-Tänzerin                                                                   II/346

Schnee-Masken                                                                         II/324

Süd                                                                                            II/324

Ode an den Zürichsee (1949)                                                    II/414

Lothringische Ode (1949)                                                         II/411

Rasiel's Gesang     (en français dans Masques de Cendres)      IV/377 

Gipskopf               (en français dans Masques de Cendres)      IV/383

Todeshund     Chien de ma Mort (Masques de cendres 1949)  IV/390

Hiob's Gesänge                           (dans Lot 5, p.61)                II/322 et 437 avec variantes   

Stunden                                       (dans Lot 5, p.60)                 II/317  avec variantes

Hospital [In den Äckern des …]  (dans Lot 5, p.60)                II/325  sans variante

Claire, en gare de Dijon à Yvan, 11 août 1948  MST p.274

                                                           Dijon - Gare

                                                           11. 8. 48

Chéri,

            Voilà le seul bout de papier que j'ai pu trouver. Mais "verte" est l'espérance.

            La plus grande sensation du voyage a été la fuite d'un lièvre à travers champs. Lièvre, lièvre, il n'y avait rien de plus important, en ce monde pour lui. Et sur les pages blanches effeuillées de son derrière, je lisais tout le roman des lièvres.

            Je pense à toi et à tes beaux yeux sérieux. Pourvu seulement que tu te reposes bien, que tu manges et recommence à te reposer.

            Enferme-toi bien, afin qu'on ne me vole pas mon précieux joueur d'orgue. J'espère qu'il fait beaucoup de poèmes sur son orgue invisible.

            Il y a un an, nous étions tous deux ici, en route vers Lyon. Aujourd'hui, je suis seule.

                                                           En tout amour, ta Zou

Yvan à Claire à Challes-les-Eaux, 12 août 1948 MST p.274/275

                                                           Jeudi 12 août 48

                                                          

Claire Chérie

Chère Clairie et Clairière,

             Je t'ai vue partir hier de bonne heure, toute seule vers ce grand monde qui pour toi deviendra toujours plus grand et plus incompréhensible plus tu avanceras dans la vie - contrairement aux autres petites personnes.

            Moi je suis entré dans cet appartement plus vide que jamais et que la présence de ma mère et la confection d'une carpe à la Yid n'a pas rendu plus joyeux pendant la journée.

Aujourd'hui, pluie continuelle et un froid sensible qui me fait penser que tu dois être bien malheureuse et grelottante dans ton trou de montagne, tout en maudissant celui qui t'y a expédiée. Oseras-tu commencer ton traitement par cette température ? Pourvu que tu n'attrapes pas une bronchite là où tu cherchais une guérison. J'espère du moins que tu t'enveloppes dans toutes les laines que tu as emportées.

            Ce matin, triste courrier à part ton billet vert de Dijon, tout traversé du lierre de l'espoir. Germaine demande péremptoirement quelques éclaircissements que je lui enverrai tapés à la machine en contrefaisant ta signature.

            Voici quelques coupures de journaux

                                   et toute la tendresse de

                                                                       Boubou

Claire, Challes-les-Eaux, à Yvan 12 août 1948 MST p.275/276

                                                           Challes-les-Eaux,

                                                           Jeudi 12 août 48

                                                          

Mon chéri,

            Quelle tempête, ce matin ! Eclairs, tonnerre, une fugue de Bach. Et dans la vallée, sous ma fenêtre, un paysage de Filippo Lippi.. Ce jeu des lumières et des ombres, car le plus gris des murs de brouillard laisse passer tout de même, par instants, un rayon de soleil, éclairant ici une pente de montagne, là un vignoble.Et l'architecture des nuages au-dessus des sommets neigeux, déchirés, fantastiquement baroque. ! Les paysages d'en-haut, encore plus grandioses que ceux d'en-bas !

              Puis, je suis descendue à l'Etablissement, par-dessus les flaques d'eau (faites pour des pieds de géants). Tous les employés d'autrefois sont encore là, et l'on m'a donc reçue avec une vieille amitié aux services des gargarismes et des pulvérisations.

            René était venu me chercher hier, mais comme il n'a plus d'auto, j'ai tout de même dû prendre un taxi. Rochefrette, philosophe comme toujours et très désespéré au sujet de la France. Ah ! je crois presque qu'il a raison. Surtout quand on est assis ici dans la salle à manger, où tout se passe  silencieusement, prudemment, sans vie. Mais la nourriture est remarquable. Avant-hier, Jouvet et Jeanson étaient encore là. Seul, le café du matin est imbuvable. Je me suis fait du Nescafé et j'ai béni la prescience qui m'a fait emporter le réchaud électrique. Comme on ne nous donne pas de sucre et que je n'en ai qu'une livre, je te prie de m'en envoyer une autre livre par retour du courrier ; pas le sucre en poudre brun, mais, (si tu le trouves) Domino Cane sugar Dots, une petite boîte jaune : soit dans l'armoire de la cuisine, soit dans le carton, dans ton placard, en haut sur le rayon de gauche.

            Si seulement tu étais ici ! En ce moment, à trois heures de l'après-midi, le ciel s'éclaircit. Rayon de soleil.  Je peux cesser de chauffer. Le temps va se réchauffer. Cet air serait magnifique pour toi. Et on n'aurait pas à faire la cuisine, pour une fois. Toujours, je te vois en mouvement, esprit inquiet.

            Travailles-tu ? Il y a ici tant d'oiseaux qui appellent un poète. Et, cette nuit, le petit hibou a gémi avec moi sur l'absence de l'unique.

            Je te tiens longuement et tendrement dans mes bras.

                                                           Ta Zouzou

Claire, Challes-les-Eaux, à Yvan 13 août 1948 MST p.276/277

                                                           Challes-les-Eaux,

                                                           Vendredi 13 août 48

                                                          

Chéri,

            Vendredi 13

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 14 août 1948 MST p.278/279

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 16 août 1948 MST p.279/280/281

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 17 août 1948 MST p.281/282

Alain Bosquet, Berlin à Yvan, 18 août 48

Anatole Bisk (Alain Bosquet)

Liaison and Protocol Section

O.M.G.U.S.

APO 742 % U. S. Army

                                                                       Berlin, le 18 août 1948 .

                                               Mon cher Yvan,

                                   Ta belle lettre du 22 juillet m ' apporte

                        mille choses précieuses, et tout d' abord la

                        rassurante nouvelle que ta santé s'améliore

                        et que ton état physique inspire la confiance.

                        Les poèmes de Tristan Thor m'ont également

                        apporté de véritables joies; je dis cela malgré

                        mes connaissances encore imparfaites en

                        subtilités germaniques, " Rosentum", " Blut-

                        hund", "Geburt des Feuers " surtout m ' ont

                        impressionné .

                             C' est avec plaisir que j' ajoute ces poèmes

                        au  sommaire  éventuel  de  Lot  4 ,  je  dis

                        éventuel  car la réforme monétaire  et  le

                        siège ont momentanément eu raison de la

                        revue . Nous espérons que l' horizon se déga-

                        gera un jour, et qu' il nous sera possible de

                        continuer notre besogne . Pour l' instant il

                        n' y a ni papier, ni courant, ni charbon, et

                        il  faut  se  contenter  de  survivre  négative-

                        ment tant bien que mal .   Pour le Lot 4 ,

                        après un essai infructueux avec 3 poèmes

                        de " Fruit from Saturn ", j' ai fait traduire?

                         avec succès me semble-t-il, 3 poèmes de

                        Jean sans Terre qui ont paru dans la Nouvelle

                        Relève[4], et dont je m ' en vais faire taper des

                        copies  à  ton  intention, que je t ' enverrai

                        bientôt .

                                   J' étais venu à Paris pendant 5 jours

                        au mois de janvier dernier, séjour qui

                        pour des raisons de famille a été des plus

                        désagréables . Après des recherches vaines,

                        qui  vu  mes  ennuis  et  mon  temps  limité

                        n ' ont  pas été  aussi  sérieuses  que  je

                        l ' eusse souhaité, j ' ai finalement appris

                        à la Hune que tu te trouvais à Metz .

                           Si Moscou et Washington le veulent bien,

                        et  remettent  à  plus  tard  la  pluie  de

                        bombes atomiques, je serai à Paris dans

                        la seconde quinzaine de septembre, et

                        me ferai le plaisir de vous embrasser,

                        Claire et toi .

                                   A bientôt, donc ; bien affectueusement

                                                                                 

                                                                                  Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 145/146

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 19 août 1948 MST p.282/283/284

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 20 août 1948 MST p.284/285

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 23 août 1948 MST p.285/286

Metz, Lundi 23 août 1948

            11h. du matin

Carte de Claire Plateau d’Assy à Ivan Goll  Metz 23 août 1948 MST p.286

lettre d'Ivan Goll  Paris à Claire Challes-les-Eaux 25 août 1948 MST p.287

                                                                       Paris 25 août 1948

                                                                       (Hôtel Palais d’Orsay]

Je rentrerai vendredi à Metz

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 25 août 1948 MST p.287/288/289

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 26 août 1948 MST p.289/290

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 27 août 1948 MST p.290/291

Metz, Vendredi  matin

27 août 48

Le Docteur Glaunés et sa Laborantine étaient en vacances. Mais mes forces globulaires semblent bien meilleures . je ne pense plus – et pour cause ! qu’à ma sciatique .

lettre d'Ivan Goll  Metz à Claire Challes-les-Eaux 28 août 1948 MST p.292

Samedi  matin

28 août 48

            anniversaire de Goethe

[Metz]

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 30 août 1948 MST p.293/294

lettre Claire Challes-les-Eaux à Ivan Goll  Metz 31 août 1948 MST p.294/295

                                                                       Lundi 30 août 1948

lettre d'Yvan  3 septembre 1948 à Robert Goffin.

                                                                                              Metz 3 sept 1948

                        Mes chers Robert et Suzanne,

                         J'ai passé l'été à Metz, dans la vieille maison de mes grands-parents et mère,

5 rue Dupont des Loges, à 5 min. de chez Moitrier: quand on descend la   ? 1ère rue à gauche. Un grand appartement délabré et presque vide comme mon cœur. Rien n'y subsiste de jadis, et il est impossible d'acheter des meubles aux prix actuels. Aussi aurais-tu dû me voir la semaine dernière, allongé sur un sommier, subitement surpris par la première crise de rhumatisme de ma vie - contractée au courant des nuits d'août glaciales et aux effluves de cette vallée mosellane : moi dormant toutes fenêtres ouvertes ! Claire séjournait en Haute-Savoie pour une cure à Challes. Ma mère qui a maintenant 82 ans et qui me va jusqu'à l'aisselle, quitte son couvent de Moulins et vient me soigner.

            C'est ainsi que je prévois la fin d'un Don Quichotte lorrain, jadis riche fils de famille

parti vers les Etats de la poésie, en récitant Nietzsche, dans ces mêmes mûrs.

C'est peut-être la meilleure fin imaginable, pour le jaune squelette que je suis, car la solitude pourrait s'approfondir encore plus...

            Certes, Claire revient demain et on va me soigner et allumer des feux-follets dans le triste jardin d'en-bas.

Mais qu'y-a-t-il de brisé en moi, et, je le sais aussi en elle qui ne nous permette plus de vibrer comme jadis. Oh ! ça ce sait, mais  pourtant n'en parlons pas

            Quel silence s'est fait autour de moi, à Paris, à Bruxelles, partout.

            Cette feuille jaune de marronnier que balaient déjà

             les jardiniers dans les jardins publics

                                               vous salue en passant

                                                                       Yvan

Carte de Claire Strasbourg à Ivan Goll  Hôpital Civil Stras 21 sept 1948 MST p.295

                                                                                  Mardi 3 h ½

                                                                                  [21 Sept. 48]

                                                                                  [Strasbourg-Gare]

Chéri,

Je suis en avance d’une heure

Je t’écris en anglais, parce qu’il y a des personnes assises sur la banquette avec moi et qui regardent au-dessus de mon épaule

lettre Claire Metz à Ivan Goll  Strasbourg 22 sept. 1948 MST 295/296

lettre d’ Ivan Goll  Strasbourg à Claire Metz 22 sept. 1948 MST 296/297

Télégramme de Claire Metz à Ivan Goll  Strasbourg 22 octobret. 1948 MST 297

                                                                       [Metz,22.10.1948]

RENTRERAI CE SOIR TENDRESSES  CLAIRE

Alain Bosquet, Paris à Yvan, 27 septembre 48

Anatole Bisk (Alain Bosquet)

Liaison and Protocol Section O.M.G.U.S.

APO 742 % U. S. Army

Berlin , Allemagne

                                                             Paris , le 27 septembre 48.

                                                 Mon cher Yvan ,

              C'est la mort dans l'âme que je repars pour

  Berlin. Il ne m'aura pas été donné de vous voir. Depuis

le 10 septembre, je téléphonais pratiquement tous les jours

au Palais d'Orsay , et la réponse était invariablement : 

"  Monsieur Goll n'est pas rentré  " .  Il y a 8 jours je

t'ai envoyé un  "  pneumatique  "  à ton adresse de Metz,

te disant que si  tu  ne  revenais pas  à  Paris avant  le

26 ou le 27 septembre , je m'arrêterais à Metz pour une

journée , puisque c'est de toute façon sur le chemin de

Francfort. Je n'ai pas eu de réponse , ce qui me fait

croire que tu n'es pas à Metz non plus ; et l'on vient

de me dire à l'instant que tu n'es pas à Paris non plus.

Je m'en retourne donc bredouille, et vais retrouver mon

baril de poudre. Quand nous reverrons - nous ?Faut-il

que cédant à la panique - ou est-ce une menace sérieuse ?

-  je me mette à rêver de la Sibérie ?

              Je suis triste , bien triste.

                          Je vous embrasse , Claire et toi , bien                                                          affectueusement

                                                             Alain

Ms 615 Goll 510.324 - 148

Yvan, Hôpital Strasbourg à Bosquet 28 septembre 1948

28 Sept 48                                            Hôpital Civil B

                                                                 salle 121

                                                             Strasbourg                  

                                                             Bas - Rhin

  Mon cher Alain,

                Ta lettre amicale, aussi empressée  fut  -  elle,

ne peut plus m'atteindre à Metz, d'où je fus transporté

d ' urgence le matin du 21 à cet hôpital, où l ' on

constate non seulement une fluxion de poitrine, mais

aussi un épanchement dans la jambe gauche, le tout

compliqué par la leucémie . J ' étais très mal en

point et reçus pour commencer trois jours de suite

de la pénicilline. Mais je suis tombé entre de très

bonnes mains, grâce à la gentillesse de mon vieil ami

le Dr Roos - avec lequel, en 1911, je fis mes études

à l'université d'  ici.... Cela remonte loin, et c ' est

sur  les  bords  de l ' Ill  que j ' ai bien cru venir

échouer définitivement, toujours sans véritable abri.

          Car la maison 5 rue Dupont des Loges appar-

tient  bien  à  ma  mère, et  le  premier étage  m ' y

était réservé : mais quel triste, lugubre, humide

appartement, où  nous  avons  installé  quelques

sommiers et matelas (100 % spoliés) et où, depuis

le mois d ' août si  pluvieux, je suis allé cueillir

ma maladie, idiotement,  sentimentalement  un

peu, au lieu d ' aller rôtir mes os dans le Midi.

Tu ne me reconnaîtrais pas, je pèse 60 kilos, et

mon âme, ces dernières semaines, était aussi

dénuée de vitalité et de force que mon squelette.

Dommage qu'on ne se soit pas rencontré !

  Comme j'aurais aimé te recevoir à Metz et

te traiter au fameux restaurant Moitrier, avec

un petit vin gris de Sey !

              Nous aurions parlé de la poésie chère à mon

coeur. Certes j'ai vraiment peu d'espoir que Lot 4 ne

voie jamais le jour. Mais cela m'a fait plaisir

que tu aies envisagé de publier mes poèmes allemands,

de préférence à des traductions.

                          Je suis intérieurement dans un marais,

je me demande comment ils vont m'en sortir.

              Claire[5] est fidèlement, inlassablement,

désespérément à mes côtés et contribue par

son magnifique moral à m'arracher à ces

épines de nuit

                          Bien affectueusement ton

                                                             Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 26

Yvan, Hôpital Strasbourg à Robert Ganzo 28 septembre 1948

28 Sept 48                                            Hôpital Civil B

                                                                 salle 121

                                                             Strasbourg                  

                                                             Bas - Rhin

  Mon cher Robert,

            Voilà, et après l'hôpital Broussais, l'hôpital civil de Strasbourg, je savais que cela finirait ainsi sur les routes, soit Pittsburg soi Strasbourg, je m'effondrerais, n'appartenant nulle part, malgré tant de demeures plaisantes à Paris et ailleurs.

            J'étais à Metz, cet été. Fatigué des hôtels, allai-je trouver un endroit où du moins rassembler nos malles dans cette maison rue Dupont des Loges, qui appartient à une bonne vieille mère.

            Hélas, l'appartement triste, humide, spoliée 100 % arraché de haute lutte à de tenants encore placés là par les Boches, me porta malheur. Je contractai tout d'abord une espèce de rhumatisme, qui, mal soigné et guéri, dégénéra et après des semaines d'atroces souffrances, je fus transporté d'urgence ici. Congestion pulmonaire compliquée.

            Je crains que je ne sois maintenant dans une très mauvais passe.

            Ce bel automne alsacien autour de moi, ces arbres chargés d'or et de richesse et de noix et de pommes, au-delà desquels j'aperçois la Tour éternellement rose du Munster.

            Qu'dviendra-t-il de mes poésies : le beau papier ne sera sans doute jamais utilisé par moi. Question sans importance.

            Mais je me rappelle que toi, Robert, tu fus le seul à me donner un peu de courage, tu ne savais pas quoi inventer pour me cacher le vide qui s'était déjà fait autour de moi - le puitd d'oubli dans lequel j'étais plongé.

            Jamais je n'oublierai ces beaux gestes du coeur. Tu devinais le désespoir que je cherchais à cacher et tu connais la nuit dans laquelle je baigne.

      Comment as-tu passé cet été avec cette jeune famille ébouriffée autour d'un deuil ?

                        Claire, à mes côtés, lutte avec passion, avec constance avec désespoir contre les démons

                                                           Ton ami

                                                                      Yvan

SDdV : 510. 316

Lettre de Robert Ganzo à Yvan du 7 octobre 1948

Cher Yvan,

           Aujourd'hui, sept octobre, je reçois ta lettre. Je n'étais pas très heureux et me voici tout à fait triste de te savoir souffrant encore. Sois confiant. Tu reviendras ici, nous nous reverrons ; et sois assuré que si tu étais trop fatigué pour t'occuper de ton livre, Claire et moi nous ferons le nécessaire. Tu comptes beaucoup d'amis. Je rencontre souvent des gens de l'Amérique Latine. Ils me parlent de tes poèmes avec admiration, et je ne te dis pas cela pour te faire plaisir. Sois donc assuré aussi que tu ne seras pas oublié, au contraire. Tout commence, pour le poète, quand le temps l'a dépassé.

            Mais, pour l'instant, il ne doit être question pour toi que de te retaper, de revenir à Paris et d'assister toi-même au miracle enfin de ta guérison.

            Moi, j'y crois de toute ma volonté, de toute mon intuition.

            Au revoir, Yvan, j'embrasse Claire et t'embrasse

                                               Robert Ganzo

SdDV 510.316

lettre d'Ivan Goll à  Strasbourg à Claire Metz 19 octobre 1948

lettre Claire Metz à Ivan Goll  Strasbourg  21 octobre 1948   MST p.

lettre du 22 octobre d'Yvan à Max-Pol Fouchet

lettre d'Ivan Goll à  Strasbourg à Claire Metz 15 décembre 1948   MST p.297/298

                                                                                  Strasbourg , Mercredi

.15. Décembre.1948

Ma Clairière,

Hier après ton départ, Mme Buchinger est venue et m'a apporté une saucisse et deux excellents petits gâteaux, dont j'ai donné l'éclair à la Sœur, conservant le paquet de Petits Beurres pour aujourd’hui. Elle est restée presque une heure et m'a parlé si humainement de sa famille, de ses enfants. Ils sont orthodoxes, ferment leur boutique le samedi, pour le célébrer comme dans les anciens temps, comme Bella Chagall l'a décrit…Et elle s’est excusée trois fois, de ne pas avoir obtenu de foie de veau de son mari.

recopier la suite

lettre Claire Metz à Ivan Goll  Strasbourg  15 décembre 1948   MST p.298/299

lettre Claire Metz à Ivan Goll  Strasbourg  16 décembre 1948   MST p.299/300

lettre d'Ivan Goll à  Strasbourg à Claire Metz 17 décembre 1948   MST p.300/301

                                                                                  Strasbourg , 17 Déc.48

Télégramme Ivan Goll  Strasbourg à Claire Metz 20 décembre 1948   MST p.301

OSCAR  TE  CONSEILLE  SOINS  SERIEUX  GRIPPE  ACTUELLE  DANGEREUX

RETARDE  VOYAGE  ATTENDRAI  PATIEMMENT. YVAN


[1] au peuple des poètes et des penseurs

[2] traduction

[3]  La date du 22 juillet 1948 permet, sans contestation possible, de mettre un terme aux  nombreux  commentaires et supputations erronés parus dans la presse franco-allemande dans la seconde moitié du XXème siècle concernant l'antériorité de certains poèmes de Celan à ceux de Traumkraut.

[4] La Nouvelle Relève, octobre 1946 vol. V, n° 5. Montréal 1946 :

Identité de Jean sans Terre  p. 432, Jean sans Terre le double p. 433, Jean sans Terre aborde au dernier port p.434

[5] Yvan est hospitalisé du 21 septembre 1948 au 14 janvier 1949. Claire loge dans une petite chambre en ville.

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Correspondance de 1944 à 1946

                                                           1944

2 janvier 1944 : double de la lettre de Goll à Roger Caillois sur papier Hémisphères 

à recopier

16 janvier 1944 :  lettre d'Eugène Berman à Goll

à recopier

17 janvier 1944 :  lettre de Jean Malaquais (Mexico) à Goll

à recopier

18 janvier 1944 : double de la lettre de Goll à André Breton sur papier Hémisphères 

                                               18   Jan  44

            Mon cher André Breton,

                 Je  vous envoie les épreuves de  votre

            admirable " Preface ". Je l'ai  fait  compo-

            ser immédiatement, afin d'avoir une copie 

            pour le  traducteur. Vous  verrez qu'il y a

            étonnamment  peu  de  fautes.

               

                Voici également les "Epingles Tremban-

              tes ", avec la prière  de me  les renvoyer

            après  revision.

                M.  Seirig  a été  charmant. Il  n'a  pas

            pu me faire de commande directe, et ne m'a

            pas non plus donné  grand  espoir  au  sujet

            de la  quantité  des volumes qui pourraient

            être  commandés  par Alger. Par contre, il

            m'a  conseillé  d ' écrire une  lettre au Mini-

            stre  des  Affaires Etr.  de  — Haïti,  qui

            peut-être  me fera une commande  sérieuse.

             (Je  n'y crois  guère.)  Mais il était  char-

            mant.  Et il  est un  fervent admirateur de

            Césaire.

                                   Bien sincèrement à vous

                                               Yvan Goll

Saint-Dié des Vosges

20 janvier 1944 : lettre manuscrite d'André Breton à Goll

                                   Vendredi 20 janvier 1944

                                   Mon cher  Ami,

            excusez, je vous prie les deux ou trois corrections d'auteur.

Je ne me rappelle pas  si dans la Préface, je n'avais pas indiqué

une ligne de blanc entre certains alinéas. Vous serez très aimable

de vouloir bien vérifier sur le manuscrit.

            En ce qui concerne la présentation des petits poèmes, ne

pourrait-on  interligner un  peu  davantage  (pour le genre  de

langage ici pratiqué, je trouve cela un peu compact, qu'en pensez-vous?)

            En tout cas  je souhaiterais un plus grand intervalle d'un

poème à l'autre et que les textes fussent mieux séparés des titres.

            Pour revenir à la préface, il va sans dire que si vous renoncez

à faire suivre  "Cahier du retour" de quelques autres poèmes, il

faudra songer à modifier, en seconde page, le membre de phrase :

"… je précise que j'ai non moins en vue les autres poèmes du présent

recueil à la poésie de Césaire …" (on pourrait dire : "les autres poèmes

de Césaire — cette poésie, comme toute …" etc.)

            M. Seyrig me dit que Césaire lui a remis une autre copie

corrigée du "Cahier", qu'il serait peut-être bon de confronter avec

l'autre, parce  qu'elle  lui semble  mieux  revue. Où  en  est  la

traduction  !  Subsiste-t-il des mots introuvables ?

            Mes compliments, je vous prie, à Madame Claire Goll.

                                               Très cordialement à vous

                                                                       André Breton

Saint-Dié des Vosges

3 février 1944 : lettre manuscrite d'André Breton à Goll

                                   Mercredi 3 février 1944

                                   Cher  Ami,

                        Voici les épreuves. Je regrette un peu

            que  ce  Dialogue  passe  dans "Hémisphères".

            Il  n'y  a  pas assez longtemps  qu'il  a paru

            dans  "Lettres françaises " et, si vous m'aviez

            consulté, j'y aurais vu une contre-indication

            plus encore pour vous que pour moi.

                  J'attends donc les points d'interrogation

            posés  le  texte  de Césaire.     Je   crains

            fort que nous ne résolvions pas tout sans

            l'aide de l'auteur

                                   Très cordialement à vous

                                               André Breton

Saint-Dié des Vosges

22 février 1944 :  double ou brouillon de la lettre de Goll à Eugène Berman

car évoque problèmes de rétribution de ses dessins

à recopier

17 mars 1944 : lettre manuscrite d'André Masson à Goll 

à recopier

13 avril 1944 : carte manuscrite d'André Masson à Goll 

à recopier

15 avril 1944 à Max-Pol Fouchet sur papier Hémisphères  :

Mon cher Max-Pol Fouchet, 

Après votre câble reçu ici le 10.12.43 (envoyé je crois le 28.10.):  "Recevons Hémisphères stop Cordiales félicitations stop serions heureux si permettiez reproduire textes Goll Perse Caillois amitiés     Fouchet Max ",  je suis bien étonné d’apprendre que vous venez de reproduire le "Poème à l’Etrangère "de Perse,  non seulement sans mon autorisation (que le poète m’avait interdit de donner,  comme je vous le signalais dans ma lettre de réponse),  mais même sans signaler que le poème est extrait d’HEMISPHERES,  bien mieux,  sans signaler l’existence d’HEMISPHERES.

Quel procédé peu amical,  peu fraternel,  si contraire à l’atmosphère de franchise et de solidarité poétique,  qui devrait réunir la petite poignée de gens qui s’efforcent de maintenir dans le monde un climat poétique !

Après les témoignages de fraternité venus des quatre coins du monde,  Fouchet,  est-ce vous qui venez me trahir ?

J’espère qu’entre-temps,  vous avez reçu les n° 2/3,  dans lequel s’affirme encore plus que dans le n°1 l’esprit hémisphérique de ma revue. Sous le titre "Découverte des Tropiques",  j’y publie des textes d’André Breton et André Masson,  qui,  grâce à l’exil,  ont découvert à la Martinique un nouveau règne poétique,  et d’autres textes sur Cuba,  le Congo etc.

Après l’enthousiasme de votre premier télégramme,  puis-je espérer que vous affirmerez publiquement dans FONTAINE votre solidarité avec nous ?  Ou bien va-t-on déjà recommencer le système des camps poétiques,  à l’instar des camps politiques ?

                                   Tristement votre         

(S.D.d.V. 510 31 G ff. 38)

2 mai 1944 : double lettre manuscrite de Goll à André Breton

                                                                       Brooklyn, 2 mai  44

            Cher Ami,

                        J'ai toujours eu l'intention de publier

aux ,,Editions Hémisphères", une édition bilingue

du ,, Cahier d'un Retour au Pays Natal "

                                   et

            je comprends votre méfiance concernant ma

nouvelle  attitude        J'ai l'air d'un usurpateur,

c'est  vrai

                                   hélas

                        ce que vous ne savez pas

c'est que  depuis quelques semaines, au courant

desquelles  il  ne  m'a pas été donné de vous voir

                        le  W  P  B

m'a refusé  l'allocation  du  papier  nécessaire

pour ce livre et quelques autres.

                        Alors : aubaine  !

Brentano's me propose de publier la ,, Collection

Hémisphères "  Je suis sauvé — grâce surtout à notre

amie Consuelo   

            et  Brentano's ne  sait pas que je ne peux

pas publier, il  le  fait  par  simple  sympathie

littéraire, ce qui rehausse le prestige d'Hémisphères -

                        Quel est mon crime ?

            Brentano's ne veut pas, pour le moment ,

de  publication  bilingue, ce  qui est  tout  à  son

honneur. Publier la,, Collection  Hémisphères " 

telle  qu ' elle  était  conçue, en  me  laissant

toute  mon  autorité, n ' est  pas  en  soi  une

chose détestable

            sauf  que vous rêviez  autre  chose,  et

moi aussi.

            Peut-être pourrai-je  encore le convaincre

à  faire  l ' édition  bilingue  ?   (  La  traduction

est prête )

            Mais  tout  cela  n ' a plus aucune valeur

pour  moi,  si vous m ' abandonnez.

            Une seule chose m ' importe :

                        La Pureté de la Poésie

(S.D.d.V.)

10 mai 1944 : double lettre manuscrite de Goll à André Breton

Brooklyn 10 mai 1944

Cher Ami,

Moi qui ai créé Hémisphères tout seul, sans l’aide de personne, pour maintenir mon entière intégrité,

Ne voyant devant moi que la pureté de la Poésie et mon enthousiasme pour André Breton,

Moi qui sur les 180 $ que je gagnais par mois à l’O.W.I. en portais 100 à l’imprimeur,

Moi qui ai fait une existence de pauvre à Claire, toujours malade, au profit de la poésie,

Moi qui ce matin ai vu l’électricité coupée dans mon appartement meublé, pour ne pas avoir payé une facture de $ 9,30,

Vous me dénoncez comme usurpateur chez les uns,

Vous m’accusez d’abus de confiance chez les autres, vous minez Hémisphères dont il y a peu de temps encore vous faisiez l’éloge

Vous ruinez tant d’espoir

Pourquoi ? Pourquoi ?

                                        Yvan Goll

(S.D.d.V.)

11 mai 1944 : lettre manuscrite d'André Breton à Goll

                                   New York 11 mai 1944

            J’ai conscience de ne me livrer

à aucune activité systématique contre

vous. Simplement vous m’avez mis

dans l’obligation de défaire un

certain nombre de liens que vous

aviez jetés autour de moi : un projet

d’anthologie auquel vous savez fort

bien que je n’avais pas adhéré sous la

forme qu’il était en train de prendre,

une préface que vous m’avez pressé

d’écrire pour une édition anglaise

— le Cahier en français s’en passant fort bien

— et que je vous ai laissé reproduire

sur vos instances dans Hémisphères

bien que ce ne fût pas sa place

à mon sens. Je ne vous ai jamais

caché que j’étais contre cette façon

de disposer de moi sans mon total

agrément. Ceci dit je ne ruine rien

et ne me propose de rien ruiner de

ce que vous pouvez entreprendre, dans

quoi je vous prie seulement de ne

pas m’inclure. Qu’y puis-je, vous

demanderai-je à mon tour, si je ne

suis pas parvenu, malgré mes efforts,

à lever un certain maléfice qui

pèse depuis tant d’années sur nos

relations ?

                                   André Breton

Lettre d'Yvan Goll à Alain Bosquet du  18 mai 1944 sur papier Hémisphères

                                                                                                                                                                                                                                                                                                           May 18, 44.

                                                                                                                                                          Mon cher Alain,

              Ta lettre d'Europe m'a paru plutôt

morose, malgré les parfums beaucoup plus

authentiques de vos  primeroses. (Nulle

intention de rimer.) Mais ta lettre est

déjà vieille, et je soupçonne qu'un furlow

à Londres t'a changé des idées. Il se peut

même que tu sois allé à la librairie

Zwemmer et que tu y aies vu les coucous

de notre couverture.. Je viens d'apprendre

que tous les numéros sont vendus, et j'y

envoie aujourd'hui une nouvelle cargaison,

ainsi que Syncopes et l'Image.

      Peut - être y as - tu aussi vu Fontaine :

le No 32 comprenait le Poème à l'Etrangère

de Perse, sans la moindre mention d' HEMIS-

PHERES.  J'ai envoyé une lettre furieuse à

Fouchet,  qui m'a câblé que Perse avait

donné son autorisation. Puis, les Nos 33

et sans doute 34 rectifient ce malentendu,

m'annonce - t - il.

    Ici rien de changé depuis ton départ.

(Sauf les headlines). Le numéro 4 sera splen-

dide,  mais  avec moins  d'unité  que le pré-

cédent. Il y aura entre autres :

              Trois dialogues de :

              Alain Bosquet,

              Jean Malaquais,

              Denis de Rougemont

et des poèmes de :

              Duits (très beau),

              Bosquet (très violent et puissant)

et quelques américains inconnus (enfin).

       J'entends qu'il y a une grande effer-

vescence poétique à Londres.T'en es - tu

aperçu  ? (Je parle de Londres, parce que

je crois  que Goffin  a  reçu  de  toi une

lettre de là - bas ?).

         Nous retournerons cet été à Peter-

borough, ce qui ne gênera en rien les

Hémisphères de se rencontrer

                    Le plus beau sourire de Claire    

                                      et les affections amicales de ton                                                                                                                               Yvan 

B.L.J.D.  Ms 47302 - 8

Bosquet à Yvan Goll, 22 mai 1944

Quelque part en Angleterre,

                                                 le 22 mai 1944.

                                      Mon cher Yvan,

                          As - tu reçu ma lettre d'avril ? Comme tu le vois j'ai quitté la           verte Irlande et suis maintenant        dans la froide et morne Angleterre.   J'ai passé quelques jours à Londres, émerveillé par l'animation qui y règne et les intrigues qui s'y trament. Des gens venus de Paris quelques heures auparavant m'ont appris sur la France des choses pénibles. Le mouvement littéraire à Londres est suivi avec enthousiasme. Il faut absolument que tu t'arranges de façon qu'Hémisphères  y soit plus connu, et même distribué. Fontaine s'y vend dans tous les kiosques à journaux. (Le n° 32 contient la Lettre à l'Etrangère, sans mentionner Hémisphères.)

              J'ai eu en mains les journaux du maquis et les Cahiers de la Libération : passionnant ! Comment va la revue ? Où en est le numéro 4  ?  As - tu publié tes élégies, et Jean sans Terre ? Et Césaire et Sartoris ?

                                 Tiens - moi au courant, je t'en prie. De mon côté rien de neuf : routine, ennui, monotonie.

                                                 Bien chaleureusement à

                                                                                                                                                                                                                                                                                                           Claire et à toi

                                                 ton

                                                                 Alain      

Ms 615 Goll 510.324

extrait d’une lettre de Goll à Henry Miller du 31 mai 1944

(propriété de l’Université de Californie,  Los Angeles,  Department of special collections ; ne peut être reproduit en tout ou partie sans l’autorisation du bibliothécaire de l’Université):

«… Peut-être n’avez-vous pas reçu la lettre que je vous ai adressée en mars en réponse à votre missive courroucée …voici ce que je vous disais : 

1) Je plaidais coupable pour l’omission des premières pages de "Vive la France" pour manque de place.

Je plaidais non coupable pour l’omission de la fin,  due à l’imprimeur qui escamota incontestablement le dernier Galley. Je vous offrais en compensation la nouvelle qu’une revue d’Alger voulait publier une traduction française du chapitre en question,  je vous en demandais l’autorisation,  en ajoutant que j’insisterais pour que ce soit l’intégrale du texte traduit.

Voilà :  et je suis toujours sans réponse. Ceci m’afflige. Je voulais encore vous dire que j’ai parlé de votre oeuvre à un éditeur français d’ici,  qui prépare déjà de futures Editions pour la France. … vos livres devront être parmi les premiers à être traduits et offerts au public avide de connaître les grands Américains. Je vous demande ici formellement l’autorisation de m’occuper de ce travail.

            Toujours fidèlement votre

                                   Yvan Goll

10 juin 44 : Alain  à  Yvan

   

P.F.C. Anatole Bisk (Alain Bosquet) 

ASN. 32427288

Headquarters Detachment

Supreme Headquarters Allied Expeditionnary Force

A.P.O. 757

c/o Postmaster, NewYork, N. Y.

                                   Angleterre, le 10 juin 1944.

                                               Mon cher Yvan,

  Tout d'abord excuse ce papier, qui n'a de l'espérance

que la couleur acide. Je reçois ta lettre du 18 mai,

qui m'apporte, tant attendu, un signe de vie de toi.

Elle est remplie de coïncidences.Tu me parles de Zwemmer.

J'y suis allé hier matin, et ai parlé naturellement

d' Hémisphères. Il m'a dit qu'il avait vendu tous

les exemplaires que tu lui avais envoyés. Il ne deman-

de pas mieux que d'en recevoir davantage, si c'est

par paquets de 5. Pour une quantité plus grande,

il lui faudrait une "licence" ce qui entraînerait

force démarches et difficultés.

Tu me parles de "Fontaine" et te plains de la légèreté

qu'a montré Fouchet à reproduire le poème de Perse.

Si tu t'en souviens, je te faisais part de mon indignation

à ce sujet dans ma lettre de mai (qui a dû croiser

la tienne.) Oui, je le répète, il est grand dommage

qu' Hémisphères soit introuvable à Londres, alors

que Fontaine se vend dans les kiosques, que les

Cahiers de Libération garnissent tous les étalages

et que Pour la Victoire sert de cornet à frites.

       Je suis heureux d'apprendre les choses que tu

me dis sur "Hémisphères" numéro 4: j'en suis à la fois

fier pour toi et pour moi. Ma seule raison de mécon-

tentement est que tu ne me confies rien sur tes écrits,

ni sur les poèmes que tu composes.

            Que te dire sur moi ? La grande bataille

vient de commencer. Tout n'est en fonction que

de cela. Il va falloir se battre, de toute la

ténacité qu'on possède. Il ne s'agit de rien de

moins que de sauver l'Europe, en la rasant,

en tuant les victimes de la libération. Sans

doute tel est le destin de la reconquête. La

défaite a coûté à la France plus de honte que

de morts ; la liberté va lui coûter plus de morts

que de joies. Une nouvelle liberté bâtie sur des

ruines et des deuils aura d'elle-même une bien autre

conscience, une bien autre exigence.

      Qu'au milieu de ce drame je sois moi, dans

une grande ville, bien à l'abri, cela n'est qu'un

incident négligeable, où je joue le rôle du

monsieur conscient de sa sécurité et de sa

lâcheté. Si je m'embusque, ce n'est que par le corps.

Mon esprit essaie de ne pas s'embusquer. D'ailleurs

tôt ou tard - il y a des chances que ce soit tôt -

je rejoindrai les combattants.

      Si je prétends que mon esprit gigotte encore,

cela ne veut pas dire que je ne ressens pas les

coups que me porte mon état de relative

servitude. Je perds ma fraîcheur, c'est-à-dire

ma poésie... au profit de quoi ? Un peu plus

de dureté dans ma raison et mon incohérence.

Ce que j'écris, ce sont des notes.

            Ma position actuelle (malgré le manque

de rang) est fort enviable, quoique précaire ;

le travail extrêmement intéressant et d'une

actualité sur laquelle je ne puis hélas m'étendre.

Londres est passionné, gai, international. Les Anglais

sont mielleusement polis, les Anglaises avides

de verges américaines, pleines de vitamines.

   Je terminerai en te posant les mille questions

habituelles : des détails sur toi, sur Hémisphères, sur

Jean sans Terre, sur Elégies d'Ihpetonga, sur le bouquin

de Césaire, sur tout ce qui concerne la poésie en

Amérique... et dont je suis tout à fait coupé.

            Je te quitte en te redisant combien ma

poignée de mains est chaleureuse, comment je

suis toujours là.

                                   Ton Alain

Mes amitiés à Claire.

P.S.. Donne-moi des directives précises sur

Hémisphères... si les hasards de la guerre veulent

que je sois encore ici, je ferai ce que tu me diras,

dès que la revue sortira veux-tu me l'envoyer à l'adresse ci-dessus.

Ms 615 Goll 510.324

Lettre de Goll à Henri Miller  15 août 44 :

                                               136, Columbia Heights

                                               Brooklyn 2, N. Y.

            Mon cher Henry Miller,

            15 Août,  Jour de l’Assomption,  fête toujours sacrée en France,  zénith de l’été et de l’espérance — Jour de Libération cette année,  les Alliés ayant débarqué ce matin entre Toulon et Saint-Raphael,  voulant apparemment libérer les îles de Beauté et les ports de l’Esprit …

            Heureuse coïncidence que votre lettre me parvienne ce matin-même,  puisque je connais peu d’Américains et même de Français qui adorent la France aussi follement que vous,  Henry Miller.
            Cette lettre vient à point pour l’invasion du midi de la France,  mais hélas un peu tard pour Hémisphères IV. Vos suggestions me paraissent pourtant bien alléchantes. Cette "Visite à Lourdes" après Münich m’intéresserait,  mais s’il faut demander les droits à Fraenkel,  à Mexico,  cela me coûterait des semaines … Il serait plus facile de m’adresser à Miss Lederer qui semble être une voisine à Pierrepont St.,  mais vous avez oublié de me donner le numéro de la rue et du téléphone.… Merci pour vos autres suggestions,  mais vous ne semblez pas vouloir comprendre que je cherche pour H. du totalement inédit,  et je n’ai aucune envie de demander à Pierre ou à Paul la "permission de reproduire". Quant à Wallace Fowlie,  il vient de m’envoyer un essai "Nerval : the Poet’s Uncrowning".

            Ne m’aviez-vous pas parlé d’autres textes brûlants et incendiaires de vous,  inédits à ce jour ? 

            Quant à l’éditeur dont je vous avais parlé,  il est à coup sûr,  comme vous l’avez bien deviné,  plutôt un grand con qu’un grand éditeur. Après ce que vous m’avez raconté de vos expériences avec les réellement grandes firmes françaises,  je préfère m’abstenir de ce guêpier.

            Il en est autrement pour les revues ; j’apprends à l’instant que FONTAINE (43 rue du Lys du Parc,  Alger) annonce la parution prochaine de "Vive la France". Si je peux trouver un numéro ici à New-York,  je vous le ferai parvenir. Je vous envoie aussi par ce même courrier un petit livre de moi,  " Lucifer Vieillissant ",  qui vient d’être réimprimé au Canada.

Fraternellement vôtre

SdDV

                                                           1945

28 juillet 1945 lettre de Goll à Oscar Roos

                                                                                                                                                                                                                                           Mac Dowell Colony

                                                                                                                      Peterboro

                                                                                                                      28 juillet

Samedi matin

                                   Mon cher Oscar,

            Je sors de l'hôpital de Peterboro:  j'y suis entré mercredi à 9 h.        A 11h. j'ai reçu mon premier shot de Pénicilline,  puis strictement toutes les 3 heures,  jusqu'à hier vendredi soir.         

Aussi la nuit !  Quel traitement fatigant !  Etre éveillé toutes les 3 heures ; à la fin,  je ne dormais plus. J'ai tout le derrière comme une passoire.

            Hélas,  traitement me semble-t-il,  tout négatif. Aucun changement dans mon état,  sinon au pire. Je commence à réaliser que je suis dans un état très grave. Mes lympho-glandes n'ont pas la moindre tendance de décroître. Et un docteur m'a dit qu'il ne fallait pas y songer.

            Des rayons X,  non plus,  on ne peut espérer des miracles !  J'ai peur de m'y soumettre,  ici dans ces régions. Je me demande pourquoi le Dr Vogel n'a pas pris la chose plus au sérieux. Parce qu'il partait en vacances ?  Parce que c'est un cas désespéré ?

            Je suis obligé de me rendre à New-York pour deux jours,  le 7 et le 8 août. Je te verrai. Et je voudrais avant tout me faire les trois dents qui sont supprimées par mon dentiste. Dis-moi,  puis-je me soumettre à cette opération sans danger ?  Dans l'état actuel de mon sang ?

(Plus on attend,  pire ce sera !)

Je prends rendez-vous avec mon dentiste pour le 7 à 3 h. Il habite 79 St..

Ensuite je viendrai chez toi à 5 h.

Pourrai-je par hasard passer la nuit du 7 au 8 chez toi ?

            (Si ta famille est encore à Long Beach ?)

J'ai une peur horrible du métro jusqu'à Brocklyn,  après l'opération du dentiste,  et de rester seul la nuit !

lettre de Goll New York à Salvador Dali du 21 novembre 1945

136 Columbia Heights                       21 novembre 1945

Brooklyn  2, N Y

Main  5 - 0475

Mon cher Dalilith,

            Après une longue absence de plus de 2 ans,

je retrouve votre Sein-Royaume

            Le sein gauche de Gala est votre

mont Sïnaï.

            Mais, où est le Sein Coupé de l'Amazone ?

            Amazon, Androgyne,  connaissez-vous

Lilith l'Androgyne ?

            Mythologie à vous faire dresser les seins.

            Lilith, divorcée d'Adam, Fille du Vent,

sur un cheval de feu, attaque les dormeurs.

            Cette fille de la Magie demande à être

ressuscitée.Elle manque dans votre Pandémonium.

            J'ai une plaquette de vers, avec des poèmes

sur Lilith, les Cercles  Magiques, l'Atome, où

se trouvent les mêmes fétiches que les vôtres :

le Sein, l'Oeil, Cercles Magiques, Atomica

Melancolica

            Voulez-vous l'illustrer un peu ? Sous presse,

à paraître très prochainement.

       „Jean sans Terre” avec votre dessin, paraîtra

aux Editions de l'Arbre (Montréal) Excusez le retard.

Lettre incluse

            Je caresse le Sein droit de Galilith

                                               Yvan Goll

SDdV 540.315

autre version (brouillon pas envoyé)

                                   21 novembre 1945

Mon cher Dalilith,

            Après une longue absence de plus de deux ans,

je retrouve votre Sein-Royaume

            Le sein gauche de Gala devenu votre

Mont Sïnaï.

            Mais combien plus émouvant le Sein Coupé

de l'Amazone, caché par quel artifice ?

             Androgyn,  connaissez-vous Lilith ?

Lilith l'Androgyne ? Voici une mythologie

qui fera dresser tous vos seins.

            Je viens justement d'écrire un poème

„Lilith”,et un autre poème „Atom Elegy”

où il y a cette atmosphère, atomica melancolica

de votre tableau.

            Nos vibrations, ont semble-t-il, la

même longueur d'ondes : le Sein, l'Oeil,

le Cercle Magique : vos fétiches.

            J'allais justement publier une plaquette

„Atom Elegy” (écrite en anglais) avec des

reproductions de dessins de l'ancienne

Magie. Mais si mes vers vous inspirent,

je pourrais utiliser quelques uns de vos dessins ?

SDdV 540.315 (3)

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Correspondance de 1942 à 1944

                                                           1942

13 janvier 1941 : lettre de Goll à Etiemble

à  recopier

17 janvier 1941 : lettre d'Etiemble à Goll **

à  recopier

28 janvier 1942 : lettre de  Goll à Saint-John Perse :

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       28 Janvier 1942

            Cher Grand Poète,

                        et rien que poète : permettez-moi de vous appeler ainsi, puisque vous n'êtes et n'avez toujours été que cela pour moi. Vos paroles sont entrées dans mon cœur. La journée de ma rencontre avec vous est marquée de rouge dans mon calendrier. J'ai fait une découverte, plus grande que celle de l'Amérique.

            Ce que vous m'avez dit de la poésie, c'est tout ce qu'il faut savoir de la poésie. Malheureusement, je n'ai pas de mémoire, et si je voulais le répéter, je ne pourrais que balbutier. J'aurais peur de vous trahir. Car la profonde vérité réside moins dans la pensée que dans son expression, et c'est pourquoi elle réside surtout dans la poésie.

            Mais puis-je vous poser une question : pourquoi continuez-vous à refuser de porter publiquement les attributs de poète, alors que vous n'êtes plus "le prisonnier" de votre mission diplomatique ? N'allez-vous pas publier, n'allez-vous pas chanter, de tout votre cœur ? Quelle pudeur vous retient encore ? Pourquoi, au contraire, ne proclamez-vous pas très haut la reconquête de votre liberté, et ne devenez-vous pas vraiment le Vates de notre temps ? Vous le devenez, en fait, en publiant. Mais alors, pourquoi ne pas permettre qu'on le dise ?

            Je vous ai dit, que "Pour la Victoire" m'a demandé d'écrire quelques articles sur les "poètes en exil". En traçant un arc d' "Anabase" à "Exil", cela vous importunerait-il ? Je fais ces articles, parce que je n'ai pas d'autre job. Je ne suis pas un profanateur. Je hais le journalisme. Il me sera peut-être permis  d'écrire des choses assez closes. Je ne vous écris pas, pour insister, uniquement, pour faire mon devoir.

            Après tout, je préfère que vous me répondiez poésie. Comme vous n'avez rien vu de moi, depuis vingt ans, je vous envoie quelques unes de mes dernières choses.

            

                                               Bien sincèrement

                                                                       Ivan Goll

SDdV : 510.320

Roger Little : 8 lettres de Saint-John Perse à Yvan Goll

(Cahiers Saint-John Perse n°2, 1979 p.114 ) «…. »

28 janvier 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

29 janvier 1942 : lettre de  Goll à Abel LIONEL

SDdV  :

2 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

10 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

11 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

17 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

26 Février 1942 : lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

27 Février 1942 : lettre de  Goll à Bishop

SDdV  :

27 Février 1942 : lettre de  Goll à Babette Deutsch

SDdV  :

10 mars 1942 : lettre de Alexis St Léger (Saint-John Perse) à Goll :

                                                                       Washington, 10 Mars 1942

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Cher Ami,

                        Je m'en veux  infiniment d'avoir tant tardé à vous écrire.

Accablement de ces migraines arthritiques que me vaut le climat de Washington, Aquarium vraiment trop mal réglé pour un Ludion d'Europe.

Je vous remercie sincèrement de m'avoir fait lire ces Trois poèmes. J'en ai aimé la race : leur exigence secrète et leur dépouillement, le charme de leur ubiquité. Il y a, dans les premières strophes de votre " Vogue Galère " plus d' "invisibilité "et de pudeur que dans les plus beaux refus. Votre " Jean sans Terre " affronte avec désinvolture la plus terrible épreuve : celle d'un cadre à remplir; avec toute l'ingrate servitude de quelques développements à venir, alors que votre authenticité est dans la gratuité et dans l'ellipse. J'aimerais savoir comment vous vous en tirerez, finalement, de ce conflit avec la volonté. Ni en orfèvre, ni en rhéteur, j'en suis bien sûr. Ne me ferez vous pas connaître l'imprévisible humeur qui vous libérera ?

«…La prochaine fois que je pourrai m'attarder un peu à New York, j'essaierai de vous atteindre. Je dois y aller le 28, mais juste pour m'acquitter d'une obligation à laquelle je ne pouvais me dérober: une commémoration au N - York University, d'un anniversaire de Briand, où il faut une parole française. Si je ne repars pas dès la fin de l'après-midi, je vous téléphonerai le lendemain. » *

            Bien cordialement à vous, avec mes voeux les meilleurs et les plus attentifs.

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

*Roger Little : 8 lettres de Saint-John Perse à Yvan Goll (Cahiers Saint-John Perse n°2, 1979 p.117)

15 mars 1942 : lettre de Goll à Breton

                        André Breton,

Si ce n’était qu’au nom des larmes d’une douce petite fille qui dut quitter une maison amie, parce que mon nom fut prononcé,

J’affronterais votre mépris, en vous écrivant cette lettre,

Mais c’est pour des larmes bien plus amères encore plus douloureuses et plus conscientes, quoique invisibles, que j’ai réprimées pendant longtemps, souvent versées, en songeant au coup de poing de la Comédie des Champs-Elysées que vous avez invoqué hier soir ;

Je peux vous le dire maintenant, après plus de dix ans : ce coup est le seul, que j’aie jamais donné à un être humain, et ce coup est sûrement aussi le seul, que vous ayez jamais reçu dans votre vie.

Ce geste criminel fut un geste d’amour : j’ai frappé votre beau visage de Jochanaan, comme Salomé, parce que je ne pouvais pas l’atteindre autrement. Ce fut un moyen suprême d’entrer en contact avec vous. Je ne l’ai jamais regretté, mais j’en ai souffert, parce que je savais que ce sacrilège fut une chose atroce pour vous.

Je m’étonne même que vous ne niiez pas ce geste, avec toute la force de votre haine.

Vous savez d’ailleurs très bien tout le mal que vous m’avez fait : vous m’avez plongé dans la solitude la plus humiliante, vous avez détourné de moi des douzaines d’amis qui, sans votre mot d’ordre, m’eussent fréquenté après comme avant. Je ne suis pas aussi mauvais poète que vous voulez le faire croire : des témoignages émouvants me l’ont révélé. J’ai toujours mené une vie de poète intègre. Après quelques déraillements journalistiques, au début de mon séjour à Paris, en 1920, je me suis toujours tenu coi.

Je me rappelle une discussion que nous avons eue à cette époque, en présence de Soupault et Aragon : j’arrivais de Suisse, animé d’un esprit révolutionnaire et essayant d’enflammer vos jeunes cœurs : à cette époque, habités uniquement de la chose esthétique, vous n’aviez que du mépris pour « l’action » et pour l’esprit de révolte dont étaient animés mes amis de Clarté. Cinq ans plus tard, c’est vous qui êtes devenu plus révolutionnaire qu’eux, en complète contradiction avec vos principes formulés dans Littérature. À cette époque, ayant déjà constaté la faillite de la régénération européenne, devant la démission des révolutionnaires allemands, je rentrai dans ma tour d’ivoire.

À votre arrivée à New York, je suis venu vers vous et vous ai tendu la main — cette main qui vous a frappé par amour et admiration. Le globe s’est tellement rétréci : il n’y a plus que quelques rues, quelques chambres qui s’offrent à nous. Nous serons obligés de nous rencontrer. Nous jetterons le froid chez des amis, dans le cœur de nos femmes. Voulez-vous attendre que dans un camp de concentration, on nous enchaîne ensemble ?

Et vous êtes l’Homme que j’admire le plus au monde.

Puis Goll se ressaisit et rédige une seconde lettre, manuscrite, plus brève, datée 15 mars : les humiliations sont passées sous silence, seule reste l’admiration. C’est pourtant une troisième lettre, de la même date, tapée à la machine, plus courte, que recevra Breton. Celui-ci, hautain et superbe, méprisant quoi qu’il en dise, retourne à Goll sa lettre avec des ratures et une réponse à l’encre verte. (Albert Ronsin)

SDdV  : (Ms 553 G/)

Goll lettre du 18 mars 1942 à Allen Tate

à  recopier

Goll lettre du 27 mars 1942 à Allen Tate

à  recopier

27 mars 1942 : lettre de  Goll à John Peale Bishop

Goll lettre du 28 mars 1942 à Monsieur Roth

Goll lettre du 3 avril 1942 à Monsieur Roth

à  recopier

Goll : double de la lettre du 7 avril 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       April 7, 1942

            Cher Monsieur Roth,

Nos lettres se sont croisées. J'ai bien reçu hier matin le contrat, et je vous le renvoie, dûment signé, en acceptant toute les stipulations. Je n'ai qu'un voeu : c'est que vous donniez bientôt le manuscrit à la composition.

Prévenez-moi : je vous enverrai quelques retouches de certains vers.

                        Bien sincèrement vôtre

Goll : double de la lettre du 22 avril 1942 à Monsieur Roth

à  recopier

Goll : double de la lettre du 5 mai 1942 à Monsieur Roth **

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       May  5, 1942

            Mon cher William Roth,

            Faut-il vous dire combien j'apprécie le merveilleux travail que vous allez faire pour

Landless John.

            Je trouve la composition parfaite,  sauf que je voudrais proposer de pousser le corps de poèmes à vers très xxxx courts un peu vers le milieu, si cela est possible. Je sais d'autre part, qu'il y a aussi de très longues lignes, qui devront commencer très à gauche, et je me demande en profane, s'il est possible, de faire débuter la ligne tantôt plus au milieu, tantôt plus à gauche.    Ce n'est qu'une suggestion de ma part : à vous de décider.

            Autre question :          LAND

                                               LE S S

                                               JOHN

est une belle invention typographique. Mais le lecteur non averti en comprendra-t-il le sens ?

Vu que je grée ici un nouveau nom :             LANDLESS ? Ne lira-t-on pas : Land  -  moins  - John ?

Question importante à laquelle il faudrait peut-être sacrifier le jeu typographique.

            En imprimant  :           LANDLESS JOHN en une ligne, vous trouverez aussi plus d'espace pour les noms des traducteurs, qui se trouvent coincés.

            A propos des traducteurs, il faut encore ajouter le non de JOHN  PEALE  BISCHOP, qui vient de m'envoyer une belle traduction : "John Exile".

            Voici donc le manuscrit. Je vous envoie les poèmes détachés : ainsi il sera plus facile pour le compositeur de se retrouver. J'ai numéroté les poèmes séparément, non les pages : cela aussi facilitera votre travail.

                                   Bien sincèrement vôtre

SDdV  : (Ms 553 G/)

12 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark Mills

SDdV 818 052

13 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à Lionel Abel

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 18 mai 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       May  18, 1942

            Cher Monsieur Roth,

            Faut-il vous dire combien j'apprécie le merveilleux travail que vous allez faire pour

l'édition de JEAN SANS TERRE  ?

" Hand-set, hand-bound, printed on hand-made French paper " : c'est le rêve pour un poète.

            

            Aussi me suis-je encore une fois penché sur mes poèmes et notamment avec les traducteurs, sur les traductions, pour vous envoyer un manuscrit aussi clair et définitif que possible, et voilà pourquoi vous ne le recevez qu'aujourd'hui.

            J'ai numéroté chaque poème, plutôt que les pages, ce qui facilitera le travail du compositeur.

            Le projet de page typographique que vous m'avez envoyé est excellent. Pourtant j'aurais quelques suggestions à vous faire :

            I)  Imprimer les numéros I., II. etc.  des poèmes sur la page qui précède chaque poème. Cela aérera le livre.

            2) Espacer les strophes et commencer plus bas, de sorte qu'il n'y ait pas plus de 4 ou 5 strophes au plus sur une page.

            3) Dans les poèmes à vers très courts, comme xxxx le premier, pousser le corps du poème davantage vers le milieu, pour éviter trop de blancs - surtout pour contrebalancer les poèmes à vers très longs, comme le second.

            Mais cela n'est qu'un point de vue : j'ai peut-être tort, et je vous laisse entièrement juge sur ce point.

            J'ai le plaisir de vous annoncer que John Peale Bishop s'est joint à la liste des traducteurs - et je dois vous avouer que c'est aussi un peu l'attente de sa traduction qui a retardé l'envoi du manuscrit. Par contre le nom de John Mc Lane disparaît.

            C'est à peu près tout ce que j'ai à vous dire.

            Recevez, cher Monsieur Roth, tous mes remerciements avec mon meilleur souvenir

SDdV  :

20 mai 1942 : double de la lettre de  Goll à John Peale Bishop

SDdV  :

3 juin 1942 : double de la lettre de Goll à John Peale Bishop

SDdV  :

8 juin 1942 : double de la lettre de Goll à Monsieur Pobers

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 22 juin 1942 à Monsieur Roth

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       June, 22, 1942

            Cher Monsieur Roth,

            Je vous remercie de votre dernière lettre du 10,

            et je me réjouis beaucoup de recevoir bientôt les

            épreuves de mon livre.

                        Voici encore les pages qui manquaient :

                        I) Acknowledgements.

                        

                       2) La "Preface" d'Allen Tate

                       3) Le Poème VII : LANDLESS JOHN THE  PRODIGAL SON.

                        Ce poème a été traduit par KENNETH PATCHEN, ce qui

                        ajoute encore un nom de plus à notre liste de

                        traducteurs :

                                               Lionel Abel

                                               John Peale Bishop

                                               Clark Mills

                                               Kenneth Patchen

                                                William Carlos Williams

                                   Quant à la couverture,  je voudrais vous proposer

                        cette idée originale, d'imprimer  2  titres identiques

                        au-dessus et au-dessous.

                                   Au-dessus : le titre uniquement en anglais.

                                   Au-dessous : le titre uniquement en français.

                                   Je me suis permis de faire une petite esquisse,

                        pour vous montrer ce que je pense.

                                   Dans ce cas, je crois aussi qu'il vaudra mieux

                        d'imprimer le titre LANDLESS JOHN    JEAN SANS TERRE

                        en une ligne, et pas en trois lignes, comme sur votre

                        projet  (car on risquerait de lire Land

                                                                           less

                                                                           John)

                                   Il importe qu'on sache que c'est un nom.

                                   Ce ne sont que des suggestions de ma part.

                                   Mais je ne devrais pas trop m'immiscer dans vos

                                   propres idées artistiques.

                                   Dans l'espoir de vous lire bientôt, croyez, cher

                                   Monsieur Roth, à mon meilleur souvenir.

                        Claire et moi, nous imaginons que vous menez

                        en ce moment, auprès de votre belle inspiratrice,

                        au bord des rochers,  les cheveux à la tempête,

                        la vie idéale, dont vous rêviez dans Park Avenue.

                                   Nous vous envoyons tous deux notre amical souvenir

                                                                      

SDdV  :

26 juin 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark et Betty Mills **

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 17 juillet 1942 à Allen Tate

                                                                       136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

déjà signée Yvan.

SDdV  :

25 juillet 1942 : double de la lettre de Goll à Saint-John Perse :

OUTREMONDE                                          136 Columbia Heights

                                                                       Brooklyn, N.Y.

                                                                       25 Juillet 1942

            Cher Saint-John-Perse,

            Avec Alain Bosquet, jeune poète sensible et admirateur passionné de votre œuvre, j'ai accepté de diriger une petite revue, qui s'appellera "OUTREMONDE", et qui sera uniquement consacrée à la poésie : recueillement, pureté. - Avec votre nom comme collaborateur, tout son programme serait établi. Nous possédons quelques inédits de Jacques Audiberti, de Pierre Emmanuel. Nous attendons quelque chose de Supervielle. Et puis, il y a les poètes américains : du Nord et du Sud. Dessins de Chagall.

            Pouvez-vous nous confier quelques vers : entre quatre et quatre cents ? N'importe quoi. Votre amitié nous serait précieuse.

                                                           Bien sincèrement vôtre

SDdV : 510.320

29 juillet 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

3 août 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

7 août 1942 : double de la lettre de  Goll à James Laughlin

SDdV  :

12 août 1942 : double de la lettre de  Goll à Clark  Mills

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 14 août 1942 à Monsieur Roth

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 19 août 1942 à Monsieur Roth

SDdV  :

Goll : double de la lettre du 24 août 1942 à Edouard Roditi

SDdV  :

24 août 1942 : lettre de Saint-John Perse à Goll

                                                                       Washington, 24 Août 1942

                                                                       3120 R. Street. N. Y.

                                                          

                                               Mon cher Ivan Goll,

                        J'ai eu tard votre lettre, après une longue absence de Washington et mes journées ont été grevées de lourdes choses.

            Dites-moi,  je vous prie, si votre projet tient encore et si vous avez toujours besoin de moi. Je n'ai guère le goût de publier en ce moment, et j'ai encore moins le goût des pages détachées en Revues, mais il me serait trop pénible de vous faire défaut à vous et à Alain Bosquet. Confirmez-moi donc votre entreprise, donnez-moi, si vous le pouvez, plus de détails à son sujet, et dites-moi, s'il y a lieu, de quel délai je dispose encore pour vous envoyer quelque chose.

            Ce que vous me disiez, en deux mots, d' "Outremonde" m'a plu. La tâche est difficile, mais possible entre vos mains. Elle est assurée d'un vrai succès de qualité, si, même au risque de paraître famélique, La Revue peut être impitoyablement soustraite à toute compromission, à toute hybridité.

            Je pars demain pour deux semaines de solitude, dans une petite île privée du Maine. Vous pouvez m'écrire là à l'adresse suivante :

            c/o Mrs. William Astor Chanler

                 William Chanler  700 Ave Island

                                   Dark Arbor

                                               Maine

            S'il y a urgence, je vous enverrai de là quelque chose.

            Je suis en faute avec Madame Ivan Goll, que je n'ai pas encore remerciée de son livre, pour n'avoir pu le faire comme je l'entendrais.

            Veuillez, je vous prie, m'excuser auprès d'elle.

            Dites aussi à Alain Bosquet que je m'en veux de ne lui avoir pas répondu.

                        Mes voeux, choisis parmi les meilleurs

                                                           Alexis St. Léger

SDdV : 510.320

Goll  double de la lettre du 3 septembre 1942  à Clark Mills : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  3, 1942

            Mon cher Clark,

            Ta bonne lettre

            Mille choses de nous deux pour vous deux  à recopier

SDdV 818 052

Goll  double de la lettre du 5 septembre 1942  à Saint John Perse

                                                           Mac Dowell Colony

                                                           Peterboro. N.H.

                                                           5 Sept. 1942

                        Cher Saint-John Perse,

                 Votre lettre a fait un grand détour, avant de me

            parvenir ici, dans cette colonie d'artistes,  dans le

            New Hampshire, où Claire et moi, avons la chance de

            vivre dans un pavillon tout entouré de forêt et d'une

            prairie où les daims, à l'aube, viennent paître aux

            buissons de nos rêves.

                 Inutile de vous dire que cette agréable circonstance

            me fait regretter le retard avec lequel je vous annonce

            l'enthousiasme provoqué par votre promesse, de m'envoyer

            un manuscrit pour notre revue. En vérité, celle-ci

            battait de l'aile, notre décision était très affaiblie

            par votre silence …

                        Mais maintenant, la revue va s'élancer sur des ailes.

            La meilleure preuve de ma volonté, de la  " soustraire

            impitoyablement à toute compromission, à toute hybridité "

            comme vous me le demandez avec raison, n'est-elle pas dans

            le fait de vous avoir attendu ?

            

                        La tâche va être plus dure pour moi, parce que je vais

            être seul à la diriger.  Alain Bosquet  -  qui, je pense,

            vous a envoyé son livre " L'Image Impardonnable ", vient

            d'être appelé aux armées.

            

                        La Mer va-t-elle vous inspirer un nouveau Grand Poème ?

            Votre adresse est déjà si séduisante.

                        Recevez un bouquet de feuilles d'automne de Claire

                                                           et de votre dévoué

                                                                       Yvan Goll

SDdV 510.320                                                                     

                                                                      

Goll  double de la lettre du 7 septembre 1942  à Clark Mills : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  7, 1942

            Mon cher Clark,

      En relisant les pages 8 et 9 de ton article, dans lesquelles j'ai introduit des idées qui me passaient ce jour-là par la tête, et qui ne font, après lecture, pas corps avec le texte, je me demande, avec quels regards ahuris tu dois les avoir parcourues. Tu dois m'avoir pris pour un fou, et un prétentieux par-dessus le marché, qui radote dans un very poor English.

            Aussi, pour remettre les choses au point, j'ai exactement recopié ton texte de la fin et te l'envoie ci-inclus. Ainsi le mal est réparé.

            Ici, Labor Day a complètement passé inaperçu des abeilles et des biches et des poètes

                                                                                  bien à toi

SDdV 818 052

Goll dans une lettre à Clark Mills :  rechercher la date

"Ah oui,  j’oubliais:  pour éviter d’être considéré comme Russe,  comme il m’arrive ici de plue en plus,  j’écris maintenant mon prénom avec Y.

Goll  double de la lettre du 10 septembre 1942  à qui ?? chercher ?? : 

                                                                       Mac Dowell Colony

                                                                       Peterboro. N.H.

                                                                       Sept.  10, 1942

                        Chers amis,

            Comme Job, désespérant de tout job, je suis venu me jeter an den Busen der schoenen Natur, et j'ai pleuré ; xxx

            Je me suis vendu au Coordinator of Poetry, qui n'est pas plus consciencieux que le Coordinator of information.

            Après quatre semaines de séquestration dans les forêts sauvages, j'ai ouvert une feuille de New York, et j'ai compris que, sans ma présence au Coo et sans ma collaboration au flux et au reflux des short waves, il n'a pas été possible de se rendre maître de Laval ni xx de tuer Pétain par des flatteries.

            C'est quand même malheureux ! Il faudrait me rappeler télégraphiquement et m'empêcher de continuer de faire des vers de terre et sans terre.

            Mais les démocraties ne sauront jamais ce qu'elles ont eu !

                        Sourires et larmes de

                                                           Claire Sans Lune

                                                                       et

                                                                           Jean Sans Terre

SDdV  : 

Goll à George Dilkes datée 14 septembre  1942

à recopier

Goll à James Laughlin  lettre datée du 21 octobre 42 :

James Laughlin à Goll  lettre datée du 24 octobre 42 :

lettre de Goll à Alain Bosquet du 13 novembre 1942 :

136 Columbia Heights

Brooklyn, N. Y.

Nov. 13,  1942

Mon cher Alain,

  Malgré ta lettre morose du 6, je ne te  plains pas du

tout. Je trouve que le destin t'a choisi un entourage magni-

fique  pour  méditer,  travailler et souffrir  :  les trois occu-

pations essentielles d'un poète. Pour un soldat nouvellement

mobilisé, l'ennui et la solitude sont  de singuliers malheurs.

Tu es transplanté aux frais de gouvernement américain dans le

paysage le plus attrayant d'Amérique, le Sud, en bordure du

Mexique, avec ses palmes, ses eucalyptus et ses mélodies espa-

gnoles - - endroit où justement nous autres civils désirions nous

"réfugier" de la grande ville froide et grise.

Non, mais au fond j'admire ta lettre,[1] avec des passages

comme celui-ci :"je ne me console que médiocrement de la malé-

diction qui plane sur l'époque. Est-ce à la fois le temps du

silence et de l'action ?   Avons-nous le droit de penser,  je

veux dire de spéculer ? Le beau existe-t-il encore ? Je vois une

dizaine de morts par jour, des blessés revenus des Philippines..."

                        Une grande époque, mon vieux, tu peux en être sûr. Seule

la  vicinité  et  la connaissance  de  la mort  peuvent  rendre  la

vie à son intensité extrême.   La génération d'entre  les  deux

guerres n'avait plus de couilles, par ce qu'elle avait  oublié

le goût de la   mort et de  la lutte contre elle.    Elle s'était

détournée des grandes passions.

Et puis, n'es tu pas arrivé comme par miracle dans ce

"désert" que Rimbaud chercha si désespérément ?

Je sais, je sais, mon petit, que la vie de soldat n'est

pas rose, ni même celle d'un radiologue en uniforme. Mais

j'ai envie, aujourd'hui vendredi 13 novembre, de voir tout

en rose, depuis que les événements d'Afrique baignent nos

coeurs du soleil brûlant de l'espérance nouvelle. Depuis

dimanche dernier, 8 novembre, il doit être doux xxxxx

de savoir que le retour au sables de Ménalque est assuré.

Avec tout cela, tu attends avec impatience que je te parle

de "Refuge" et qu'une jolie revue au titre flamboyant t'arrive

avec le prochain courrier : hélas, je ne peux pas encore te le

promettre. Jusqu'à ces derniers jours, les gens étaient telle-

ment découragés et avaient tellement peur pour leur sac, que

je n'avais pas réussi à réunir la somme minimum pour "start"

quelque chose de durable, c'est-à-dire plus d'un numéro 1.

J'ai aussi été souffrant pendant plusieurs semaines ;

obligé de garder la chambre à la suite d'une bronchite, il

m'a été impossible de voir des gens et de faire tout ce qu'il

fallait. Mais maintenant, avec ce vent de victoire dans les

voiles, j'ai grand espoir.

J'ai reçu un très important article d'au moins dix pages

de Sanders Russel sur la " jeune poésie américaine ",

un excellent pendant au tien sur la " poésie française ".

Voici les adresses que tu me demandes :

Jules Supervielle, Saraudi 372, Montevideo (Uruguay)

Kenneth Patchen, 265, 2. Avenue, New York City.

  Quandt à André Breton[2], son adresse est toujours la même.

Si il ne te répond pas : ne sais-tu pas que c'est un homme

extrêmement obstiné et buté ?

   Il semble vraiment qu'une nouvelle phase ait commencé

pour nous tous. Je suis curieux de connaître ta propre

réaction. A mon avis, il y a ce danger : c'est que si la

solitude dont tu te plains en ce moment, venait à cesser,

ton oeuvre ne pourrait qu'en souffrir. Je suis certain que

tu écris en ce moment de merveilleux poèmes.

Claire t'envoie son plus beau sourire

et moi toute ma chaleureuse amitié

Yvan

B.L.J.D.  Ms 47302 - 1

Goll à Clark Mills lettre datée du 15 décembre 42 :

"Mon cher Clark, 

            Pour en revenir à tes traductions pour ladite anthologie,  pourrais-tu m’envoyer le plus tôt possible,  au choix les poèmes de Valéry Larbaud,  Max Jacob,  Jammes,  Apollinaire et Cocteau.